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Interview avec Phil Goff, leader de l’opposition

Le chef du New Zealand Labour Party était aujourd’hui à la University of Canterbury. Il a accepté de répondre à mes questions, dans une interview à découvrir en vidéo…

Après neuf années au pouvoir sous l’ère Helen Clark (1999-2008), le parti travailliste néo-zélandais est aujourd’hui le principal parti d’opposition face au gouvernement conservateur de John Key (National Party). Chargé de la reconstruction du parti et de la préparation des élections de 2011, Philip Goff en est le leader depuis novembre 2008. J’ai profité de sa présence à Christchurch pour l’interroger sur son parti, sur la défaite de 2008, sur ses préoccupations du moment, sur les futures élections et sur la situation du Labour Party au Royaume-Uni… J’ai passé trois heures à sous-titrer l’interview en français, donc n’hésitez pas à en profiter en activant l’option Subtitles en haut de la vidéo. Et soyez indulgent avec mon cadrage ! ;)

Pour aller plus loin :

– La page Wikipedia de Phil Goff

– Son portrait par le New Zealand Herald en novembre 2008

– Sa réponse au Statement to the House (discours de politique générale) de John Key en février dernier :


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Quelle politique étrangère pour la NZ, minister ?

Le ministre des affaires étrangères néo-zélandais, Murray McCully, était cette semaine invité à la University of Canterbury. Il s’y est exprimé sur  l’action de la NZ à l’échelle internationale.

Vu de France, on pourrait penser que « l’action de la Nouvelle-Zélande à l’échelle internationale » tient en deux mots : All Blacks. Vous vous en doutez, c’est un chouilla plus compliqué que cela (même si l’actuel ministre des affaires étrangères ne simplifie rien en cumulant également les portefeuilles de ministre des sports et ministre de la Coupe du monde de rugby 2011). Bref, ce mercredi, Murray McCully est intervenu dans un cours de politique internationale pour y parler de ses priorités en tant que chef de la diplomatie kiwie

Le premier point qu’a abordé Murray McCully est le nucléaire. « Nous sommes un pays qui a adopté une législation anti-nucléaire et nous tenons à ce que cela reste clair dans l’esprit de nos différents partenaires, notamment les Etats-Unis et l’Australie », a-t-il affirmé aux étudiants du professeur Jacob Bercovitch. Pas un scoop, tant la Nouvelle-Zélande est active dans ce domaine, que ce soit à l’Assemblée Générale de l’ONU ou lors du sommet sur la sécurité nucléaire organisé par les Etats-Unis. Pour autant, cette prise de position est significative, car elle vient d’un ministre du National Party. Or, comme Murray McCully l’a lui-même reconnu, le National Party, peu réputé pour sa politique étrangère, a longtemps ignoré cette question (c’est le Labour Party qui a fait de la Nouvelle-Zélande un pays « nuclear-free » en 1987). Il est donc intéressant de voir le National Party reconnaître son erreur et désormais promouvoir cet élément fondamental de l’identité nationale néo-zélandaise.

Rencontre McCully/Clinton sur le nucléaire (avril 2009)

Le second point a porté sur les relations économiques avec l’Asie. « Les Néo-Zélandais ne savent pas à quel point ces relations économiques nous ont sauvés ces dernières années », a soutenu le ministre. Il est vrai que l’économie kiwie est de plus en plus orientée vers les pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, désormais second partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande derrière l’Australie. Du fait notamment de la multiplication des accords de libre-échange avec la région (Singapour, Hong Kong, ASEAN, Thaïlande, Brunei, Chine, Malaisie), la Nouvelle-Zélande compte aujourd’hui dix pays asiatiques parmi ses vingt principaux marchés d’exportation. « Le développement de ces relations fait partie de nos priorités », a souligné Murray McCully, révélant sa vision très commerciale des affaires étrangères (rien sur les droits de l’homme par exemple).

Le dernier sujet abordé lors de ce discours de 40 minutes a été les relations avec le Pacifique Sud« Nous voulons accroître nos efforts dans cette région, où vivent des personnes parmi les plus pauvres de la planète. C’est notre voisinage, mais également notre famille », a énoncé le ministre, avant de rappeler l’importance des communautés du Pacifique en Nouvelle-Zélande. Il s’est attardé sur la politique d’aide financière à la région, avec un ton maladroit alternant entre solidarité et néo-colonialisme.

Le Premier ministre John Key à l'ONU (octobre 2009)

Enfin, dans une séance de questions-réponses d’une dizaine de minutes avec l’auditoire, le ministre a été invité à s’exprimer sur les Fidji, l’Afghanistan et l’Iran. Concernant la situation aux Fidji, où le pouvoir est détenu par l’amiral Frank Bainimarama suite au coup d’Etat de 2006, Murray McCully a fait état de « progrès récents » et insisté sur l’importance du dialogue pour parvenir à la tenue d’élections démocratiques. Sur l’Afghanistan, il a justifié la présence de forces armées néo-zélandaises par l’argument de la sécurité internationale : « Il y a un million de Kiwis vivant à l’étranger, et certains sont morts dans les tours du World Trade Center, à Bali, à Jakarta… On veut que les Kiwis puissent voyager, prendre l’avion, rester dans des hôtels sans être tués. Si on s’en va d’Afghanistan, on laisse le pays à des personnes mal intentionnées. » Abordant la question iranienne, il a rappelé que la Nouvelle-Zélande fait partie des pays qui ont toujours une ambassade à Téhéran et que celle-ci doit servir à envoyer des messages forts au pouvoir iranien.

