Archives de Catégorie: Musique

Interlude musical : « Tangaroa », par Tiki Taane

Musique maorie ce week-end sur Le Pari Kiwi, quelques heures avant mon départ pour dix jours en Australie. Découvrez Tiki Taane et son ode envoûtante au dieu de la mer, Tangaroa…

C’est l’un des plus grands succès de l’histoire musicale néo-zélandaise. Issu du premier album de Tiki Taane, Past Present Future, « Tangaroa » est un morceau unique en son genre, sorte de génial combo entre traditions orales maories et technologies musicales du XXIe siècle. L’électro « drum and bass » rencontre le kapa haka et donne une nouvelle dimension à l’art maori, faisant entrer ce dernier dans le millénaire sans pour autant atténuer sa puissance spirituelle. Regardez ce magnifique clip et on en reparle après…

Puissant, non ? Je tenais vraiment à vous faire découvrir ce morceau. Non seulement parce qu’il est intéressant musicalement, mais aussi car il est un précieux message culturel. « Tangaroa » témoigne de son temps, des tensions entre le passé et le futur, particulièrement pour les populations maories. On y voit cet homme sur la plage, face à la mer par où sont arrivés ses ancêtres. Le décor est sombre et la musique surgit petit à petit des profondeurs, alors que les vagues invitent l’homme à un retour aux sources. Une femme âgée apparaît, avec son moko (tatouage au menton). Ils partagent un hongi (salutation avec le nez et le front) puis l’homme est transporté dans un combat entre haka et flashs urbains. La tradition maorie semble finalement l’emporter sur la drogue, et le clip se conclut par une mise en garde contre l’ignorance et une invitation à la vigilance.

Ce titre a une forte valeur autobiographique. Ancien leader de la formation Salmonella Dub, Tiki Taane était déjà un musicien confirmé au moment de la sortie de son premier album solo en 2007. Mais il était aussi un homme tourmenté par la drogue et l’alcool, comme tant d’autres Maoris. C’est par la musique et un retour à ses origines qu’il s’en est sorti. Je suis tombé sur deux interviews très intéressantes où il explique cette transformation, je vous invite vivement à les lire (cliquez ici et ). Il y parle également de sa vision de cet album :

My album contains musical content from myself, my father and my grandmother. That’s three generations, when I’m dead and gone and my descendants are listening to it, we’ll all be there shining guidance and light on them. (…) Traditionally Maori record history through Moko, carving and Waiata. I’m trying to live more in the present and update one of our traditions, this is my contribution.

Ainsi que de la naissance du morceau « Tangaroa » :

I wanted to make something that was challenging and progressive, yet at the same time united the past and the future as one. I clocked a Haka recording and discovered the speed was about 110 bpm, which is a great tempo for writing dancehall at. I threw in some tribal elements and came up with a rhythm that was very powerful even without the haka on top, so when my father laid one down, it just took it to a whole other level.

La version live de ce morceau vaut le coup d’être vue….

A noter que sur ce même album figure le single le plus vendu de tous les temps en Nouvelle-Zélande, « Always on my mind »…

Qu’en pensez-vous ?

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Radios pirates : Good Morning New Zealand!

C’est l’histoire d’une radio pirate qui narguait le gouvernement néo-zélandais à la fin des 60s depuis les eaux internationales. C’est l’histoire de « Good Morning England« … version kiwi !

« Moi-même, ainsi que tous ceux qui se sont impliqués dans Hauraki, étions mus par notre dégoût de la radio d’Etat, notre amour du rock’n’roll et notre ardent désir d’aventure. Notre but était d’amener la musique sur les ondes, 24 heures sur 24. » Plus de quarante ans après, David Gapes s’en souvient encore. Il faut dire que Radio Hauraki, c’était lui. C’était son idée, née entre deux bières, en 1965, dans un pub de Wellington. En plein dans les sixties, à l’époque où la radio néo-zélandaise, tout comme la BBC britannique, restait un monopole d’Etat. Selon Gapes, on n’y entendait « que des accents British et snobs, des pubs horribles et pas de musique ».

