Archives de Catégorie: Politique

Voir Wellington et puis partir…

A moins d’une semaine de mon départ de la Nouvelle-Zélande, je n’avais pas encore visité la capitale Wellington. Trois jours de vacances m’ont permis de remettre les pendules à l’heure…

A mon arrivée en juillet 2009, j’avais « osé » écrire sur ce blog que « Christchurch est la deuxième ville de Nouvelle-Zélande ».  N’écoutant que son courage, un ami-lecteur de Wellington (le dénommé Yoyote) m’avait laissé un commentaire pour s’insurger et défendre sa cité d’adoption : « c’est la capitale que diable » ! Le débat était lancé : qui de Chch ou Welli mérite la place de deuxième ville de NZ, derrière l’incontournable Auckland ? En termes de population, je lui avais répondu que la palme revenait de justesse à l’aire urbaine de Christchurch, avec 382 200 habitants, contre 381 900 à Wellington. Un peu léger, surtout au vu de la densité de population supérieure de la capitale. Quid alors de l’animation de la ville, de son intérêt culturel, de son prestige politique, de sa vie économique ? Je suis allé chercher la réponse sur le terrain cette semaine !

Arrivée mardi en début d’après-midi, après 45 minutes de survol des côtes néo-zélandaises et du détroit de Cook. Le ciel est gris comme à Christchurch mais « windy Wellington » est à la hauteur de sa réputation : le vent souffle fort, très fort. Entre l’aéroport et le centre-ville, le bus longe la baie, qui me rappelle Dunedin. Les maisons ne se distinguent pas par leur modernité, mais donnent un charme « retro » au quartier de Mount Victoria (et ce n’est pas souvent que je trouve du charme dans une ville néo-zélandaise!). Après un ravitaillement à Burger Fuel, la chaîne de fast-food « gourmet » de NZ, mes deux amis et moi trouvons une auberge de jeunesse en plein centre-ville, en face du City Council. La visite proprement dite peut enfin commencer.

Les bâtiments du Parlement (dont la Beehive, à gauche)

Puisque le temps reste pluvieux, nous privilégions une activité d’intérieur : le Parlement. Les députés ne siègeant pas cette semaine, nous devons nous contenter d’une simple visite guidée. Loin d’atteindre l’excitation d’une séance plénière, l’exploration du Parlement n’en est pas moins instructive. Le bâtiment est composé de trois parties distinctes, reliées par des couloirs : la Beehive (la ruche), construite dans les années 70 et occupé principalement par le gouvernement ; le bâtiment principal, en pierre grise, abritant la chambre des représentants et l’ancienne chambre haute ; et enfin la bibliothèque du Parlement, que l’on croirait presque inspirée du Château de la Belle au bois dormant. Le contraste des styles est intéressant, tout comme les anecdotes sur la vie politique locale. Nous avons même la chance d’apercevoir le premier ministre John Key, à sa sortie d’une réunion.

Le lendemain, bonne surprise au réveil : ciel bleu ! Nous commençons par partir à la découverte des quais, au milieu des joggeurs. La promenade n’est pas aussi majestueuse qu’à Sydney mais n’est pas désagréable. Des oeuvres d’art y sont exposées, notamment sur un pont à proximité de la City Gallery, où Para Matchitt a livré un travail me rappelant les installations de Takis à La Défense. Toujours sous le soleil (et le vent), nous retournons prendre quelques photos au Parlement. Pour pimenter le début d’après-midi, un agent de sécurité remarque une valise abandonnée sur un banc en face du bâtiment principal. Des renforts arrivent un à un, sans grande conviction, se contentant juste d’empêcher les passants de s’approcher du banc. Alors que nous nous attendons depuis près d’une heure à voir débarquer une équipe de démineurs sur-entraînés, c’est finalement le propriétaire de la valise qui fait son apparition… et vient tranquillement récupérer son bien ! No worries, vous êtes en Nouvelle-Zélande…

Les oeuvres maories de Para Matchitt

Pour finir la journée, nous montons dans le cable car (le funiculaire local) afin d’observer Wellington depuis les hauteurs. C’est aussi l’occasion de se promener dans les jardins botaniques, plus sauvages et escarpés que ceux de Christchurch. La nuit tombant, retour au centre-ville pour une petite session shopping. Toutes proportions gardées, Wellington me fait alors penser à Londres en hiver, grâce à son plan moins géométrique que Christchurch ou Auckland, et avec Kirkcaldie & Stains en guise de mini-Harrods sur Lambton Quay. Le soir, après un sympathique échauffement dans le bar de notre auberge et dans un PMU local, nous nous rendons au Backbencher Pub, pour assister à l’émission politique de TVNZ 7, Back Benches. L’émission est disponible à cette adresse : http://tvnz.co.nz/back-benches/s2010-e17-video-3582772.

Enfin, mercredi, direction Te Papa, le musée national de la Nouvelle-Zélande. Ses collections touchent aussi bien à l’art, à la science, à l’histoire et aux cultures du Pacifique, offrant une visite distrayante et adaptée à tous les publics. Profitant de l’ouverture du Matariki Festival célébrant le Nouvel An maori, nous avons pu assister à un concert gratuit organisé dans le musée en présence de sept chanteuses maories. De très belles voix pour conclure notre séjour dans la capitale ! Alors, Wellington, deuxième ville de la Nouvelle-Zélande ? Sans doute. Et certainement ma préférée !

Concert au marae de Te Papa

Photos : Mon album Flickr est disponible en mode galerie en cliquant ici et en mode diaporama en cliquant là.

Interview avec Phil Goff, leader de l’opposition

Le chef du New Zealand Labour Party était aujourd’hui à la University of Canterbury. Il a accepté de répondre à mes questions, dans une interview à découvrir en vidéo…

Après neuf années au pouvoir sous l’ère Helen Clark (1999-2008), le parti travailliste néo-zélandais est aujourd’hui le principal parti d’opposition face au gouvernement conservateur de John Key (National Party). Chargé de la reconstruction du parti et de la préparation des élections de 2011, Philip Goff en est le leader depuis novembre 2008. J’ai profité de sa présence à Christchurch pour l’interroger sur son parti, sur la défaite de 2008, sur ses préoccupations du moment, sur les futures élections et sur la situation du Labour Party au Royaume-Uni… J’ai passé trois heures à sous-titrer l’interview en français, donc n’hésitez pas à en profiter en activant l’option Subtitles en haut de la vidéo. Et soyez indulgent avec mon cadrage ! ;)

Pour aller plus loin :

– La page Wikipedia de Phil Goff

– Son portrait par le New Zealand Herald en novembre 2008

– Sa réponse au Statement to the House (discours de politique générale) de John Key en février dernier :


Quelle politique étrangère pour la NZ, minister ?

