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Exams : Le Pari Kiwi invente les « blog-révisions »

Te Tiriti o Waitangi, ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais

Mes examens commencent cette semaine. Histoire de réviser en m’amusant, je vous présente ici le mémoire que je vais devoir soutenir pour mon cours de droit comparé…

Au moment de définir la maquette de mon second semestre à Sciences Po, j’avais choisi un cours intitulé Introduction aux Grands Systèmes de Droit Étrangers, présenté par le Professeur Thierry Rambaud. Originalité de ce cours – outre le fait qu’il m’obligeait à venir en conf le samedi après midi : l’examen de fin de semestre consiste non pas en une dissertation classique sauce pipo (4h, 2 parties, 2 sous-parties) mais en un oral de 20 minutes au cours duquel l’étudiant est invité à soutenir un mémoire qu’il a rédigé durant la nuit précédant la deadline durant tout le semestre… Encore plus intéressant : le mémoire doit porter sur le pays de destination de 3e année, et le sujet est libre.

Vous l’aurez compris, je me suis penché sur la Nouvelle-Zélande. Et après avoir dépoussiéré les quelques livres de la bibliothèque de Sciences Po consacrés au pays du long nuage blanc, je suis ressorti de cette aventure avec un mémoire de 21 pages intitulé « Te Tiriti o Waitangi ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais ». En attendant mon oral de soutenance jeudi, je vous livre aujourd’hui la crème de la crème de mon mémoire,  en espérant que cela soit à peu près digeste…

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

La Nouvelle-Zélande, pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, compte 600 000 indigènes, appelés Maoris. Originaires de Polynésie, les Maoris furent les premiers à occuper la Nouvelle-Zélande, jusqu’à ce que les Britanniques ne décident d’annexer ce pays en 1840. Une annexion matérialisée par un traité, aujourd’hui considéré comme le document fondateur de la Nouvelle-Zélande : le traité de Waitangi (Te Tiriti o Waitangi)…

Signé le 6 février 1840 par des chefs de tribus maoris et un représentant de la Couronne, le traité de Waitangi devait poser les fondements d’une cohabitation harmonieuse entre les deux populations. Malheureusement, il n’en a rien été. Les colons britanniques ont rapidement ignoré les clauses du traité, allant jusqu’à déclarer sa simple nullité juridique en 1877, dans l’arrêt Wi Parata v. the Bishop of Wellington. Résultat : en plus d’être privés de l’essentiel de leurs terres et méprisés culturellement, les Maoris ont vu leur population s’effondrer de 200 000 habitants en 1820 à 42 000 en 1896 ! Les conséquences d’un tel traitement se font encore ressentir aujourd’hui au sein de la population maorie, qui représente tout de même 15% de la population totale. Ainsi, le taux de chômage des Maoris est plus de deux fois supérieur à celui des Pakeha (non-Maoris), leur espérance de vie est inférieure de 9 ans à celle du reste de la population et, en 2001, le revenu hebdomadaire moyen pour un Maori était de 388 dollars néo-zélandais, contre 504 pour un Pakeha…

Version maorie du Traité de Waitangi

Version maorie du Traité de Waitangi

Comment en est-on arrivé là ? A mon avis, on peut voir l’histoire du traité de Waitangi comme l’histoire d’un quiproquo, l’histoire d’une incompréhension mutuelle. Il faut savoir qu’il n’existe pas UN traité mais deux traités de Waitangi : celui en version anglaise et celui en version maorie… ce qui change tout ! En effet, en 1840, au moment de signer le document, la partie britannique avait dans son texte des concepts occidentaux (sovereignty, property, etc.) et dans son esprit une certaine façon d’appréhender le traité (essentiellement vu comme reconnaissant la souveraineté de la Couronne sur ce territoire). A l’inverse, la partie maorie s’engageait sur des notions traditionnelles (tino rangatiratanga comme droit à l’autodétermination, taonga comme référence aux trésors inviolables de la culture maorie) et comprenait le texte comme un engagement de protection et même d’amour de la part du Royaume-Uni… Évidemment, ça a clashé.

