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Goodbye the Queen: une République pour la NZ ?

Du fait de son héritage britannique, la Nouvelle-Zélande n’a jamais eu de chef d’Etat néo-zélandais ! Un comble qui n’amuse pas vraiment certains Kiwis qui rêvent même de république…

Le débat n’est pas nouveau mais il résonne de plus en plus fort dans la société néo-zélandaise. Et si Aotearoa devenait une république ? Ancienne colonie du Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande est une monarchie indépendante depuis 1947. Elle possède ses propres institutions et n’a aujourd’hui plus aucun compte à rendre à la mère patrie britannique. Malgré tout, son chef d’Etat se trouve toujours à Londres, à plus de 18 000 kilomètres de la capitale Wellington, et ne possède même pas la nationalité néo-zélandaise…

Reine du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande et de 14 autres Etats, Elisabeth II fêtait son anniversaire la semaine dernière, le 21 avril. Hasard du calendrier, le Parlement néo-zélandais avait choisi ce même jour pour étudier une proposition de loi sur l’avenir de la monarchie. Déposé par le député vert Keith Locke, ce texte intitulé « Head of State Referenda Bill » prévoyait l’organisation d’un référendum où les Néo-Zélandais choisiraient entre le maintien de la monarchie, l’élection du chef d’Etat par le Parlement ou l’élection du chef d’Etat par le peuple. La proposition de loi, soutenue par l’opposition travailliste, les Verts et le parti centriste United Future, a finalement été rejetée en première lecture par 68 voix contre 53.

La Reine peut garder sa fougère - pour l'instant

Tué dans l’œuf, le projet de référendum n’a pas eu le temps d’accéder au rang de débat de société. Avouant n’être pas vraiment intéressé par cette « distraction », le député de la majorité Simon Bridges a affirmé que « la nation a des problèmes bien plus pressants et réels à régler ». Dans le camp monarchiste, le professeur Noel Cox, président de Monarchy New Zealand, s’est félicité du rejet de ce « gaspillage d’argent public ». D’autres voix se sont toutefois élevées pour dénoncer le vote partisan de la majorité. C’est le cas du blogeur David Farrar, pourtant proche du National Party, qui a regretté que « National nous [ait] nié à tous le droit de nous exprimer » lors de ce référendum qui aurait été « un exercice d’une valeur inestimable ».

Malgré le rejet de ce texte, la probabilité d’une république néo-zélandaise reste très élevée. Le premier ministre John Key lui-même estime que ce changement est « inévitable », même s’il n’arrivera pas « tant que je serai là ». Pour tenter d’accélérer le processus, le Republican Movement milite depuis 1994 en faveur d’une république dont le chef d’Etat serait élu démocratiquement. A l’occasion d’un débat organisé à la University of Canterbury il y a quelques semaines, son président Lewis Holden a insisté sur les valeurs bafouées par la monarchie actuelle. « Le système de succession n’est pas méritocratique, car fondé sur la filiation européenne et sur la religion anglicane ». Présent à ce même débat, Keith Locke a également souligné les contradictions du système, notamment en matière de politique étrangère. « Souvenez-vous la guerre en Irak, lorsque la reine, dans son uniforme militaire, est descendue soutenir les soldats britanniques. C’était en contradiction avec son rôle de reine de Nouvelle-Zélande, un pays qui s’était opposé à la guerre ! »

2005. Le Prince William supportant les rugbymen britanniques contre... la Nouvelle-Zélande !

Reste à savoir quand cette (r)évolution arrivera. Du côté monarchiste, on retarde l’échéance sur la base du « if it ain’t broke, don’t fix it » (si ce n’est pas cassé, ne le réparez pas). Lors du débat organisé à la University of Canterbury, le professeur David Round a estimé qu’il ne fallait pas « chercher quelque chose sur lequel se bagarrer », ajoutant qu’une république « n’apporterait pas plus de démocratie et mènerait plus sûrement à une crise constitutionnelle ». Il est vrai qu’une telle réforme aurait bien plus d’effets que simplement gommer la couronne de la tête du chef d’Etat. Elle soulèverait inévitablement des questions sur la place du traité de Waitangi (signé entre les chefs maoris et la Couronne en 1840) dans l’ordre institutionnel néo-zélandais, sur le besoin ou non d’une constitution écrite, sur un tournant ou non vers un système présidentiel… Autant de questions susceptibles de diviser une société toujours pas à l’aise avec sa question maorie et en quête d’identité nationale.