Le ministre des affaires étrangères néo-zélandais, Murray McCully, était cette semaine invité à la University of Canterbury. Il s’y est exprimé sur  l’action de la NZ à l’échelle internationale.

Vu de France, on pourrait penser que « l’action de la Nouvelle-Zélande à l’échelle internationale » tient en deux mots : All Blacks. Vous vous en doutez, c’est un chouilla plus compliqué que cela (même si l’actuel ministre des affaires étrangères ne simplifie rien en cumulant également les portefeuilles de ministre des sports et ministre de la Coupe du monde de rugby 2011). Bref, ce mercredi, Murray McCully est intervenu dans un cours de politique internationale pour y parler de ses priorités en tant que chef de la diplomatie kiwie

Le premier point qu’a abordé Murray McCully est le nucléaire. « Nous sommes un pays qui a adopté une législation anti-nucléaire et nous tenons à ce que cela reste clair dans l’esprit de nos différents partenaires, notamment les Etats-Unis et l’Australie », a-t-il affirmé aux étudiants du professeur Jacob Bercovitch. Pas un scoop, tant la Nouvelle-Zélande est active dans ce domaine, que ce soit à l’Assemblée Générale de l’ONU ou lors du sommet sur la sécurité nucléaire organisé par les Etats-Unis. Pour autant, cette prise de position est significative, car elle vient d’un ministre du National Party. Or, comme Murray McCully l’a lui-même reconnu, le National Party, peu réputé pour sa politique étrangère, a longtemps ignoré cette question (c’est le Labour Party qui a fait de la Nouvelle-Zélande un pays « nuclear-free » en 1987). Il est donc intéressant de voir le National Party reconnaître son erreur et désormais promouvoir cet élément fondamental de l’identité nationale néo-zélandaise.

Rencontre McCully/Clinton sur le nucléaire (avril 2009)

Le second point a porté sur les relations économiques avec l’Asie. « Les Néo-Zélandais ne savent pas à quel point ces relations économiques nous ont sauvés ces dernières années », a soutenu le ministre. Il est vrai que l’économie kiwie est de plus en plus orientée vers les pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, désormais second partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande derrière l’Australie. Du fait notamment de la multiplication des accords de libre-échange avec la région (Singapour, Hong Kong, ASEAN, Thaïlande, Brunei, Chine, Malaisie), la Nouvelle-Zélande compte aujourd’hui dix pays asiatiques parmi ses vingt principaux marchés d’exportation. « Le développement de ces relations fait partie de nos priorités », a souligné Murray McCully, révélant sa vision très commerciale des affaires étrangères (rien sur les droits de l’homme par exemple).

Le dernier sujet abordé lors de ce discours de 40 minutes a été les relations avec le Pacifique Sud« Nous voulons accroître nos efforts dans cette région, où vivent des personnes parmi les plus pauvres de la planète. C’est notre voisinage, mais également notre famille », a énoncé le ministre, avant de rappeler l’importance des communautés du Pacifique en Nouvelle-Zélande. Il s’est attardé sur la politique d’aide financière à la région, avec un ton maladroit alternant entre solidarité et néo-colonialisme.

Le Premier ministre John Key à l'ONU (octobre 2009)

Enfin, dans une séance de questions-réponses d’une dizaine de minutes avec l’auditoire, le ministre a été invité à s’exprimer sur les Fidji, l’Afghanistan et l’Iran. Concernant la situation aux Fidji, où le pouvoir est détenu par l’amiral Frank Bainimarama suite au coup d’Etat de 2006, Murray McCully a fait état de « progrès récents » et insisté sur l’importance du dialogue pour parvenir à la tenue d’élections démocratiques. Sur l’Afghanistan, il a justifié la présence de forces armées néo-zélandaises par l’argument de la sécurité internationale : « Il y a un million de Kiwis vivant à l’étranger, et certains sont morts dans les tours du World Trade Center, à Bali, à Jakarta… On veut que les Kiwis puissent voyager, prendre l’avion, rester dans des hôtels sans être tués. Si on s’en va d’Afghanistan, on laisse le pays à des personnes mal intentionnées. » Abordant la question iranienne, il a rappelé que la Nouvelle-Zélande fait partie des pays qui ont toujours une ambassade à Téhéran et que celle-ci doit servir à envoyer des messages forts au pouvoir iranien.

A la fin de cet échange, j’ai couru après Murray McCully pour l’interroger en vidéo sur le nouvel organigramme de l’Union européenne et sur la Coupe du monde de rugby. Malheureusement, une voiture l’attendait à la sortie du bâtiment et il s’y est immédiatement engouffré… Vous devrez donc vous contenter de cet article, qui je l’espère vous aura quand même permis d’en savoir un peu plus sur la partition néo-zélandaise dans le concert des nations.

EDIT: Bien que titulaire du poste de ministre des affaires étrangères, Murray McCully n’est pas à la tête d’un Ministry of Foreign Affairs. En effet, il partage un ministère « deux-en-un » avec le ministre du commerce : le Ministry of Foreign Affairs and Trade. Rapprochement qui en dit long…

Goodbye the Queen: une République pour la NZ ?

Du fait de son héritage britannique, la Nouvelle-Zélande n’a jamais eu de chef d’Etat néo-zélandais ! Un comble qui n’amuse pas vraiment certains Kiwis qui rêvent même de république…

Le débat n’est pas nouveau mais il résonne de plus en plus fort dans la société néo-zélandaise. Et si Aotearoa devenait une république ? Ancienne colonie du Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande est une monarchie indépendante depuis 1947. Elle possède ses propres institutions et n’a aujourd’hui plus aucun compte à rendre à la mère patrie britannique. Malgré tout, son chef d’Etat se trouve toujours à Londres, à plus de 18 000 kilomètres de la capitale Wellington, et ne possède même pas la nationalité néo-zélandaise…

Reine du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande et de 14 autres Etats, Elisabeth II fêtait son anniversaire la semaine dernière, le 21 avril. Hasard du calendrier, le Parlement néo-zélandais avait choisi ce même jour pour étudier une proposition de loi sur l’avenir de la monarchie. Déposé par le député vert Keith Locke, ce texte intitulé « Head of State Referenda Bill » prévoyait l’organisation d’un référendum où les Néo-Zélandais choisiraient entre le maintien de la monarchie, l’élection du chef d’Etat par le Parlement ou l’élection du chef d’Etat par le peuple. La proposition de loi, soutenue par l’opposition travailliste, les Verts et le parti centriste United Future, a finalement été rejetée en première lecture par 68 voix contre 53.