A la fin de cet échange, j’ai couru après Murray McCully pour l’interroger en vidéo sur le nouvel organigramme de l’Union européenne et sur la Coupe du monde de rugby. Malheureusement, une voiture l’attendait à la sortie du bâtiment et il s’y est immédiatement engouffré… Vous devrez donc vous contenter de cet article, qui je l’espère vous aura quand même permis d’en savoir un peu plus sur la partition néo-zélandaise dans le concert des nations.

EDIT: Bien que titulaire du poste de ministre des affaires étrangères, Murray McCully n’est pas à la tête d’un Ministry of Foreign Affairs. En effet, il partage un ministère « deux-en-un » avec le ministre du commerce : le Ministry of Foreign Affairs and Trade. Rapprochement qui en dit long…

Sarah, 23 ans et au régime « made in NZ »

Peut-on survivre toute une année en n’achetant que du « NZ made » ? Depuis février, c’est la question à laquelle essaye de répondre Sarah Marquet. Son expérience est à suivre sur le net.

Nous sommes en 2010 après Jésus-Christ ; toute la planète est occupée par le « made in China ». Toute ? Non ! Car une irréductible Néo-Zélandaise s’est mis en tête de résister encore et toujours à l’envahisseur. Sarah Marquet, étudiante en journalisme à la University of Canterbury, vit depuis le 6 février avec une potion magique bien particulière : le « NZ made ». Alors que les produits importés font la loi dans les magasins néo-zélandais, la jeune femme a décidé, par simple curiosité, de s’en tenir à des achats locaux. « Jusque là, ça se passe étonnament bien, » me confie-t-elle. « J’ai eu du mal à faire une croix sur les bananes et les chewing-gums – deux produits que j’adore – mais à part cela je m’en sors… »

L’expérience n’est pas si simple qu’il n’y parait. Car il y a « NZ made » et « NZ made ». Que faire, en effet, face à un Coca Cola certes produit en Nouvelle-Zélande mais dont les profits vont aller aux Etats-Unis ? Idem pour le thé glacé Dilmah, confectionné chez les Kiwis par une entreprise sri-lankaise ? Après réflexion face à ce « Dilmah dilemma », Sarah a décidé d’adopter une posture pragmatique, plutôt que radicale. « Je me suis renseignée et j’ai réalisé que la Nouvelle-Zélande doit encourager les investissements étrangers, créateurs d’emplois ici. Donc, pour ce genre de produits, ça passe, » explique-t-elle. « Toutefois, s’il y a une alternative proposée par une entreprise néo-zélandaise, je lui donnerai toujours la priorité ».

Adieu Heinz, Oreo et fruits exotiques

L’un des principaux enjeux de l’expérience est de savoir si le « NZ made » est compatible avec  un budget limité, comme celui de Sarah. Avec $160 par semaine (84€), l’étudiante ne peut pas se permettre de folies. Pourtant, pour tenir son pari, elle doit parfois acheter des produits deux ou trois fois plus chers que leurs équivalents importés, qu’il s’agisse de tomates, de cahiers ou de collants. Est-ce à dire que le « NZ made » est un luxe de riches ? Sarah a réponse à tout : « Avant de commencer, j’étais du genre à m’acheter un nouveau haut ou des chaussures quand je recevais ma paye. Maintenant que je fais attention à l’origine de mes achats, je me retrouve à faire des économies sur le shopping ! »

Pas si onéreuse que celle, l’expérience est en revanche très gourmande en temps. Quand elle fait ses courses, Sarah observe minutieusement l’étiquette de chaque produit. Une démarche qui suscite parfois la curiosité des autres clients, qui viennent la voir et croient bien faire en la conseillant sur la lecture des informations nutritionnelles. « Quand je leur explique que je m’intéresse plutôt au pays d’origine, certains sont assez interloqués, » constate l’étudiante. Elle passe également de nombreuses heures sur Internet, à chercher ce qu’elle n’a pas pu trouver en magasin. Pour l’aider dans son défi, certains sites proposent une liste de produits fabriqués en Nouvelle-Zélande. C’est ainsi qu’elle a pu trouver des produits de beauté par exemple.

Derrière l'expérience, un acte militant

Derrière l'expérience, un acte militant

Autre activité chronophage : livenzmade.blogspot.com, le blog que la jeune femme a lancé dans le cadre de son expérience. « Je suis surprise de voir à quelle vitesse la machine s’est enclenchée, » avoue-t-elle, sans cacher son enthousiasme ni lésiner sur les « awesome » en guise de ponctuation. Les commentaires affluent sur son blog, de la part d’anonymes mais aussi d’acteurs concernés par la question, qu’ils soient producteurs locaux ou militants associatifs. Les deux responsables de la campagne « Buy NZ made » viennent même de lui proposer un partenariat, qu’elle a accepté – car « on fait la même chose, éduquer les gens sur les problématiques d’économie locale ». A partir de juillet, ses publications seront donc reprises sur le site de la campagne. Côté médias, The Press lui a déjà consacré un article et la revue de développement durable Good lui a ouvert un blog sur son site.