Au sein de l’opinion, les sondages font état d’un soutien croissant en faveur de la république, passé ces 20 dernières années de 17% à 35% (contre une chute de 61% à 51% pour la monarchie). Les principaux défenseurs de la royauté se trouvent parmi les tranches d’âges les plus élevées de la population, révélant un attachement de plus en plus anachronique à la monarchie. Comme l’a souligné le député vert Gareth Hughes, Aotearoa n’a peut-être pas encore terminé sa crise d’adolescence : « la Nouvelle-Zélande avec la reine comme chef d’Etat, c’est comme ce stéréotype de l’adulte qui vit encore chez ses parents ». Pour combien de temps encore ?

Echec et mat ?

→ Pour voir les vidéos de la discussion au Parlement, cliquez ici.

→ Pour écouter le débat sur la république diffusé en 2007 sur Radio New Zealand National, cliquez ici (partie 2, partie 3, partie 4).

→ La question se pose aussi chez les voisins australiens. Plus d’infos sur le site de l’Australian Republican Movement.

Tahiti : La politique par les nuls

Les médias locaux la présentent ouvertement comme un « cirque ». Toujours marquée par l’emprise de Gaston Flosse, la vie politique en Polynésie est la honte de tout un peuple et la cause d’une bonne partie de ses soucis.

Elle a 75 ans et se fait appeler Mamie Vaima. Profession : chauffeur de taxi. Je l’ai rencontrée dans son véhicule alors qu’elle me conduisait à l’aéroport de Faa’a, le jour de mon départ de Tahiti. Au fil de la discussion, j’ai fini par lui parler de mon stage aux Nouvelles de Tahiti, ce qui l’a fait réagir : la semaine précédente, m’a-t-elle confiée, elle avait pris à son bord deux journalistes de RFO et ceux-ci s’étaient mis à exprimer de vives critiques à l’encontre de l’ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse. « Vous, les journalistes, êtes les plus grands menteurs au monde », s’était-elle alors exclamée. « Vous racontez des mensonges, simplement pour vendre votre marchandise ! ». Elle s’était arrêtée au bord de la route, demandant aux journalistes de sortir de son taxi ; ils avaient alors promis de se taire, et elle avait accepté de finir la course. Elle est comme ça, Mamie Vaima : on ne touche pas à « son » président. Et elle n’est pas la seule…

En Polynésie, on n’écorche pas impunément Gaston Flosse. Bien qu’empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires et abonné à la Une des journaux, « Papa Flosse » reste vénéré par une partie de la population. Pour ceux-là, il est toujours le « metua » (le guide), le « père » de la Polynésie, celui qui l’a développée, qui l’a représentée en métropole en tant que député, sénateur, député européen, et même secrétaire d’Etat chargé du Pacifique Sud, dans le gouvernement Chirac entre 1986 et 1988. Charmeur redoutable, celui que l’on surnomme « le Vieux Lion » est aussi le père de la classe politique autonomiste polynésienne. Quasiment tous les ténors actuels ont été formés par Gaston Flosse au sein de son parti, le Tahoera’a. Même lorsqu’ils ont depuis quitté le giron, ils le lui rendent bien, osant rarement porter un jugement négatif sur sa personne.

Gaston Flosse, vu par Lolo

Gaston Flosse, 78 ans, est indissociable de la fonction de Président de la Polynésie française, qu’il a été le premier à occuper en 1984 et le seul jusqu’en 2004. Son règne a été largement marqué par son amitié avec Jacques Chirac, avec qui il a participé à la naissance du RPR, ancêtre de l’UMP. C’est en partie grâce à cette amitié que la Polynésie a obtenu de l’Etat le versement annuel de 18 milliards de francs Pacifique après la fermeture en 1996 du Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique (CEP), pour compenser le manque à gagner et reconvertir l’économie polynésienne. Entre « ce cher Gaston » et « l’ami Jacques », c’est même devenu une histoire de famille, puisque l’ancien président de la République est le parrain de l’un des neuf enfants de l’ancien président de la Polynésie. Toujours reçu comme un prince par Gaston Flosse, Jacques Chirac protégeait la Polynésie, en échange d’une certaine tranquillité sur la question nucléaire et, peut-être, de quelques enveloppes destinées à alimenter des comptes japonais…