La Reine peut garder sa fougère - pour l'instant

Tué dans l’œuf, le projet de référendum n’a pas eu le temps d’accéder au rang de débat de société. Avouant n’être pas vraiment intéressé par cette « distraction », le député de la majorité Simon Bridges a affirmé que « la nation a des problèmes bien plus pressants et réels à régler ». Dans le camp monarchiste, le professeur Noel Cox, président de Monarchy New Zealand, s’est félicité du rejet de ce « gaspillage d’argent public ». D’autres voix se sont toutefois élevées pour dénoncer le vote partisan de la majorité. C’est le cas du blogeur David Farrar, pourtant proche du National Party, qui a regretté que « National nous [ait] nié à tous le droit de nous exprimer » lors de ce référendum qui aurait été « un exercice d’une valeur inestimable ».

Malgré le rejet de ce texte, la probabilité d’une république néo-zélandaise reste très élevée. Le premier ministre John Key lui-même estime que ce changement est « inévitable », même s’il n’arrivera pas « tant que je serai là ». Pour tenter d’accélérer le processus, le Republican Movement milite depuis 1994 en faveur d’une république dont le chef d’Etat serait élu démocratiquement. A l’occasion d’un débat organisé à la University of Canterbury il y a quelques semaines, son président Lewis Holden a insisté sur les valeurs bafouées par la monarchie actuelle. « Le système de succession n’est pas méritocratique, car fondé sur la filiation européenne et sur la religion anglicane ». Présent à ce même débat, Keith Locke a également souligné les contradictions du système, notamment en matière de politique étrangère. « Souvenez-vous la guerre en Irak, lorsque la reine, dans son uniforme militaire, est descendue soutenir les soldats britanniques. C’était en contradiction avec son rôle de reine de Nouvelle-Zélande, un pays qui s’était opposé à la guerre ! »

2005. Le Prince William supportant les rugbymen britanniques contre... la Nouvelle-Zélande !

Reste à savoir quand cette (r)évolution arrivera. Du côté monarchiste, on retarde l’échéance sur la base du « if it ain’t broke, don’t fix it » (si ce n’est pas cassé, ne le réparez pas). Lors du débat organisé à la University of Canterbury, le professeur David Round a estimé qu’il ne fallait pas « chercher quelque chose sur lequel se bagarrer », ajoutant qu’une république « n’apporterait pas plus de démocratie et mènerait plus sûrement à une crise constitutionnelle ». Il est vrai qu’une telle réforme aurait bien plus d’effets que simplement gommer la couronne de la tête du chef d’Etat. Elle soulèverait inévitablement des questions sur la place du traité de Waitangi (signé entre les chefs maoris et la Couronne en 1840) dans l’ordre institutionnel néo-zélandais, sur le besoin ou non d’une constitution écrite, sur un tournant ou non vers un système présidentiel… Autant de questions susceptibles de diviser une société toujours pas à l’aise avec sa question maorie et en quête d’identité nationale.

Au sein de l’opinion, les sondages font état d’un soutien croissant en faveur de la république, passé ces 20 dernières années de 17% à 35% (contre une chute de 61% à 51% pour la monarchie). Les principaux défenseurs de la royauté se trouvent parmi les tranches d’âges les plus élevées de la population, révélant un attachement de plus en plus anachronique à la monarchie. Comme l’a souligné le député vert Gareth Hughes, Aotearoa n’a peut-être pas encore terminé sa crise d’adolescence : « la Nouvelle-Zélande avec la reine comme chef d’Etat, c’est comme ce stéréotype de l’adulte qui vit encore chez ses parents ». Pour combien de temps encore ?

Echec et mat ?

→ Pour voir les vidéos de la discussion au Parlement, cliquez ici.

→ Pour écouter le débat sur la république diffusé en 2007 sur Radio New Zealand National, cliquez ici (partie 2, partie 3, partie 4).

→ La question se pose aussi chez les voisins australiens. Plus d’infos sur le site de l’Australian Republican Movement.

News Zealand: revue de presse de la semaine

Sur quoi les médias néo-zélandais ont-ils fait leurs gros titres cette semaine ? Plongez dans le monde de l’info kiwi et découvrez les forces et faiblesses de ce quatrième pouvoir boiteux…

L’affaire n’a été révélée qu’en fin de semaine mais les médias en ont vite fait leurs choux gras : la Nouvelle-Zélande tient son « Bernard Madoff ». Stephen Versalko, 51 ans, vient d’être condamné à six ans de prison pour avoir détourné 17,8 millions de dollars pendant neuf ans au détriment de ses clients de la banque ASB. Soit la plus grande escroquerie jamais réalisée par un employé en Nouvelle-Zélande. Ce n’est pas tout. Parmi les différents plaisirs que Stephen Versalko s’est offert avec ce butin, 3,4 millions de dollars ont été consacrés aux services de deux prostituées. Et c’est là que les médias se sont visiblement régalés… Le principal quotidien du pays, The New Zealand Herald, a ainsi consacré l’essentiel de sa une de vendredi à l’affaire, titrant : « Du vin, des femmes et… la prison ».

Encore plus croustillant, TV3 a lancé son journal d’hier soir (18h) avec cette question : « Qu’a donc bien pu obtenir Stephen Versalko pour 3,4 millions de dollars de la part de ses prostituées ? » Pour y répondre, les journalistes du deuxième JT de Nouvelle-Zélande sont allés à la rencontre du Prostitutes’ Collective, qui a expliqué qu’il arrive que certains clients tombent amoureux de leur escort girl et se mettent à lui acheter une maison ou à lui offrir des voyages. En l’occurence, le « Madoff » néo-zélandais est parti en voyage d’affaires à Dubaï avec une de ses deux onéreuses amantes, dans l’un des hôtels les plus luxueux du monde, le Burj Al Arab.