L’étudiante ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Prochaine étape : aller à la rencontre des différentes parties (entreprises, politiques, universitaires…) pour recueillir leurs témoignages et les compiler dans un livre d’ici la fin de l’année. Sarah espère que son action fera avancer la cause du « NZ made », en laquelle elle croit beaucoup : « les entreprises locales ont besoin de soutien, pour faire face aux pris bas et aux dépenses en marketing que peuvent se permettre les grandes entreprises étrangères. Si les gens se mettent à acheter « NZ made », la Nouvelle-Zélande en général en sortira enrichie car, avec ce système, l’argent restera dans le pays. Pour l’instant, ce sont surtout des entreprises étrangères qui se remplissent les poches… »

Bilan : Quatre mois dans la peau d’un Kiwi boy…

Cela fait tout juste quatre mois que je suis arrivé en Nouvelle-Zélande. A la veille des vacances d’été, je fais le point sur le premier tiers de mon aventure à l’autre bout du monde…

Pour ceux qui prendraient le train en marche, cela fait quatre mois que je suis à la University of Canterbury, dans le cadre de ma 3e année d’études à Sciences Po Paris (année dite « à l’étranger »). La Nouvelle-Zélande se trouvant dans l’Hémisphère Sud, les saisons sont inversées, tout comme le calendrier universitaire : le premier semestre commence fin février et se termine fin juin, le second semestre s’étend lui de mi-juillet à mi-novembre. Je suis arrivé à Christchurch le 4 juillet, j’y ai fait ma rentrée le 13 juillet, j’ai eu deux semaines de vacances de « février » du 22 août au 6 septembre, et maintenant je m’apprête à entamer trois mois et demi de vacances d’été. Je vous raconterai mes projets de vacances la semaine prochaine ; pour l’heure, retour sur ces quatre premiers mois chez les Kiwis…

Un premier constat : si la Nouvelle-Zélande est le pays le plus éloigné de la France, c’est seulement en termes de kilomètres. Pour le reste, comme dans l’Hexagone, le mode de vie est très occidental, avec des influences britannique et américaine omniprésentes – et même une touche de françitude. La culture maorie a beau être largement reconnue, elle est loin de modeler la société néo-zélandaise, particulièrement sur l’Île du Sud. Bref, que les aventuriers pantouflards se rassurent, il n’y a pas de gros choc culturel à craindre (ou espérer ?) en Nouvelle-Zélande. Je me suis rapidement adapté à mon nouvel environnement, retrouvant mon petit confort moderne, et remplaçant au passage les pigeons du boulevard Saint-Germain par les canards des Ilam Gardens.

Ilam Gardens (University of Canterbury)

Ma vie d’étudiant en Nouvelle-Zélande a quand même été, jusque là, différente de ce que j’ai pu connaître en France ces deux dernières années. Principale nouveauté : la vie de campus. La University of Canterbury se situe un peu à l’écart du centre-ville de Christchurch, sur un campus de 76 hectares, avec son propre complexe sportif, son centre de santé, sa librairie, ses restaurants, ses cafets, son pub, son agence bancaire, son agence de voyage, son coiffeur, sa pharmacie, etc. S’ils le souhaitent, les étudiants ont la possibilité d’être logés dans l’un des cinq halls of residence situés sur le campus – ce que j’ai fait ce semestre. Amis sédentaires, ceci est votre paradis : il est tout à fait possible d’y passer son année sans mettre le moindre pied hors du campus… (Carte : en bas à gauche, ma « cité U », sur Homestead Lane. En haut à gauche, les terrains de rugby. En bas à droite, le centre sportif. Et entre University Drive et Creyke Road, la partie principale du campus.)

Cette vie de campus a ses avantages et ses inconvénients, qui contribuent chacun dans leur style à en faire une expérience très intéressante. Principal avantage, le campus est bon pour votre vie sociale : quand il faut une heure pour se retrouver entre amis à Paris, il ne faut qu’une… minute pour le faire ici ! Pas de temps perdu dans le métro, il vous faut juste enfiler vos chaussures (ou pas), sortir de votre appartement, monter ou descendre quelques marches, et vous y êtes : apéro ! Et si vous trouvez que l’ambiance dans votre appart n’est pas terrible, no worries, allez toquer à la porte d’un des apparts voisins, vous y trouverez forcément des têtes connues. A l’inverse, principal inconvénient, le campus ne vous incite pas à sortir de votre bulle étudiante. Puisque vous avez tout à portée de main, vous n’avez pas tellement intérêt à payer $2.10 de bus pour aller en ville. Du coup, vous y allez peut-être une fois par semaine, le week-end. Dommage…

Dommage, oui, car Christchurch est une ville assez vivante. En soirée, elle peut paraître un peu déserte, mais il suffit de connaître les bons spots : Poplar Lane et surtout Sol Square sont deux ruelles très sympas pour quelques social drinks, tandis que Manchester Street est à conseiller pour les amateurs de clubbing et aussi de pubs irlandais (le Sullivans se vante d’avoir le plus grand verre de bière au monde). Christchurch propose par ailleurs une vie culturelle active : pêle-mèle, je me suis rendu à l’International Film Festival, à l’Arts Festival, au Body Festival, à un spectacle d’improvisation au Court Theater, à une représentation de La flûte enchantée à l’Isaac Theater Royal, et j’ai encore beaucoup à découvrir. Au rayon balades, le centre-ville n’a pas beaucoup de charme, donc mieux vaut se reporter sur les jardins botaniques, sur les plages de New Brighton et Sumner ou sur les collines environnantes. Et, dès que possible, s’échapper dans la campagne néo-zélandaise…

Sur les hauteurs de Christchurch

C’est véritablement en sortant des villes que l’on se rend compte de la beauté de la Nouvelle-Zélande. C’est parfois même un peu trop facile : cette beauté n’essaye pas de se faire désirer, en se cachant dans des « bons coins » par exemple ; non, elle s’offre à vous à chaque endroit, sans rechigner, dans un acte totalement gratuit, « plaisir d’offrir ». Ainsi, que ce soit en partant en rando dans les Alpes du Sud, en visitant Akaroa ou en chaussant les skis à Mount Hutt, j’ai été impressionné par la majestuosité et la pureté des paysages de l’Île du Sud. J’ai aussi eu la chance de partir pour une semaine de road-trip dans le nord de l’Île du Sud, il y a deux mois de cela ; j’y ai découvert une autre richesse des landscapes kiwis : leur diversité. De la plage de galets de Greymouth à la plage de sable doré de Kaiteriteri, des sommets enneigés d’Arthur Pass à l’eau transparente de l’Abel Tasman National Park, du soleil de Nelson à la tempête de Kaikoura, de la forêt vierge de la West Coast aux vignobles de Blenheim, tout, tout, tout, vous trouverez tout chez les Kiwis !