Les deux amis ont fini par quitter la Présidence et être rattrapés par la justice. Pour Gaston Flosse, les ennuis se sont multipliés ces dernières semaines. Déjà condamné à un an d’inéligibilité, un an de prison avec sursis et une amende de 2 millions de francs Pacifique dans « l’affaire des sushis » (il avait utilisé 2,3 millions de francs Pacifique de fonds publics pour un banquet électoral), le Vieux Lion vient de recevoir une amende de 11,5 millions de francs Pacifique pour avoir rémunéré sur le budget de la Présidence des personnalités politiques, syndicales ou encore médiatiques défandant les intérêts de son parti – et surtout pas l’intérêt général. Mais le plus lourd est sans doute à venir : Gaston Flosse est actuellement mis en examen pour corruption passive, recel d’abus de biens sociaux et complicité de destruction de preuves dans l’affaire des annuaires de l’OPT (Office des postes et télécommunications de Polynésie française). Le procureur José Thorel accuse le sénateur d’avoir été l’un des éléments clés d’un « pacte de corruption » grâce auquel Flosse et son parti auraient bénéficié d’importantes enveloppes venant d’anciens responsables de l’OPT et du groupe publicitaire 2H (d’après les initiales de son président Hubert Haddad), en échange de l’attribution de marchés publics. Récemment déchu de son immunité parlementaire par le Sénat, Gaston Flosse vient d’effectuer deux séjours en détention provisoire et d’être confronté aux principaux acteurs présumés du dossier. Par ailleurs, il pourrait être impliqué dans la disparition en décembre 1997 de l’ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti Jean-Pascal Couraud (alias JPK), qui travaillait alors pour l’un de ses opposants et aurait détenu des documents compromettants sur l’existence d’un compte japonais de Jacques Chirac.

C'était l'bon temps pour Jacques et Gaston

Quant à la vie politique polynésienne en général, elle a connu en 2004 un tournant radical : le taui, le changement. Gaston Flosse et son Tahoera’a ont été renversés aux élections territoriales par un nouveau parti rassemblant la quasi-totalité des opposants au président orange : l’Union pour la démocratie (UPLD), emmenée par Oscar Temaru. Plus qu’une victoire des indépendantistes anti-France face aux autonomistes pro-France, c’était la victoire des anti-Flosse et la fin de l’hégémonie du Tahoera’a. Un grand espoir de renouveau est alors apparu, en même temps que des t-shirts floqués Taui, portés comme l’on porte aujourd’hui des t-shirts Hope à la gloire d’Obama. Ce n’est pas pour autant que la démocratie l’a emporté en Polynésie, malgré l’alternance. Depuis 2004, le Pays a connu neuf gouvernements différents (hors remaniements), dont six issus de motions de défiance ! Les gouvernements se forment et se déforment, les majorités se font et se défont, les groupes à l’assemblée naissent et disparaissent, dans un joyeux désordre digne de la IVe République d’après-guerre en métropole.

Ce fameux « cirque » se tient à l’assemblée de la Polynésie française, place Tarahoi à Papeete, à deux pas de la Présidence, du Haut-Commissariat et… du Palais de Justice. Parmi les 57 représentants élus à l’assemblée, un quart d’entre eux connaît ou a connu des ennuis judiciaires. Selon un observateur de la vie politique polynésienne cité par Le Nouvel Observateur, « ici, les élus ne sont pas à vendre… ils sont à louer ! » Ils n’ont pourtant pas l’air d’affreux mafieux dans leurs fauteuils à Tarahoi. Ils s’invectivent, rigolent, débattent, en français comme en tahitien. De façon un peu provocante, on pourrait les présenter comme des grands enfants participant à un jeu dont les règles seraient fixées par le règlement intérieur de l’assemblée et le statut d’autonomie de la Polynésie française. Ils auraient différentes stratégies, dont le retournement de veste serait l’une des plus populaires, avec des buts précis en tête : former une nouvelle majorité, renverser le gouvernement en place, ou encore obtenir un ministère « arrosoir », du genre l’Equipement, qui permet d’arroser les municipalités avec des fonds du Pays et des chantiers pour ensuite en récolter les fruits électoraux et s’assurer un nouveau mandat à l’assemblée. Et lorsqu’il y a dispute, c’est souvent qu’une faille ou une ambiguïté a été trouvée dans les règles du jeu, ce qui donne le coup d’envoi à une vraie bataille de juristes et à d’éventuels recours devant le tribunal administratif ou même le Conseil d’Etat à Paris…