Du côté de la (maigre) blogosphère néo-zélandaise, on a plutôt répondu à la question en sortant la calculette. Même le très bon David Farrar, auteur du blog le plus influent de Nouvelle-Zélande et proche du National Party (droite), n’a pas résisté à la tentation. Après avoir noté que « Madoff a enfin fait quelque chose de bien » (l’affaire a été découverte après qu’une des victimes ait vu un reportage sur l’escroc américain), il s’est amusé à calculer le nombre de passes possibles avec une telle somme. Il est arrivé à un total de 17 700, soit cinq passes par jour pendant dix ans – ou « deux plans à trois par jour et vous gardez la monnaie ».

Dans son édition de ce dimanche, le Herald rencontre la femme de Stephen Versalko. Vous avez dit tabloïd ?

En début de semaine, la star des médias ne s’appelait pas Stephen, mais Tomas – du nom du cyclone qui a dévasté une partie des îles Fidji lundi et mardi. D’ordinaire, l’actualité régionale et internationale est reléguée à la fin des journaux néo-zélandais. Or ici les trois plus grands quotidiens du pays, The New Zealand Herald (Auckland), The Dominion Post (Wellington) et The Press (Christchurch) ont traité de cette tempête en une, tandis que TV One (chaîne publique commerciale) et TV3 (chaîne privée) ouvraient aussi leurs JTs du soir avec des images du cyclone. Tout en sachant très bien que la NZ n’était pas menacée. Plusieurs explications à ce traitement de faveur…

La Nouvelle-Zélande entretient des liens très proches avec les pays du Pacifique, particulièrement dans la zone polynésienne – ce qui explique que le cyclone Ului, qui a touché les îles Salomon (zone mélanésienne), ait été nettement moins couvert que Tomas. Il existe en Nouvelle-Zélande une communauté fidjienne en forte croissance, forcément concernée par les événements sur place, et les Fidji sont une des destinations touristiques préférées des Néo-Zélandais – près de 500 d’entre eux s’y trouvaient au moment du cyclone. Enfin, le fait qu’il s’agisse d’une catastrophe naturelle, synonyme d’images impressionnantes et s’inscrivant dans une succession récente de tempêtes, de tsunamis et de séismes, a sans doute contribué à hisser cet événement à la une des médias.

J’en profite au passage pour vous signaler une des faiblesses des journaux néo-zélandais : la domination des groupes australiens Fairfax et ANM, qui possèdent les trois principaux quotidiens du pays (entre autres) et réalisent 91% des ventes de journaux. Les implications sont nombreuses et parfois très visibles. Ainsi, mardi, le papier de une du Dominion Post consacré aux cyclones faisait aussi la une de… The Press, avec en guise de signature « Fairfax agencies ». Idem lundi, en sens inverse, où le papier de une de The Press s’affichait à la une du Dom Post. Pas terrible en matière de pluralité des médias, surtout que la télé et la radio ne font guère mieux…

La concentration des médias en NZ, par Bill Rosenberg

La concentration des médias en NZ, par Bill Rosenberg

Une histoire d’escroquerie et de prostituées, une autre de catastrophe naturelle… les médias néo-zélandais aiment verser dans le sensationnel. D’autres exemples sont venus le confirmer à la une cette semaine, notamment en matière de crime et de fait divers. Lundi, on apprenait que le plus jeune délinquant sexuel de 2009 en NZ était âgé de 5 ans. Mardi, les témoins d’un accident de la circulation, présentés comme des « héros ayant sauvé des enfants du crash », expliquaient ce qu’ils avaient vu sur les lieux du drame. Jeudi, c’est un père poignardé lors d’un cambriolage qui racontait comment il a senti « le sang couler le long de son dos ». Bref, des histoires et surtout des titres vendeurs.

Heureusement, tout n’est pas noir, et quelques sujets plus profonds ont eu les honneurs de la une cette semaine. Je pourrais vous parler des suppressions de postes dans le secteur public, du dossier de l’Internet haut-débit dans les campagnes, du problème de la pollution des rivières, des plans gouvernementaux en matière d’exploitation minière ou encore du remplacement du Foreshore and Seabed Act. Je vais plutôt me concentrer sur « la » polémique de la semaine : l’affaire judiciaire de la base d’espionnage de Waihopai.

Les faits : en 2008, trois militants pacifistes se sont introduits sur la base néo-zélandaise de Waihopai et ont percé un dôme gonflable dissimulant un récepteur satellite. Leur action a temporairement empêché le fonctionnement de la base. La polémique : les trois militants, qui reconnaissaient les faits mais plaidaient non coupables, ont été acquittés cette semaine par le jury de la Wellington District Court. Leur stratégie de défense, déjà utilisée dans d’autres pays et connue sous le nom de « greater good defense », s’est révélée payante. En quoi consistait-elle ? Il s’agissait d’expliquer que les faits avaient été commis de bonne foi et sans avoir conscience de leur illégalité. Ainsi, les trois militants pensaient-ils bien faire, en  vertu des principes de nécessité et d’assistance à personnes en danger (en l’occurence, les populations civiles victimes des opérations militaires liées au satellite). Ou pour reprendre la métaphore de l’un des prévenus : « vous pouvez entrer dans une maison en feu pour sauver des enfants, c’est-à-dire endommager une propriété pour sauver des vies – c’est ce que nous avons fait ». Je vous laisse imaginer la polémique qui s’en est suivie, surtout qu’en Nouvelle-Zélande aussi, nul n’est censé ignorer la loi…

"Ils ont fait ça mais ils ne sont pas coupables"

Voilà pour ce tour d’horizon de l’actualité de la semaine et du monde des médias en Nouvelle-Zélande. Désolé si c’était un peu brouillon, à mi-chemin entre revue de presse et essai polémique. Au moins j’aurai tenté… J’attends vos impressions.

Tahiti : La politique par les nuls

Les médias locaux la présentent ouvertement comme un « cirque ». Toujours marquée par l’emprise de Gaston Flosse, la vie politique en Polynésie est la honte de tout un peuple et la cause d’une bonne partie de ses soucis.