Mais tout n’est pas noir pour les Maoris. En effet, dans les années 1970, le gouvernement néo-zélandais a commencé à reconnaître ses torts et à réhabiliter le traité de Waitangi. En 1975, le Treaty of Waitangi Act a institué le Tribunal de Waitangi, chargé de définir les « principes » du traité en s’inspirant des textes originaux en anglais et en maori et en considérant les intentions et les interprétations du traité par les deux parties en 1840. Ces fameux principes ont permis de clarifier certains points du traité et de lui donner une valeur juridique plus importante. Le tribunal de Waitangi est également devenu un maillon essentiel du processus de règlement des différends fonciers accumulés depuis près de 170 ans entre Maoris et Pakehas. A l’heure d’aujourd’hui, plus de 1 050 dossiers ont été adressés au tribunal de Waitangi et les Maoris ont déjà reçu 675 millions de dollars NZ de la part de la Couronne, en réparation de leur préjudice… Du côté juridictionnel, en 1987, un arrêt de la Court of Appeal a disposé que les textes législatifs ne devront plus être en contradiction avec les « principes du traité de Waitangi », ce qui a ouvert la voie à une meilleure reconnaissance et protection des Maoris par le gouvernement néo-zélandais.

Logo du Tribunal de Waitangi

Logo du Tribunal de Waitangi

Le traité de Waitangi cristallise donc les débats sur la place des Maoris dans la société néo-zélandaise aujourd’hui. La Nouvelle-Zélande est un pays jeune, qui se cherche encore un modèle national : certains voient les efforts en faveur des Maoris comme une façon d’atteindre un modèle biculturaliste, qui ferait de l’identité kiwie un mélange d’identité occidentale et d’identité autochtone ; d’autres se montrent réticents à reconnaître pleinement le traité, estimant que le modèle le plus approprié à la Nouvelle-Zélande serait le multiculturalisme, comme en Australie ou aux Etats-Unis, car la population néo-zélandaise devient de plus en plus variée – et notamment de plus en plus asiatique. « Le traité de Waitangi, ou comment un objet juridique non identifié devient un enjeu politique fondamental. »

S’il y en a parmi vous que cela intéresse de lire l’intégralité de mon mémoire, je peux vous l’envoyer par mail…

Maintenant, c’est au jury de poser ses questions ! A vous de jouer ! ;)

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Voyage, voyage : les choses se précisent

L'effort avant le réconfort

A six semaines de mon arrivée à Christchurch, je commence à en savoir plus sur ce qui m’y attend… Sortant la tête de la paperasse kiwie et des cours froggies, je fais le point sur la situation.

La semaine dernière, à moins de deux mois du début de mes cours en NZ, je m’inquiétais de n’avoir toujours rien reçu de la part de ma fac… Zéro lettre, 0 mail, 0 signal de fumée, 0 pot de Vegemite, rien. De leur côté, mes petits camarades partant à Auckland ou en Australie étaient déjà bien lancés dans les différentes procédures d’inscription… Bizarre, bizarre. Je suis donc allé me manifester auprès du centre Asie/Pacifique de Sciences Po, qui s’est lui même manifesté auprès de l’International Office de la University of Canterbury. Depuis, tel Gandalf et les siens sur le Col de Caradhras, je croule sous une avalanche de mails… UC s’est réveillée et les choses se précisent !

Paperasse...

Paperasse...

Le logement, d’abord. Pour faire simple, deux solutions s’offraient à moi : le campus de UC, à quelques kilomètres de Christchurch, ou un logement en ville, au milieu de la population locale. Sans trop hésiter, j’ai choisi le campus : voilà une occasion unique de vivre sur l’un de ces fameux « campus à l’américaine », dans l’une de ces petites villes estudiantines quasi auto-suffisantes, où l’on peut aussi bien aller au pub, rendre visite à son banquier et se faire poser des bigoudis chez le coiffeur ! Il s’agit également d’un endroit privilégié pour faire des rencontres avec d’autres étudiants, et ce dès les premiers jours de l’année. Enfin, le campus, je l’avoue, c’est le choix d’un certain confort, idéal pour prendre ses marques et commencer l’aventure du bon pied !