Motion de défiance : nf., jeu politique polynésien

Le problème de tout ce petit jeu, c’est qu’il ne fait pas avancer le Pays. Pendant que les clowns s’agitent, la population rit jaune. La Polynésie traverse actuellement une profonde crise économique, aussi bien conjoncturelle que structurelle : le nuage de la crise des subprimes ne s’est certes pas arrêté à la Polynésie, mais ce n’est là qu’une difficulté de plus pour un territoire en proie à ses démons intérieurs, qu’il s’agisse d’un système de santé extrêmement coûteux, d’un tourisme en pleine dégringolade ou surtout d’une économie toute entière reposant sur du sable (la Polynésie fonctionne essentiellement grâce à l’aide financière de l’Etat, à tel point que selon The Economist elle reçoit l’aide par habitant la plus élevée au monde). Fin novembre, au lendemain du renversement d’Oscar Temaru par une nouvelle motion de défiance, l’agence américaine de notation Standard and Poor’s a placé la Polynésie en « surveillance avec implication négative » et publié un communiqué soulignant l’impact économique catastrophique de l’instabilité politique en Polynésie. Les entreprises s’en plaignent dès qu’elles en ont l’occasion, et la population n’hésite pas à faire part de son ras-le-bol sur les ondes ou dans les journaux, voire dans de rares manifestations ; comme on dit à Tahiti, les gens sont « fiu »

L’avenir de la Polynésie française est incertain. Dans les rangs politiques, malgré quelques cas isolés encourageants, aucune nouvelle vague n’est à l’horizon et le « moule » forgé sous Flosse semble capable de tenir encore pendant de nombreuses années. Gaston Flosse lui-même fait durer le plaisir, profitant de sa remise en liberté juste avant Noël pour foncer voter à l’assembléeUne réforme du mode de scrutin paraît inéluctable, mais nombreux sont ceux qui estiment que cela ne suffira pas à redresser la Polynésie. Il faut dire que les chantiers qui l’attendent sont de taille, particulièrement pour préparer le jour où les nucléo-francs Pacifique finiront de pleuvoir sur le Pays. Il sera alors plus difficle pour la classe politique polynésienne de détourner un argent qui n’existera plus.

L'instabilité vue par Lolo

* Pour information : 100 francs Pacifique (FCFP) =0,84 euros.

Plusieurs sites Internet pour suivre l’actualité de la Polynésie française : Les Nouvelles de TahitiLa Dépêche de Tahiti, l’Agence tahitienne de presse, le site d’une proche de Flosse Tahiti Today, le site parodique Tahiti Herald Tribune (d’où sont extraites la plupart des illustrations de cet article), Radio France Outre-mer, NRJ, Radio 1, le blog de Gaston Flosse, le site du Tahoeraa

Une enquête détaillée d’Olivier Tocser, récemment parue dans Le Nouvel Obs : « Pourquoi Papa Flosse est tombé »

Et mes dernières photos de Tahiti : de la politique, mais pas que…

Exams : Le Pari Kiwi invente les « blog-révisions »

Te Tiriti o Waitangi, ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais

Mes examens commencent cette semaine. Histoire de réviser en m’amusant, je vous présente ici le mémoire que je vais devoir soutenir pour mon cours de droit comparé…

Au moment de définir la maquette de mon second semestre à Sciences Po, j’avais choisi un cours intitulé Introduction aux Grands Systèmes de Droit Étrangers, présenté par le Professeur Thierry Rambaud. Originalité de ce cours – outre le fait qu’il m’obligeait à venir en conf le samedi après midi : l’examen de fin de semestre consiste non pas en une dissertation classique sauce pipo (4h, 2 parties, 2 sous-parties) mais en un oral de 20 minutes au cours duquel l’étudiant est invité à soutenir un mémoire qu’il a rédigé durant la nuit précédant la deadline durant tout le semestre… Encore plus intéressant : le mémoire doit porter sur le pays de destination de 3e année, et le sujet est libre.

Vous l’aurez compris, je me suis penché sur la Nouvelle-Zélande. Et après avoir dépoussiéré les quelques livres de la bibliothèque de Sciences Po consacrés au pays du long nuage blanc, je suis ressorti de cette aventure avec un mémoire de 21 pages intitulé « Te Tiriti o Waitangi ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais ». En attendant mon oral de soutenance jeudi, je vous livre aujourd’hui la crème de la crème de mon mémoire,  en espérant que cela soit à peu près digeste…

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

La Nouvelle-Zélande, pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, compte 600 000 indigènes, appelés Maoris. Originaires de Polynésie, les Maoris furent les premiers à occuper la Nouvelle-Zélande, jusqu’à ce que les Britanniques ne décident d’annexer ce pays en 1840. Une annexion matérialisée par un traité, aujourd’hui considéré comme le document fondateur de la Nouvelle-Zélande : le traité de Waitangi (Te Tiriti o Waitangi)…