Elle a 75 ans et se fait appeler Mamie Vaima. Profession : chauffeur de taxi. Je l’ai rencontrée dans son véhicule alors qu’elle me conduisait à l’aéroport de Faa’a, le jour de mon départ de Tahiti. Au fil de la discussion, j’ai fini par lui parler de mon stage aux Nouvelles de Tahiti, ce qui l’a fait réagir : la semaine précédente, m’a-t-elle confiée, elle avait pris à son bord deux journalistes de RFO et ceux-ci s’étaient mis à exprimer de vives critiques à l’encontre de l’ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse. « Vous, les journalistes, êtes les plus grands menteurs au monde », s’était-elle alors exclamée. « Vous racontez des mensonges, simplement pour vendre votre marchandise ! ». Elle s’était arrêtée au bord de la route, demandant aux journalistes de sortir de son taxi ; ils avaient alors promis de se taire, et elle avait accepté de finir la course. Elle est comme ça, Mamie Vaima : on ne touche pas à « son » président. Et elle n’est pas la seule…

En Polynésie, on n’écorche pas impunément Gaston Flosse. Bien qu’empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires et abonné à la Une des journaux, « Papa Flosse » reste vénéré par une partie de la population. Pour ceux-là, il est toujours le « metua » (le guide), le « père » de la Polynésie, celui qui l’a développée, qui l’a représentée en métropole en tant que député, sénateur, député européen, et même secrétaire d’Etat chargé du Pacifique Sud, dans le gouvernement Chirac entre 1986 et 1988. Charmeur redoutable, celui que l’on surnomme « le Vieux Lion » est aussi le père de la classe politique autonomiste polynésienne. Quasiment tous les ténors actuels ont été formés par Gaston Flosse au sein de son parti, le Tahoera’a. Même lorsqu’ils ont depuis quitté le giron, ils le lui rendent bien, osant rarement porter un jugement négatif sur sa personne.

Gaston Flosse, vu par Lolo

Gaston Flosse, 78 ans, est indissociable de la fonction de Président de la Polynésie française, qu’il a été le premier à occuper en 1984 et le seul jusqu’en 2004. Son règne a été largement marqué par son amitié avec Jacques Chirac, avec qui il a participé à la naissance du RPR, ancêtre de l’UMP. C’est en partie grâce à cette amitié que la Polynésie a obtenu de l’Etat le versement annuel de 18 milliards de francs Pacifique après la fermeture en 1996 du Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique (CEP), pour compenser le manque à gagner et reconvertir l’économie polynésienne. Entre « ce cher Gaston » et « l’ami Jacques », c’est même devenu une histoire de famille, puisque l’ancien président de la République est le parrain de l’un des neuf enfants de l’ancien président de la Polynésie. Toujours reçu comme un prince par Gaston Flosse, Jacques Chirac protégeait la Polynésie, en échange d’une certaine tranquillité sur la question nucléaire et, peut-être, de quelques enveloppes destinées à alimenter des comptes japonais…

Les deux amis ont fini par quitter la Présidence et être rattrapés par la justice. Pour Gaston Flosse, les ennuis se sont multipliés ces dernières semaines. Déjà condamné à un an d’inéligibilité, un an de prison avec sursis et une amende de 2 millions de francs Pacifique dans « l’affaire des sushis » (il avait utilisé 2,3 millions de francs Pacifique de fonds publics pour un banquet électoral), le Vieux Lion vient de recevoir une amende de 11,5 millions de francs Pacifique pour avoir rémunéré sur le budget de la Présidence des personnalités politiques, syndicales ou encore médiatiques défandant les intérêts de son parti – et surtout pas l’intérêt général. Mais le plus lourd est sans doute à venir : Gaston Flosse est actuellement mis en examen pour corruption passive, recel d’abus de biens sociaux et complicité de destruction de preuves dans l’affaire des annuaires de l’OPT (Office des postes et télécommunications de Polynésie française). Le procureur José Thorel accuse le sénateur d’avoir été l’un des éléments clés d’un « pacte de corruption » grâce auquel Flosse et son parti auraient bénéficié d’importantes enveloppes venant d’anciens responsables de l’OPT et du groupe publicitaire 2H (d’après les initiales de son président Hubert Haddad), en échange de l’attribution de marchés publics. Récemment déchu de son immunité parlementaire par le Sénat, Gaston Flosse vient d’effectuer deux séjours en détention provisoire et d’être confronté aux principaux acteurs présumés du dossier. Par ailleurs, il pourrait être impliqué dans la disparition en décembre 1997 de l’ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti Jean-Pascal Couraud (alias JPK), qui travaillait alors pour l’un de ses opposants et aurait détenu des documents compromettants sur l’existence d’un compte japonais de Jacques Chirac.

C'était l'bon temps pour Jacques et Gaston

Quant à la vie politique polynésienne en général, elle a connu en 2004 un tournant radical : le taui, le changement. Gaston Flosse et son Tahoera’a ont été renversés aux élections territoriales par un nouveau parti rassemblant la quasi-totalité des opposants au président orange : l’Union pour la démocratie (UPLD), emmenée par Oscar Temaru. Plus qu’une victoire des indépendantistes anti-France face aux autonomistes pro-France, c’était la victoire des anti-Flosse et la fin de l’hégémonie du Tahoera’a. Un grand espoir de renouveau est alors apparu, en même temps que des t-shirts floqués Taui, portés comme l’on porte aujourd’hui des t-shirts Hope à la gloire d’Obama. Ce n’est pas pour autant que la démocratie l’a emporté en Polynésie, malgré l’alternance. Depuis 2004, le Pays a connu neuf gouvernements différents (hors remaniements), dont six issus de motions de défiance ! Les gouvernements se forment et se déforment, les majorités se font et se défont, les groupes à l’assemblée naissent et disparaissent, dans un joyeux désordre digne de la IVe République d’après-guerre en métropole.

Ce fameux « cirque » se tient à l’assemblée de la Polynésie française, place Tarahoi à Papeete, à deux pas de la Présidence, du Haut-Commissariat et… du Palais de Justice. Parmi les 57 représentants élus à l’assemblée, un quart d’entre eux connaît ou a connu des ennuis judiciaires. Selon un observateur de la vie politique polynésienne cité par Le Nouvel Observateur, « ici, les élus ne sont pas à vendre… ils sont à louer ! » Ils n’ont pourtant pas l’air d’affreux mafieux dans leurs fauteuils à Tarahoi. Ils s’invectivent, rigolent, débattent, en français comme en tahitien. De façon un peu provocante, on pourrait les présenter comme des grands enfants participant à un jeu dont les règles seraient fixées par le règlement intérieur de l’assemblée et le statut d’autonomie de la Polynésie française. Ils auraient différentes stratégies, dont le retournement de veste serait l’une des plus populaires, avec des buts précis en tête : former une nouvelle majorité, renverser le gouvernement en place, ou encore obtenir un ministère « arrosoir », du genre l’Equipement, qui permet d’arroser les municipalités avec des fonds du Pays et des chantiers pour ensuite en récolter les fruits électoraux et s’assurer un nouveau mandat à l’assemblée. Et lorsqu’il y a dispute, c’est souvent qu’une faille ou une ambiguïté a été trouvée dans les règles du jeu, ce qui donne le coup d’envoi à une vraie bataille de juristes et à d’éventuels recours devant le tribunal administratif ou même le Conseil d’Etat à Paris…