Le Danemark avait eu Radio Mercur dès 1958. Le nord de l’Europe avait suivi, notamment le Royaume-Uni avec Radio Caroline. C’était maintenant au tour de la Nouvelle-Zélande. Puisque le gouvernement refusait de leur accorder une licence privée pour émettre depuis les terres, David Gapes, Denis « Doc » O’Callahan, Derek Lowe et Chris Parkinson allaient prendre la mer et diffuser depuis les eaux internationales, dans le golfe d’Hauraki, à l’Est d’Auckland. Plus facile à dire qu’à faire, toutefois. Malgré la ferveur populaire, le soutien de la communauté maritime et les encouragements de la presse, le gouvernement était bien décidé à empêcher le Tiri de rejoindre le large.

The Boat That Rocked

The Boat That Rocked

Deux mois durant, le Département de la Marine avait repoussé l’échéance, multipliant les inspections de navigabilité et les avis négatifs afin de maintenir le rafiot à quai, « pour raisons de sécurité ». Lassé par ce petit jeu, l’équipage du Tiri avait finalement décidé d’ignorer ces injonctions et de prendre le large. Le dimanche 23 octobre 1966, devant une foule de 200 supporters, les pirates levaient donc l’ancre, effectuaient leurs premières manoeuvres… avant d’être stoppés net par la police, qui lançait l’abordage et arrêtait l’équipage.

La deuxième tentative fut la bonne : le 10 novembre, à 10h du soir, le Tiri parvenait à parcourir discrètement les 3 miles le séparant des eaux internationales. Le temps de monter l’antenne et, le dimanche 4 décembre 1966, à 10h du matin, le rêve devenait réalité : Radio Hauraki lançait sa première émission, consacrée à la déjà tumultueuse histoire de la station ! Et parce que la musique était leur raison d’être, les pirates ne tardaient pas à diffuser un premier morceau fort en symboles : « Born Free », de Matt Munro.

Gentils pirates

En se calant sur 1480kHz pour écouter le « Good Guy » Paddy O’Donnell animer sa première matinale en ce même mois de décembre 1966 (extrait 1, extrait 2, extrait 3), on pouvait apprendre que la moyenne d’âge des 25 propriétaires et opérateurs de la station était de 24 ans, d’où le slogan fièrement proclamé « Radio Hauraki, la radio la plus jeune au monde » !

Pour autant, la vie à bord n’était pas forcément aussi glamour que ce que laisse imaginer Good Morning England. Dans un entretien récemment accordé au New Zealand Herald, David Gapes soulignait ainsi l’écart entre la fiction de « Radio Rock » et la réalité de Radio Hauraki : « Nos gars n’étaient pas des saints. Mais l’environnement n’incitait pas aux fêtes. L’alcool n’était bien sûr pas interdit mais ne figurait pas non plus sur notre liste de course. Il était rare de voir des femmes à bord. Quant aux quartiers de l’équipage à l’arrière, ils étaient minuscules, exigus et vraiment pas glamour. » Bref, oubliez le fameux « sex, drugs and rock’n’roll »…

La vie des pirates n’était pas toujours rose. Elle a même plusieurs fois eu tendance à virer au cauchemar. Le 28 janvier 1968, pris dans une tempête, le Tiri s’échouait contre les rochers, pendant que Derek King commentait cette mésaventure en direct sur les ondes de Radio Hauraki. Ce grand moment de radio, conclu par « L’équipage d’Hauraki abandonne le navire. Ici Paul Lineham à bord du Tiri. Bonsoir« , est disponible sur YouTube. Le naufrage ne fit heureusement pas de victime et, un mois jour pour jour après l’accident, les pirates étaient de retour dans les eaux internationales, à bord du Kapuni, rebaptisé Tiri II ! Trois autres échouements suivront, le 10 avril, le 15 mai et le 13 juin 1968, avec à chaque fois un retour sur les ondes au bout de quelques jours, toujours à bord du Tiri II.