Signé le 6 février 1840 par des chefs de tribus maoris et un représentant de la Couronne, le traité de Waitangi devait poser les fondements d’une cohabitation harmonieuse entre les deux populations. Malheureusement, il n’en a rien été. Les colons britanniques ont rapidement ignoré les clauses du traité, allant jusqu’à déclarer sa simple nullité juridique en 1877, dans l’arrêt Wi Parata v. the Bishop of Wellington. Résultat : en plus d’être privés de l’essentiel de leurs terres et méprisés culturellement, les Maoris ont vu leur population s’effondrer de 200 000 habitants en 1820 à 42 000 en 1896 ! Les conséquences d’un tel traitement se font encore ressentir aujourd’hui au sein de la population maorie, qui représente tout de même 15% de la population totale. Ainsi, le taux de chômage des Maoris est plus de deux fois supérieur à celui des Pakeha (non-Maoris), leur espérance de vie est inférieure de 9 ans à celle du reste de la population et, en 2001, le revenu hebdomadaire moyen pour un Maori était de 388 dollars néo-zélandais, contre 504 pour un Pakeha…

Version maorie du Traité de Waitangi

Version maorie du Traité de Waitangi

Comment en est-on arrivé là ? A mon avis, on peut voir l’histoire du traité de Waitangi comme l’histoire d’un quiproquo, l’histoire d’une incompréhension mutuelle. Il faut savoir qu’il n’existe pas UN traité mais deux traités de Waitangi : celui en version anglaise et celui en version maorie… ce qui change tout ! En effet, en 1840, au moment de signer le document, la partie britannique avait dans son texte des concepts occidentaux (sovereignty, property, etc.) et dans son esprit une certaine façon d’appréhender le traité (essentiellement vu comme reconnaissant la souveraineté de la Couronne sur ce territoire). A l’inverse, la partie maorie s’engageait sur des notions traditionnelles (tino rangatiratanga comme droit à l’autodétermination, taonga comme référence aux trésors inviolables de la culture maorie) et comprenait le texte comme un engagement de protection et même d’amour de la part du Royaume-Uni… Évidemment, ça a clashé.

Mais tout n’est pas noir pour les Maoris. En effet, dans les années 1970, le gouvernement néo-zélandais a commencé à reconnaître ses torts et à réhabiliter le traité de Waitangi. En 1975, le Treaty of Waitangi Act a institué le Tribunal de Waitangi, chargé de définir les « principes » du traité en s’inspirant des textes originaux en anglais et en maori et en considérant les intentions et les interprétations du traité par les deux parties en 1840. Ces fameux principes ont permis de clarifier certains points du traité et de lui donner une valeur juridique plus importante. Le tribunal de Waitangi est également devenu un maillon essentiel du processus de règlement des différends fonciers accumulés depuis près de 170 ans entre Maoris et Pakehas. A l’heure d’aujourd’hui, plus de 1 050 dossiers ont été adressés au tribunal de Waitangi et les Maoris ont déjà reçu 675 millions de dollars NZ de la part de la Couronne, en réparation de leur préjudice… Du côté juridictionnel, en 1987, un arrêt de la Court of Appeal a disposé que les textes législatifs ne devront plus être en contradiction avec les « principes du traité de Waitangi », ce qui a ouvert la voie à une meilleure reconnaissance et protection des Maoris par le gouvernement néo-zélandais.

Logo du Tribunal de Waitangi

Logo du Tribunal de Waitangi

Le traité de Waitangi cristallise donc les débats sur la place des Maoris dans la société néo-zélandaise aujourd’hui. La Nouvelle-Zélande est un pays jeune, qui se cherche encore un modèle national : certains voient les efforts en faveur des Maoris comme une façon d’atteindre un modèle biculturaliste, qui ferait de l’identité kiwie un mélange d’identité occidentale et d’identité autochtone ; d’autres se montrent réticents à reconnaître pleinement le traité, estimant que le modèle le plus approprié à la Nouvelle-Zélande serait le multiculturalisme, comme en Australie ou aux Etats-Unis, car la population néo-zélandaise devient de plus en plus variée – et notamment de plus en plus asiatique. « Le traité de Waitangi, ou comment un objet juridique non identifié devient un enjeu politique fondamental. »

S’il y en a parmi vous que cela intéresse de lire l’intégralité de mon mémoire, je peux vous l’envoyer par mail…

Maintenant, c’est au jury de poser ses questions ! A vous de jouer ! ;)