Motion de défiance : nf., jeu politique polynésien

Le problème de tout ce petit jeu, c’est qu’il ne fait pas avancer le Pays. Pendant que les clowns s’agitent, la population rit jaune. La Polynésie traverse actuellement une profonde crise économique, aussi bien conjoncturelle que structurelle : le nuage de la crise des subprimes ne s’est certes pas arrêté à la Polynésie, mais ce n’est là qu’une difficulté de plus pour un territoire en proie à ses démons intérieurs, qu’il s’agisse d’un système de santé extrêmement coûteux, d’un tourisme en pleine dégringolade ou surtout d’une économie toute entière reposant sur du sable (la Polynésie fonctionne essentiellement grâce à l’aide financière de l’Etat, à tel point que selon The Economist elle reçoit l’aide par habitant la plus élevée au monde). Fin novembre, au lendemain du renversement d’Oscar Temaru par une nouvelle motion de défiance, l’agence américaine de notation Standard and Poor’s a placé la Polynésie en « surveillance avec implication négative » et publié un communiqué soulignant l’impact économique catastrophique de l’instabilité politique en Polynésie. Les entreprises s’en plaignent dès qu’elles en ont l’occasion, et la population n’hésite pas à faire part de son ras-le-bol sur les ondes ou dans les journaux, voire dans de rares manifestations ; comme on dit à Tahiti, les gens sont « fiu »

L’avenir de la Polynésie française est incertain. Dans les rangs politiques, malgré quelques cas isolés encourageants, aucune nouvelle vague n’est à l’horizon et le « moule » forgé sous Flosse semble capable de tenir encore pendant de nombreuses années. Gaston Flosse lui-même fait durer le plaisir, profitant de sa remise en liberté juste avant Noël pour foncer voter à l’assembléeUne réforme du mode de scrutin paraît inéluctable, mais nombreux sont ceux qui estiment que cela ne suffira pas à redresser la Polynésie. Il faut dire que les chantiers qui l’attendent sont de taille, particulièrement pour préparer le jour où les nucléo-francs Pacifique finiront de pleuvoir sur le Pays. Il sera alors plus difficle pour la classe politique polynésienne de détourner un argent qui n’existera plus.

L'instabilité vue par Lolo

* Pour information : 100 francs Pacifique (FCFP) =0,84 euros.

Plusieurs sites Internet pour suivre l’actualité de la Polynésie française : Les Nouvelles de TahitiLa Dépêche de Tahiti, l’Agence tahitienne de presse, le site d’une proche de Flosse Tahiti Today, le site parodique Tahiti Herald Tribune (d’où sont extraites la plupart des illustrations de cet article), Radio France Outre-mer, NRJ, Radio 1, le blog de Gaston Flosse, le site du Tahoeraa

Une enquête détaillée d’Olivier Tocser, récemment parue dans Le Nouvel Obs : « Pourquoi Papa Flosse est tombé »

Et mes dernières photos de Tahiti : de la politique, mais pas que…

Une histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940

New Zealand Invites the World (1938)

L’un de mes quatre cours ce semestre à la fac était consacré à la Nouvelle-Zélande depuis 1940. Dans une tentative périlleuse, j’essaye ici de vous en proposer une synthèse, en dix points…

1. Tableau de la Nouvelle-Zélande en 1940

Alors que la Seconde Guerre mondiale commence, le Dominion de Nouvelle-Zélande fête son centième anniversaire dans les rangs de Sa Majesté. Ses liens avec le Royaume-Uni restent extrêmement forts : considérée comme le plus petit mais aussi le plus loyal des dominions de l’Empire britannique, la Nouvelle-Zélande s’appuie sur des institutions politiques copiées sur le modèle de Westminster, son économie repose sur le principe de préférence impériale (d’où des exportations à 80% vers le Royaume-Uni) et sa société vit dans une culture so British. Il faudra même attendre 1948 pour la création de la nationalité néo-zélandaise ! De 1935 à 1949, les Kiwis (dont la population est estimée à 1,6 million en 1940) sont dirigés par le premier gouvernement travailliste, avec comme grands axes le keynésianisme et le progrès social (Social Security Act 1938).

2. Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

La Nouvelle-Zélande entre dans le conflit le 3 septembre 1939 par une déclaration de son Premier ministre, Michael J. Savage. Il s’agit avant tout de suivre le Royaume-Uni : « Avec à la fois gratitude pour le passé et confiance dans le futur, nous nous rangeons sans peur derrière la Grande-Bretagne. Où elle va, nous allons ; où elle se tient, nous nous tenons. Nous ne sommes qu’une petite et jeune nation, mais nous marchons […] vers une destinée commune ». Pour autant, la Nouvelle-Zélande doit rapidement revoir ses plans : en février 1942, la base britannique de Singapour tombe aux mains des Japonais, et c’est toute la sécurité du Pacifique qui se retrouve menacée. Le Royaume-Uni ne pouvant plus garantir la sécurité de ses dominions, la Nouvelle-Zélande se tourne vers les Etats-Unis, s’en remettant pour la première fois à une puissance extérieure au Commonwealth. Pour autant, les troupes néo-zélandaises restent sur le front européen et nord-africain, combattant notamment l’Afrika Korps de Rommel et s’illustrant parfois à titre individuel, à l’image de Keith R. Park, sauveur de Londres dans les rangs de la RAF pendant la bataille d’Angleterre. Sur les 250 000 hommes et femmes néo-zélandais mobilisés, 12 000 perdront leur vie durant le conflit.