Et les études, ça se passe bien ? Très bien, ma foi. Là encore, changement de style par rapport à la France : de 24h de cours par semaine à Paris, je suis passé à moins de 12h hebdomadaires. Une charge de travail bien moins élevée donc, ce qui m’a fait un bien fou. Je suis content des cours que j’ai choisi, j’ai eu des bonnes notes sans avoir trop d’efforts à fournir, et surtout j’ai profité du climat de zénitude regnant sur le campus : ici, on vient en cours en vélo, en skate, en tongs, en pantoufles, et même pieds nus ; bref on ne se complique pas la vie, on prend son temps, on respire. Les professeurs se font appeler par leur prénom, et certains annulent même leur dernier cours pour vous laisser le temps de vous déguiser pour la fête de fin d’année ! Sweet as!

"Tea Party" à la University of Canterbury

Vous l’aurez compris, mon bilan jusque là est largement positif. J’ai rencontré des étudiants du monde entier (des Américains, beaucoup d’Américains, mais aussi des Allemands, des Saoudiens, des Chinois…) et je me suis fait des amis s’intéressant à toutes sortes de disciplines, de l’ingénierie à la sylviculture en passant par la biologie et le français. Même si les conversations « made in Sciences Po » me manquent parfois un peu, cela fait du bien de s’ouvrir à d’autres univers ! Parmi les points négatifs – car il y en a forcément quelques uns -, je mentionnerais mes progrès trop timides en anglais, dus selon moi à une utilisation encore quotidienne du français, lors de discussions avec les quelques Français de la fac ou lors de mes connexions sur le web, si bien que je pense encore en français. J’ai également fait très peu de sport au cours de ce semestre, je vais tout faire pour me reprendre au prochain semestre (basket-baaaaaall!). Enfin, cette immersion pas tout à fait totale dans la société néo-zélandaise est assez frustrante, même si je sais que cela ne pourra jamais être parfait…

Un petit mot sur ce blog pour finir. Je me suis efforcé d’y publier au moins un article par semaine, avec succès. Mes statistiques me montrent que je reçois près d’une centaine de visites par jour, ce qui est selon moi un joli score pour un blog consacré à la Nouvelle-Zélande – et surtout une belle preuve de fidélité de votre part, donc merci beaucoup ! Mon groupe sur Facebook augmente d’une semaine à l’autre, ce qui là encore me fait très plaisir (d’ailleurs, n’hésitez pas à le rejoindre si vous voulez recevoir la newsletter mensuelle). Merci également pour vos commentaires et vos mails, auxquels je m’efforce de répondre un maximum. Maintenant, je dois avouer que je ne suis qu’à moitié satisfait de ma production sur ce blog. Je dois avoir une dizaine d’articles commencés, mais jamais terminés et donc jamais publiés. J’aurais voulu vous proposer plus de rencontres, plus de vidéos, plus d’articles en lien avec l’actualité néo-zélandaise, pour vous aider à saisir les grands enjeux du pays. J’essayerai d’améliorer ça à l’avenir, tout comme j’essayerai d’être un peu plus actif sur le site Amphis d’@illeurs et, si l’occasion se présente, sur Rue 89. N’hésitez pas à me faire part de vos attentes pour la suite !

Dans tous les cas, merci à vous pour vos lectures et vos réactions, merci à Sciences Po pour cette formidable expérience, merci à ma famille et à mes amis pour m’avoir permis d’être là où j’en suis.

Quatre mois déjà que je suis en Nouvelle-Zélande, mais encore huit mois d’aventures à venir… Stay tuned!

Une histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940

New Zealand Invites the World (1938)

L’un de mes quatre cours ce semestre à la fac était consacré à la Nouvelle-Zélande depuis 1940. Dans une tentative périlleuse, j’essaye ici de vous en proposer une synthèse, en dix points…

1. Tableau de la Nouvelle-Zélande en 1940

Alors que la Seconde Guerre mondiale commence, le Dominion de Nouvelle-Zélande fête son centième anniversaire dans les rangs de Sa Majesté. Ses liens avec le Royaume-Uni restent extrêmement forts : considérée comme le plus petit mais aussi le plus loyal des dominions de l’Empire britannique, la Nouvelle-Zélande s’appuie sur des institutions politiques copiées sur le modèle de Westminster, son économie repose sur le principe de préférence impériale (d’où des exportations à 80% vers le Royaume-Uni) et sa société vit dans une culture so British. Il faudra même attendre 1948 pour la création de la nationalité néo-zélandaise ! De 1935 à 1949, les Kiwis (dont la population est estimée à 1,6 million en 1940) sont dirigés par le premier gouvernement travailliste, avec comme grands axes le keynésianisme et le progrès social (Social Security Act 1938).

2. Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

La Nouvelle-Zélande entre dans le conflit le 3 septembre 1939 par une déclaration de son Premier ministre, Michael J. Savage. Il s’agit avant tout de suivre le Royaume-Uni : « Avec à la fois gratitude pour le passé et confiance dans le futur, nous nous rangeons sans peur derrière la Grande-Bretagne. Où elle va, nous allons ; où elle se tient, nous nous tenons. Nous ne sommes qu’une petite et jeune nation, mais nous marchons […] vers une destinée commune ». Pour autant, la Nouvelle-Zélande doit rapidement revoir ses plans : en février 1942, la base britannique de Singapour tombe aux mains des Japonais, et c’est toute la sécurité du Pacifique qui se retrouve menacée. Le Royaume-Uni ne pouvant plus garantir la sécurité de ses dominions, la Nouvelle-Zélande se tourne vers les Etats-Unis, s’en remettant pour la première fois à une puissance extérieure au Commonwealth. Pour autant, les troupes néo-zélandaises restent sur le front européen et nord-africain, combattant notamment l’Afrika Korps de Rommel et s’illustrant parfois à titre individuel, à l’image de Keith R. Park, sauveur de Londres dans les rangs de la RAF pendant la bataille d’Angleterre. Sur les 250 000 hommes et femmes néo-zélandais mobilisés, 12 000 perdront leur vie durant le conflit.

Tiger Moths, avions d'entraînement néo-zélandais

Des avions d'entraînement néo-zélandais

3. La Nouvelle-Zélande dans la Guerre froide

Selon l’historien Ian McGibbon, la Seconde Guerre mondiale aura été l’événement décisif du XXe siècle pour la Nouvelle-Zélande. Principale raison : ce nouveau positionnement dans l’ordre mondial, à mi-chemin entre le Royaume-Uni, protecteur de toujours mais en déclin, et les Etats-Unis, protecteur indispensable mais loin d’être aussi intime. En janvier 1944, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tous deux confrontés à ce dilemme UK/USA, se serrent les coudes et signent le Pacte de l’ANZAC, pour s’affirmer comme acteurs majeurs dans le Pacifique. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande, guidée par sa théorie idéaliste et son rêve de sécurité collective, participe activement à la naissance de l’ONU, en 1945. Mais l’espoir ne dure pas, bien vite déçu par la réalité de la Guerre froide… Il faut choisir son camp, et les Kiwis rejoignent sans surprise le bloc occidental, mené par les Etats-Unis contre l’Union soviétique. En échange de la normalisation de leurs rapports avec le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande obtiennent des Etats-Unis le traité ANZUS (Australia-New Zealand-United States), en 1951. Ce traité va être le principal accord de défense pour la Nouvelle-Zélande pour les 35 années suivantes et va donner à ses dirigeants une voix lors d’échanges réguliers avec les Etats-Unis. Sur le terrain, la Nouvelle-Zélande envoie 2 000 hommes en Corée (1950-1953), en soutien des Américains… mais au sein de la division Commonwealth ! Autre ambiguïté, lors de la guerre du Vietnam (1962-1973) : les Kiwis s’y rendent pour honorer leur alliance avec les States, mais ils le font à reculons, avec un maximum de 600 hommes, et vont en ressortir avec une foi altérée en l’Oncle Sam.

Quand la NZ et l'Australie flirtent avec les Etats-Unis...

La mère patrie tenue à l'écart de l'ANZUS

4. Être Kiwi pendant les Trente glorieuses

Comme dans le reste du monde occidental, l’après-guerre en Nouvelle-Zélande est marqué par une longue période de prospérité économique. Durant ces trois petites décennies de golden weather, c’est le National Party qui est aux manettes du pays, quasiment sans discontinuer. Les restrictions de guerre sont levées et la Nouvelle-Zélande entre dans l’ère de la société de consommation. La croissance est soutenue, l’Etat-providence s’affirme, de nouvelles villes sont créées, d’importants projets hydro-électriques sont lancés, la modernisation bat son plein. Pour autant, la Nouvelle-Zélande ne profite pas de cette période aussi bien que d’autres : de 5e pays de l’OCDE en termes de PIB par habitant en 1950, elle n’est plus qu’à la 11e place en 1975. D’un point de vue social, l’après-guerre est le temps du clash : à ma gauche, la Nouvelle-Zélande version Grande-Bretagne victorienne, faite de musique classique et de services à thé ; à ma droite, la Nouvelle-Zélande version American way of life, à base de rock’n’roll, de Coca Cola et de sex-appeal. L’influence de la culture américaine se fait de plus en plus visible au pays du long nuage blanc, et les élites puritaines s’en inquiètent : voilà la culture de gentlemen britannique menacée par une culture populaire de caniveau ! Mais le combat du salon contre le saloon est perdu d’avance… L’après-guerre est aussi une période de panique morale concernant la jeunesse néo-zélandaise. En 1954, le rapport Mazengarb est envoyé par le gouvernement dans tous les foyers, mettant les parents en garde contre les comportements sexuels immoraux de leurs enfants, accusant notamment les jeunes filles de ne plus toujours attendre les avances des garçons et même de corrompre ces derniers. (Pour l’anecdote, cette panique morale est née à Christchurch après un fait divers dont Peter Jackson s’est inspiré pour son film Créatures célestes.)

La mère patrie

Old school?

5. L’ère des protestations

Sans atteindre le retentissement de mai 68 en France, divers mouvements sociaux ont lieu en Nouvelle-Zélande au cours des années 60 et 70. Le principal est probablement l’opposition à la guerre du Vietnam : inspiré par les exemples étrangers, le mouvement organise de premiers « sit-in » en 1965 devant le Parlement à Wellington, ainsi que des manifestations réclamant une politique étrangère indépendante. Petit à petit, une contre-culture s’organise, composée d’acteurs parfois très divers, de la jeunesse contestataire aux activistes communistes en passant par des groupes religieux. Helen Clark, qui sera Premier ministre travailliste de 1999 à 2008, est de cette génération, et participe également à la seconde vague du féminisme néo-zélandais : près de 80 ans après avoir obtenu le droit de vote, les femmes se battent encore contre la patriarchie et pour l’égalité entre les sexes dans la société (à titre d’exemple, en 1966, le salaire médian des femmes est moitié moins élevé que celui des hommes). Elles se mettent à porter des t-shirts, des jeans et à abandonner leurs soutien-gorges, et s’organisent à travers des associations comme le Mouvement de libération des femmes. Dans le même temps, des mouvements environnementaux se développent, sur la question du nucléaire notamment, ainsi que des mouvements maoris (voir plus bas).