Si tout se passe bien, je devrai donc habiter Ilam Village, avec l’essentiel des étudiants internationaux.  Adieu ma chambre de bonne parisienne de 10 m² au 6e étage sans ascenseur, bienvenue à l’auberge espagnole : les Ilam Apartments accueillent chacun cinq ou six étudiants, qui disposent tous de leur propre chambre et partagent salon, cuisine et sanitaires. Cet équilibre intimité/convivialité m’a l’air assez alléchant, on verra si cela se confirme…

Lost in Translation

Lost in Translation

L’inscription à la fac, ensuite. Je vous passe les différentes étapes de la procédure, pour en venir à l’essentiel : les cours. Eh oui, ne l’oublions pas, cette année à l’étranger est une année d’études à l’étranger, avec tout ce que cela comporte d’essais à rendre, de cours à valider, d’heures de sommeil à rattraper en amphi d’obligations de scolarité à respecter… sous peine de se voir refuser l’entrée en master. Heureusement, modèle anglo-saxon oblige, le nombre d’enseignements à suivre est tout à fait raisonnable – doux euphémisme : 4 cours par semestre. Reste à choisir ceux qui nous intéressent le plus, ce que j’ai déjà pu faire lors de ma pré-inscription en ligne…

Histoire de me mettre dans le bain journalistique, j’ai choisi deux cours de Media and Communication : The News Machine, consacré aux modes de production, de sélection et de présentation de l’information, et On Air: Broadcasting and New Zealand, où je pourrai me familiariser avec le monde de la télévision et de la radio en NZ. Pour une approche plus académique du pays dans lequel je vais vivre, j’ai également décidé de suivre un cours d’histoire contemporaine : New Zealand History: Since 1940. Enfin, petite douceur exotique, je vais me lancer dans l’apprentissage de la seconde langue officielle de la Nouvelle-Zélande… le māori : Conversational Maori for Absolute Beginners. Tout un programme !

J’aurai la possibilité de modifier cette liste jusqu’à la fin de la deuxième semaine des cours, ce qui me laisse donc amplement le temps de faire mûrir mes choix. Voilà qui constitue un  véritable choc culturel pour l’étudiant de Sciences Po, d’ordinaire confronté à l’impitoyable épreuve des inscriptions pédagogiques… ;)

Singapore Calling! (photo: T. Chua, Creative Commons license)

Concernant les démarches de visa, je suis dans un flou relativement artistique… A vrai dire, j’ai commencé à remplir ma Student Visa/Permit Application, où il m’a fallu notamment nier avoir la tuberculose, nier être enceinte, nier avoir déjà été condamné, nier avoir été déporté, le tout avant d’arriver à la page 5 et à la case D6, où j’ai eu le plaisir d’apprendre qu’il me faudra joindre à ma demande de visa un extrait de casier judiciaire, pour apporter la preuve de mon bon « character« . Soit. Il me reste encore plus de la moitié du document à remplir, les rebondissements ne devraient donc pas manquer !

Enfin, pour ce qui est des billets d’avion, voilà un point sur lequel je suis au clair. Départ de Paris début juillet (assez tôt pour éviter ça), arrivée à Christchurch le surlendemain. Entre les deux, une escale d’une journée à Singapour, au cours de laquelle je serai sûrement content de me dégourdir les jambes. Mais tant qu’à mettre les pieds en Asie, autant en profiter pour voir du pays ! Oyez, oyez chers amis ! Je fais appel à vous pour m’aider à organiser mes tribulations en Chine (enfin, à côté) : si vous avez déjà été à Singapour, si vous connaissez quelqu’un qui y a séjourné, si vous avez le moindre conseil à me donner en vue de cette escale, merci de bien vouloir me laisser un commentaire à la suite de cet article ou m’envoyer un mail (leparikiwi[at]hotmail[point]fr), je vous en serai très reconnaissant !

That’s all folks, thanks for coming! And have a nice week!