Tiger Moths, avions d'entraînement néo-zélandais

Des avions d'entraînement néo-zélandais

3. La Nouvelle-Zélande dans la Guerre froide

Selon l’historien Ian McGibbon, la Seconde Guerre mondiale aura été l’événement décisif du XXe siècle pour la Nouvelle-Zélande. Principale raison : ce nouveau positionnement dans l’ordre mondial, à mi-chemin entre le Royaume-Uni, protecteur de toujours mais en déclin, et les Etats-Unis, protecteur indispensable mais loin d’être aussi intime. En janvier 1944, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tous deux confrontés à ce dilemme UK/USA, se serrent les coudes et signent le Pacte de l’ANZAC, pour s’affirmer comme acteurs majeurs dans le Pacifique. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande, guidée par sa théorie idéaliste et son rêve de sécurité collective, participe activement à la naissance de l’ONU, en 1945. Mais l’espoir ne dure pas, bien vite déçu par la réalité de la Guerre froide… Il faut choisir son camp, et les Kiwis rejoignent sans surprise le bloc occidental, mené par les Etats-Unis contre l’Union soviétique. En échange de la normalisation de leurs rapports avec le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande obtiennent des Etats-Unis le traité ANZUS (Australia-New Zealand-United States), en 1951. Ce traité va être le principal accord de défense pour la Nouvelle-Zélande pour les 35 années suivantes et va donner à ses dirigeants une voix lors d’échanges réguliers avec les Etats-Unis. Sur le terrain, la Nouvelle-Zélande envoie 2 000 hommes en Corée (1950-1953), en soutien des Américains… mais au sein de la division Commonwealth ! Autre ambiguïté, lors de la guerre du Vietnam (1962-1973) : les Kiwis s’y rendent pour honorer leur alliance avec les States, mais ils le font à reculons, avec un maximum de 600 hommes, et vont en ressortir avec une foi altérée en l’Oncle Sam.

Quand la NZ et l'Australie flirtent avec les Etats-Unis...

La mère patrie tenue à l'écart de l'ANZUS

4. Être Kiwi pendant les Trente glorieuses

Comme dans le reste du monde occidental, l’après-guerre en Nouvelle-Zélande est marqué par une longue période de prospérité économique. Durant ces trois petites décennies de golden weather, c’est le National Party qui est aux manettes du pays, quasiment sans discontinuer. Les restrictions de guerre sont levées et la Nouvelle-Zélande entre dans l’ère de la société de consommation. La croissance est soutenue, l’Etat-providence s’affirme, de nouvelles villes sont créées, d’importants projets hydro-électriques sont lancés, la modernisation bat son plein. Pour autant, la Nouvelle-Zélande ne profite pas de cette période aussi bien que d’autres : de 5e pays de l’OCDE en termes de PIB par habitant en 1950, elle n’est plus qu’à la 11e place en 1975. D’un point de vue social, l’après-guerre est le temps du clash : à ma gauche, la Nouvelle-Zélande version Grande-Bretagne victorienne, faite de musique classique et de services à thé ; à ma droite, la Nouvelle-Zélande version American way of life, à base de rock’n’roll, de Coca Cola et de sex-appeal. L’influence de la culture américaine se fait de plus en plus visible au pays du long nuage blanc, et les élites puritaines s’en inquiètent : voilà la culture de gentlemen britannique menacée par une culture populaire de caniveau ! Mais le combat du salon contre le saloon est perdu d’avance… L’après-guerre est aussi une période de panique morale concernant la jeunesse néo-zélandaise. En 1954, le rapport Mazengarb est envoyé par le gouvernement dans tous les foyers, mettant les parents en garde contre les comportements sexuels immoraux de leurs enfants, accusant notamment les jeunes filles de ne plus toujours attendre les avances des garçons et même de corrompre ces derniers. (Pour l’anecdote, cette panique morale est née à Christchurch après un fait divers dont Peter Jackson s’est inspiré pour son film Créatures célestes.)

La mère patrie

Old school?

5. L’ère des protestations

Sans atteindre le retentissement de mai 68 en France, divers mouvements sociaux ont lieu en Nouvelle-Zélande au cours des années 60 et 70. Le principal est probablement l’opposition à la guerre du Vietnam : inspiré par les exemples étrangers, le mouvement organise de premiers « sit-in » en 1965 devant le Parlement à Wellington, ainsi que des manifestations réclamant une politique étrangère indépendante. Petit à petit, une contre-culture s’organise, composée d’acteurs parfois très divers, de la jeunesse contestataire aux activistes communistes en passant par des groupes religieux. Helen Clark, qui sera Premier ministre travailliste de 1999 à 2008, est de cette génération, et participe également à la seconde vague du féminisme néo-zélandais : près de 80 ans après avoir obtenu le droit de vote, les femmes se battent encore contre la patriarchie et pour l’égalité entre les sexes dans la société (à titre d’exemple, en 1966, le salaire médian des femmes est moitié moins élevé que celui des hommes). Elles se mettent à porter des t-shirts, des jeans et à abandonner leurs soutien-gorges, et s’organisent à travers des associations comme le Mouvement de libération des femmes. Dans le même temps, des mouvements environnementaux se développent, sur la question du nucléaire notamment, ainsi que des mouvements maoris (voir plus bas).

Convaincue ?

Convaincue ?

6. 1975-1984 : Robert Muldoon, ce tyran

Leader du National Party, Robert Muldoon devient Premier ministre et Ministre des finances en 1975, dans un contexte rendu difficile par la crise économique mondiale et par l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. Personnage de petite taille, rondouillet, Bob Muldoon n’a pas sa langue dans sa poche et sa conception du pouvoir est simple : s’entourer de seconds couteaux et diviser pour mieux régner. Les caricaturistes le dessinent en Napoléon, en Roi Soleil et en personnage double-face, à la fois dictateur et sauveur de la Nouvelle-Zélande. Il va même donner son nom à cette période : le muldoonism, « synonyme d’un abus de pouvoir exécutif et d’une dictature  auto-proclamée » à en croire ma professeur Philippa Mein Smith. Au cours de ses deux mandats, Muldoon régule fortement l’économie et la société, fixant les taux d’intérêts, gelant les prix et les salaires, contrôlant les médias ; bref, selon certains observateurs, faisant de la Nouvelle-Zélande « la Pologne du Pacifique sud ». Ce tableau est toutefois à nuancer car c’est lui qui finit aussi par lancer le mouvement de dérégulation, en signant un accord de libre échange avec l’Australie en 1982. Si la situation économique ne s’arrange pas, c’est surtout sur le plan social que la Nouvelle-Zélande fait parler d’elle, lors du Springbok Tour de 1981 : à l’occasion de la tournée de l’équipe de rugby sud-africaine, les Kiwis se déchirent entre opposants au régime de l’apartheid et amoureux du rugby avant tout, jusqu’à briser des familles et des amitiés. C’est la plus grande campagne de désobéissance civile de l’histoire du pays, et selon Ian Borthwick le « Mai 68 version néo-zélandaise ».