Convaincue ?

Convaincue ?

6. 1975-1984 : Robert Muldoon, ce tyran

Leader du National Party, Robert Muldoon devient Premier ministre et Ministre des finances en 1975, dans un contexte rendu difficile par la crise économique mondiale et par l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. Personnage de petite taille, rondouillet, Bob Muldoon n’a pas sa langue dans sa poche et sa conception du pouvoir est simple : s’entourer de seconds couteaux et diviser pour mieux régner. Les caricaturistes le dessinent en Napoléon, en Roi Soleil et en personnage double-face, à la fois dictateur et sauveur de la Nouvelle-Zélande. Il va même donner son nom à cette période : le muldoonism, « synonyme d’un abus de pouvoir exécutif et d’une dictature  auto-proclamée » à en croire ma professeur Philippa Mein Smith. Au cours de ses deux mandats, Muldoon régule fortement l’économie et la société, fixant les taux d’intérêts, gelant les prix et les salaires, contrôlant les médias ; bref, selon certains observateurs, faisant de la Nouvelle-Zélande « la Pologne du Pacifique sud ». Ce tableau est toutefois à nuancer car c’est lui qui finit aussi par lancer le mouvement de dérégulation, en signant un accord de libre échange avec l’Australie en 1982. Si la situation économique ne s’arrange pas, c’est surtout sur le plan social que la Nouvelle-Zélande fait parler d’elle, lors du Springbok Tour de 1981 : à l’occasion de la tournée de l’équipe de rugby sud-africaine, les Kiwis se déchirent entre opposants au régime de l’apartheid et amoureux du rugby avant tout, jusqu’à briser des familles et des amitiés. C’est la plus grande campagne de désobéissance civile de l’histoire du pays, et selon Ian Borthwick le « Mai 68 version néo-zélandaise ».

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

7. Nuclear-free New Zealand

Muldoon chute en 1984 sur un coup de roulette, après avoir organisé – et perdu – des élections anticipées. Le Labour Party revient au pouvoir et l’un de ses principaux dossiers est le nucléaire. Depuis les années 50, les mouvements anti-nucléaire se développent en Nouvelle-Zélande, du fait de l’inquiétude générée par les essais atomiques américains, britanniques et surtout français dans le Pacifique. De 1972 à 1974, le gouvernement travailliste de l’époque avait planté de premières banderilles, avec l’envoi de frégates d’observation à Mururoa et la condamnation de la France par la Cour Internationale de Justice. En 1985, c’est le Premier ministre David Lange qui reprend le combat interrompu par Muldoon. Il refuse l’entrée du navire militaire américain USS Buchanan dans le port d’Auckland, au motif que les Etats-Unis ne veulent ni confirmer ni nier l’équipement nucléaire du bateau. Ce refus provoque la fureur de Washington (la Nouvelle-Zélande se retrouve exclue de facto de l’ANZUS, rétrogradée du statut d' »allié » à celui de « pays ami » et privée de l’accès aux services de renseignement US), mais il est aussi accompagné d’un énorme soutien populaire, dans un combat à la David (Lange) contre Goliath. L’affaire du Rainbow Warrior, du nom de ce navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 à Auckland par les services secrets français, sera la goutte de trop dans la le vase. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande signe le traité de Rarotonga établissant une zone dénucléarisée dans l’ensemble du Pacifique sud et, en 1987, par le Nuclear-Free Zone, Disarmament and Arms Control Act, la Nouvelle-Zélande devient véritablement nuclear-free. C’est un tournant majeur dans l’histoire du pays, une déclaration d’indépendance pour certains, en tout cas un pilier de l’identité néo-zélandaise encore aujourd’hui.

Le prix de l'indépendance

Le prix de l'indépendance

8. Le libéralisme en fête

Sur le plan économique, les années Lange correspondent à un espoir post-Muldoon. Avec un gouvernement particulièrement jeune (Lange lui-même n’a que 41 ans), la Nouvelle-Zélande prend un virage à 180° et devient le laboratoire mondial du libéralisme. Les réformes sont lancées comme une guerre éclair et il ne faut pas moins de trois ministres des Finances au même moment pour mener cette  révolution. Le plus influent de ces ministres, Roger Douglas, va donner son nom à cette politique : les Rogernomics. Dans un mélange de Reaganism et de Thatcherism, les Rogernomics font de la Nouvelle-Zélande le paradis du consommateur et l’enfer du travailleur. La finance est dérégulée, les taxes et les subventions réduites au maximum, et le secteur public dynamité : la concurrence fait son entrée dans l’éducation et la santé, et les entreprises publiques sont privatisées (Telecom, Air New Zealand, etc.). Tout ceci a un coût social considérable, la Nouvelle-Zélande devenant pour deux décennies le pire pays de l’OCDE en matière d’augmentation des inégalités riches/pauvres. Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances, et le PIB par tête relatif de la Nouvelle-Zélande continue à plonger dans les classements de l’OCDE.