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

7. Nuclear-free New Zealand

Muldoon chute en 1984 sur un coup de roulette, après avoir organisé – et perdu – des élections anticipées. Le Labour Party revient au pouvoir et l’un de ses principaux dossiers est le nucléaire. Depuis les années 50, les mouvements anti-nucléaire se développent en Nouvelle-Zélande, du fait de l’inquiétude générée par les essais atomiques américains, britanniques et surtout français dans le Pacifique. De 1972 à 1974, le gouvernement travailliste de l’époque avait planté de premières banderilles, avec l’envoi de frégates d’observation à Mururoa et la condamnation de la France par la Cour Internationale de Justice. En 1985, c’est le Premier ministre David Lange qui reprend le combat interrompu par Muldoon. Il refuse l’entrée du navire militaire américain USS Buchanan dans le port d’Auckland, au motif que les Etats-Unis ne veulent ni confirmer ni nier l’équipement nucléaire du bateau. Ce refus provoque la fureur de Washington (la Nouvelle-Zélande se retrouve exclue de facto de l’ANZUS, rétrogradée du statut d' »allié » à celui de « pays ami » et privée de l’accès aux services de renseignement US), mais il est aussi accompagné d’un énorme soutien populaire, dans un combat à la David (Lange) contre Goliath. L’affaire du Rainbow Warrior, du nom de ce navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 à Auckland par les services secrets français, sera la goutte de trop dans la le vase. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande signe le traité de Rarotonga établissant une zone dénucléarisée dans l’ensemble du Pacifique sud et, en 1987, par le Nuclear-Free Zone, Disarmament and Arms Control Act, la Nouvelle-Zélande devient véritablement nuclear-free. C’est un tournant majeur dans l’histoire du pays, une déclaration d’indépendance pour certains, en tout cas un pilier de l’identité néo-zélandaise encore aujourd’hui.

Le prix de l'indépendance

Le prix de l'indépendance

8. Le libéralisme en fête

Sur le plan économique, les années Lange correspondent à un espoir post-Muldoon. Avec un gouvernement particulièrement jeune (Lange lui-même n’a que 41 ans), la Nouvelle-Zélande prend un virage à 180° et devient le laboratoire mondial du libéralisme. Les réformes sont lancées comme une guerre éclair et il ne faut pas moins de trois ministres des Finances au même moment pour mener cette  révolution. Le plus influent de ces ministres, Roger Douglas, va donner son nom à cette politique : les Rogernomics. Dans un mélange de Reaganism et de Thatcherism, les Rogernomics font de la Nouvelle-Zélande le paradis du consommateur et l’enfer du travailleur. La finance est dérégulée, les taxes et les subventions réduites au maximum, et le secteur public dynamité : la concurrence fait son entrée dans l’éducation et la santé, et les entreprises publiques sont privatisées (Telecom, Air New Zealand, etc.). Tout ceci a un coût social considérable, la Nouvelle-Zélande devenant pour deux décennies le pire pays de l’OCDE en matière d’augmentation des inégalités riches/pauvres. Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances, et le PIB par tête relatif de la Nouvelle-Zélande continue à plonger dans les classements de l’OCDE.

Du statut de bon élève de l'OCDE à celui de cancre

1951-2002 : Du statut de bon élève de l'OCDE... à celui de cancre

9. La question maorie

Autant l’histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940 peut ressembler à l’histoire du monde occidental moderne en général, autant la question maorie est propre à ce pays et s’avère parfois difficile à comprendre. Je l’ai largement abordée dans un précédent article ; je vais ici essayer d’y apporter quelques compléments. Du point du vue du mode de vie des Maoris, la deuxième moitié du XXe siècle est marquée par une forte urbanisation : population à 75% rurale en 1945, les Maoris délaissent progressivement leur habitat traditionnel, pour devenir urbains à 80% en 1986. Cet exode, plus ou moins forcé, est dû à la perte des terres maories, à la mécanisation des campagnes et au besoin de main-d’oeuvre dans les villes. L’un des rares « mérites » de l’urbanisation maorie aura sans doute été d’amener sur la place publique la question de l’intégration sociale des indigènes, à une époque où la Nouvelle-Zélande était encore considérée par ses élites comme « blanche à 99% ». Face au racisme persistent et aux inégalités entre Maoris et Pakehas (blancs), de nouveaux mouvements de protestation maoris apparaissent dès les années 60, avec à l’extrême le gang Black Power. Parmi les principales actions du mouvement modéré, on retiendra la Maori Land March de 1975, traversant l’Île du Nord pour arriver devant le Parlement à Wellington, et l’occupation de Bastion Point près d’Auckland en 1977 et 1978. Le film Once Were Warriors (L’Âme des Guerriers) offre un aperçu intéressant sur l’urbanisation maorie :

10. Et aujourd’hui ? Et demain ?

Depuis l’année dernière, le National Party est de retour au pouvoir, emmené par le Premier ministre John Key. Pays encore très libéral, la Nouvelle-Zélande a été durement touchée par la crise économique et sort tout juste de la récession. Deux défis majeurs l’attendent déjà pour ce XXIe siècle. D’une part, l’évolution de l’identité kiwie, devant non seulement prendre en compte les Maoris et les immigrés du Pacifique mais aussi la population asiatique, de plus en plus importante. En 2026, on estime en effet qu’il y aura 780 000 Maoris, 480 000 Polynésiens et… 788 000 Asiatiques en Nouvelle-Zélande ! C’est donc tout le modèle d’intégration biculturaliste qui semble à revoir, d’autant plus que l’Asie est désormais le principal partenaire économique de la Nouvelle-Zélande. D’autre part, la question du modèle politique néo-zélandais reste en suspens. A l’heure actuelle, la Nouvelle-Zélande est une monarchie, avec pour chef d’Etat la Reine Elisabeth II. Pour certains, le passage à une république est incontournable, et il est vrai que cela permettrait à la Nouvelle-Zélande d’affirmer son indépendance une fois pour toutes. Enfin, un troisième défi, à plus court terme : l’organisation de la Coupe du monde de rugby en 2011 s’annonce comme un défi très coûteux pour les Kiwis…

Copyright: La plupart des illustrations utilisées dans cet article proviennent de mon cours HIST129: New Zealand History since 1940, enseigné par Philippa Mein Smith et Te Maire Tau. Tous droits réservés.