Du statut de bon élève de l'OCDE à celui de cancre

1951-2002 : Du statut de bon élève de l'OCDE... à celui de cancre

9. La question maorie

Autant l’histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940 peut ressembler à l’histoire du monde occidental moderne en général, autant la question maorie est propre à ce pays et s’avère parfois difficile à comprendre. Je l’ai largement abordée dans un précédent article ; je vais ici essayer d’y apporter quelques compléments. Du point du vue du mode de vie des Maoris, la deuxième moitié du XXe siècle est marquée par une forte urbanisation : population à 75% rurale en 1945, les Maoris délaissent progressivement leur habitat traditionnel, pour devenir urbains à 80% en 1986. Cet exode, plus ou moins forcé, est dû à la perte des terres maories, à la mécanisation des campagnes et au besoin de main-d’oeuvre dans les villes. L’un des rares « mérites » de l’urbanisation maorie aura sans doute été d’amener sur la place publique la question de l’intégration sociale des indigènes, à une époque où la Nouvelle-Zélande était encore considérée par ses élites comme « blanche à 99% ». Face au racisme persistent et aux inégalités entre Maoris et Pakehas (blancs), de nouveaux mouvements de protestation maoris apparaissent dès les années 60, avec à l’extrême le gang Black Power. Parmi les principales actions du mouvement modéré, on retiendra la Maori Land March de 1975, traversant l’Île du Nord pour arriver devant le Parlement à Wellington, et l’occupation de Bastion Point près d’Auckland en 1977 et 1978. Le film Once Were Warriors (L’Âme des Guerriers) offre un aperçu intéressant sur l’urbanisation maorie :

10. Et aujourd’hui ? Et demain ?

Depuis l’année dernière, le National Party est de retour au pouvoir, emmené par le Premier ministre John Key. Pays encore très libéral, la Nouvelle-Zélande a été durement touchée par la crise économique et sort tout juste de la récession. Deux défis majeurs l’attendent déjà pour ce XXIe siècle. D’une part, l’évolution de l’identité kiwie, devant non seulement prendre en compte les Maoris et les immigrés du Pacifique mais aussi la population asiatique, de plus en plus importante. En 2026, on estime en effet qu’il y aura 780 000 Maoris, 480 000 Polynésiens et… 788 000 Asiatiques en Nouvelle-Zélande ! C’est donc tout le modèle d’intégration biculturaliste qui semble à revoir, d’autant plus que l’Asie est désormais le principal partenaire économique de la Nouvelle-Zélande. D’autre part, la question du modèle politique néo-zélandais reste en suspens. A l’heure actuelle, la Nouvelle-Zélande est une monarchie, avec pour chef d’Etat la Reine Elisabeth II. Pour certains, le passage à une république est incontournable, et il est vrai que cela permettrait à la Nouvelle-Zélande d’affirmer son indépendance une fois pour toutes. Enfin, un troisième défi, à plus court terme : l’organisation de la Coupe du monde de rugby en 2011 s’annonce comme un défi très coûteux pour les Kiwis…

Copyright: La plupart des illustrations utilisées dans cet article proviennent de mon cours HIST129: New Zealand History since 1940, enseigné par Philippa Mein Smith et Te Maire Tau. Tous droits réservés.

Le Pari Kiwi vous offre votre premier cours de Māori

Crédits photo : blacklognz.blogspot.com

A deux jours de la Journée internationale des populations autochtones, je vous propose une initiation à la langue des indigènes de Nouvelle-Zélande : le Māori. Repeat after me…

Vous en avez marre des cahiers de vacances ? C’est la crise et vous galérez à trouver un job ? Les recruteurs vous trouvent sympa mais regrettent votre dossier trop léger, trop banal ? Alors lisez bien ce qui suit ! Oui Madame, oui Monsieur, c’est votre jour de chance, car Monsieur Bibi Le Pari Kiwi a LA solution pour vous : le Māori – oui, la ligne qui fera bientôt toute la différence sur votre CV ! ;)

Depuis le Māori Language Act de 1987, Te Reo Māori (= la langue Māori) possède le statut de langue officielle en Nouvelle-Zélande. Les citoyens ont ainsi le droit d’être jugés en Māori ; les débats parlementaires peuvent se faire dans cette langue ; la chaîne Māori Television diffuse en partie en Te Reo ; de nombreuses inscriptions dans les universités sont rédigées dans les deux langues, etc.

Dans les faits, moins de 160 000 personnes en Nouvelle-Zélande se disent capables d’avoir une conversation basique en Māori, ce qui correspond à 4% de la population. A titre de comparaison, le breton compterait aujourd’hui 172 000 locuteurs et l’espéranto environ 2 millions. Le club que je vous propose de rejoindre aujourd’hui est donc très restreint…

Tēnā koutou katoa e ngā akonga o te reo Māori. Salutations à vous tous, étudiants de la langue Māori.

Commençons par le commencement : bonjour, au revoir, and co. Le salut classique, qui sert aussi pour dire merci, est Kia ora. On peut aussi utiliser Tēnā koe (si l’on s’adresse à une personne), Tēnā kōrua (à deux personnes) ou Tēnā koutou (à plus de deux personnes), autant d’expression qui sont, je crois, un peu plus formelles. Au rayon des au revoir/à bientôt, on trouve le sympathique Ka kite – tellement sympathique que je vous en épargne les variantes.

Quelques précisions sur la prononciation maintenant. Le Māori est une langue assez simple à appréhender, reprenant l’essentiel de notre alphabet et se prononçant assez instinctivement. Mais cela n’empêche pas quelques spécificités… Ainsi, les r sont roulés ; oubliez donc les r gutturaux à la française et les r crémeux à l’anglaise, adoptez les r roulés à l’espagnol – ou à l’écossaise, selon les goûts. Au pire, remplacez les r par des l, ce qui vous donnera kia ola en guise de bonjour. Ensuite, quand vous voyez un macron au-dessus d’une lettre, comme sur le e et le a de tēnā, cela signifie qu’il vous faut insister sur ces lettres, les prononcer plus longuement que les autres – avec comme résultat un téénaa à la Doc Gynéco plutôt qu’un téna articulé à toute vitesse. (Au passage, vous aurez compris que le e se prononce é.) Enfin, pêle-mêle : oe se prononce oué et non ohé ; le wh se prononce comme un f ; le u ressemble à un ou ; le ou à un oy. Voilà, avec ça, vous êtes bon pour nos cinq premiers mots.

On enchaîne, on enchaîne, avec quelques questions-réponses bien utiles pour faire connaissance…

  • Aah, le nombre de fois où vous avez croisé un Māori dans la rue et rêvé de pouvoir lui demander son petit nom, frustrant hein – et tellement fréquent ! Alors qu’il aurait suffi de demander… Ko wai tō ingoa? (ko waïe tôô ingoa – comment t’appelles-tu/vous-appelez vous?) Votre mystérieux Māori vous aurait alors répondu: Ko Jean-Michel tōku ingoa (je m’appelle Jean-Michel – désolé pour l’exotisme)…
  • Intrigué par ce personnage, vous lui demandez alors d’où il vient : Nō hea koe? (Nôô hhéa koué?) Et ce brave Jean-Michel de vous répondre : Nō Wīwī au! (Nôô ouii-ouii oy!) Là, vos soupçons se révèlent malheureusement fondés : eh oui, Jean-Mich est un faux Māori. Wīwī est en effet le nom Māori désignant… la France – et non la Nouvelle-Zélande, dont le nom est Aotearoa !
  • Retenant votre colère devant une telle arnaque, vous arrivez malgré tout à faire preuve de diplomatie, en lui demandant comment il va : Kei te pēhea koe? (Key té pééhhéa koué?) L’heure de l’apéro approchant, il vous répond naturellement : Kei te hiainu! (Key té hhia-i-nou! J’ai soif!)
  • Jean-Michel est un chic type, alors il vous invite chez lui pour un petit pastis. Ka pai! (Ka paille – Génial!) Bien tenté par cette invitation, vous lui demandez où est sa maison : Kei hea tō kāinga? (Key hhéa tôô kaainga?) Il vous montre alors une voiture garée non loin, et vous répond : Kei muri tōkukāinga i te motokā. (Key mouli tôôkoukaainga i té motokaa – Ma maison est derrière la voiture.)
  • Et ensuite, que se passe-t-il ? Mmh, « celaa ne nouus… regarde pas » ! :)

That’s all folks, je crois qu’on a à peu près fait le tour de mes connaissances du moment ; j’espère que vous arriverez à retenir deux-trois expressions, histoire d’épater la galerie lors de votre prochain dîner mondain ! Vous verrez, il y a peu de chances que le reste de l’assistance connaisse autre chose que les mots Kiwi et Haka… ;)

Si vous avez des questions, n’hésitez pas ! Patua te whakamā! (Ne soyez pas timides !)

En savoir plus : Site web de la Maori Language Commission + Article « Langue maori » sur Wikipedia en français et en anglais + Article Les 100 mots Māori  que chaque Néo-Zélandais devrait connaître sur NZhistory (en anglais).

Bonus : Vous aussi, comptez en Māori…

Photos : Trois albums pour le prix d’un…

Le Paris kiwi

Malgré l’hiver, la météo a été clémente ces derniers jours à Christchurch. J’en ai profité pour sortir faire quelques photos, en ville, dans les montagnes et sur mon campus… Enjoy!

Forte de ses 370 000 habitants, Christchurch est la deuxième ville néo-zélandaise – derrière Auckland – et la première de l’île du Sud. Surnommée The Garden City, elle a été construite selon un plan géométrique, « à l’américaine » : quatre grandes avenues (Bealey Ave, Fitzgerald Ave, Moorhouse Ave et Rolleston Ave) en délimitent le centre, au coeur duquel se situe Cathedral Square. Sans grande originalité, c’est cette place importante de Christchurch que je vous propose de découvrir maintenant, en cliquant ici

Joueur de flûte celtique, sur Cathedral Square

Joueur de flûte celtique, sur Cathedral Square

Depuis la tour de la cathédrale, il est possible d’apercevoir les collines environnant Christchurch. Les apercevoir, c’est bien, mais y aller, c’est mieux ! C’est donc ce que nous avons fait vendredi dernier, en prenant la Gondola, une sorte de téléphérique qui vous emmène à 500 mètres au-dessus de la ville. Le reste en images, en cliquant ici… (Avis aux futurs visiteurs : avec une bonne paire de chaussures, vous pourrez monter et descendre par vos propres moyens, et ainsi économiser 22 dollars NZ !)

100% New Zealand

100% New Zealand

Pour finir, je vous propose de déambuler sur le campus de la University of Canterbury, en consultant mon album dédié.  L’essentiel des photos que j’y ai mis pour l’instant a été pris dans les Ilam Gardens, qui relient mon appartement aux bâtiments de cours ; à vrai dire, c’est sans doute ce que le campus a de plus beau à offrir ! Bien que ce soit l’hiver ici, les jardins sont étonnament verts, la végétation est dense, les canards se portent bien, ce qui me laisse rêveur quant à la beauté de ces lieux en été… Assurément, cela me change de la rue Saint-Guillaume à Paris !

Feu d'artifice sur le campus

Feu d'artifice sur le campus

N’hésitez pas à surveiller mes albums photos de temps en temps, j’essayerai d’y ajouter de nouvelles images au fur et à mesure… N’hésitez pas non plus à regarder la vidéo ci-dessous, tournée dans les Ilam Gardens ; c’est sans doute la première et dernière fois que je réalise un documentaire animalier ! ;)