Tiri II échoué sur Uretiti Beach (juin 1968)

Tiri II échoué sur Uretiti Beach (juin 1968)

Tous ces efforts allaient finir par être récompensés : le 24 mars 1970, la Broadcasting Authority prenait le contre-pied de la New Zealand Broadcasting Company et délivrait enfin deux premières licenses privées de radio-diffusion, dont une pour Radio Hauraki ! Après une dernière journée d’émission en mer conclue le 1er juin 1970 à 10h du soir, les pirates regagnaient la terre ferme et leur studio à Auckland. Un voyage retour marqué par la tragique disparition par-dessus bord du « Good Guy » Rick Grant (Lloyd Jones de son vrai nom). L’aventure off-shore de Radio Hauraki avait duré précisément 1 111 jours.

Radio Hauraki existe toujours en 2009. Si son logo et le nom de certaines émissions rappellent le glorieux passé de la station, elle semble aujourd’hui être rentrée dans le rang, ciblant essentiellement un public d’hommes de 25 à 50 ans amateurs de « classic rock ». Mais les souvenirs restent tenaces dans le coeur de nombreux Néo-Zélandais, comme en témoignent les messages laissés sur ces pages Internet, ouvertes en 2006 à l’occasion des 40 ans de la station. Celui-ci par exemple :

« Tout semblait tellement plus fun avec Radio Hauraki. Beaucoup de musique, surtout les week-ends. Mon père avait ses chevaux et le rugby, et moi j’avais 1480 (fréquence kHz de Radio Hauraki, ndlr). C’était génial. »

→ A regarder. Un extrait de l’émission Close Up du 10 novembre 2006, consacré à Radio Hauraki (8’29) : cliquez ici.

→ A lire. The Shoestring Pirates : Radio Hauraki, par Adrian Blackburn (Auckland, Hauraki Entreprises, 1988). 172 p.

The Flight of the Conchords, destination l’absurde

Flight of the Conchords (by Rosa Luxemburg, Creative Commons license)

Ils se présentent comme « le quatrième duo de parodie digi-folk le plus populaire de Nouvelle-Zélande ». Les Flight of the Conchords sont en réalité bien plus que ça…

Pas évident de trouver des sujets d’articles sur la NZ, quand on n’y a jamais mis les pieds, quand on vit à l’autre bout du monde et quand on ne s’y intéresse que depuis quelques mois… Mais on y arrive. Pour le billet d’aujourd’hui, je dois remercier le blogtrotter Tristan Mendès France, qui m’a permis de faire une belle découverte en mars dernier – et qui, je l’espère, aura aussi contribué à vous faire faire une belle découverte aujourd’hui. Voilà ce qu’il me répondait après que je lui ai présenté mon blog, il y a deux mois : « Sympa ce projet, j’espère que tu nous parleras des Flight of the Conchords!« 

Les Flight of the Conchords, dis-tu ?? Comme vous, sans doute, je n’avais alors aucune idée de ce qui se cachait derrière ce nom de groupe ! Tristan faisant bien les choses, il a joint une vidéo à son message. J’ai regardé ça. Deux gars sur scène, une sorte de rap loufoque, avec des paroles pas simples à comprendre. Mais c’est prenant. Et c’est kiwi, ne l’oublions pas ! :) Alors je continue, je vais fouiner sur Internet, envie d’en savoir plus sur ces deux gais lurons. J’ai bien fait. Après avoir vu, revu et re-revu leurs nombreux clips, je peux aujourd’hui vous confirmer ce que Tristan ajoutait dans son message : « Flight of the Conchords, c’est mo-nu-men-tal! »

Bret McKenzie et Jemaine Clement

Bret McKenzie et Jemaine Clement

Colocataires sur le campus de la Victoria University à Wellington il y a une dizaine d’années, où ils étudiaient le cinéma et le théâtre, Bret McKenzie et Jemaine Clement sont depuis 1998 les deux hurluberlus qui constituent The Flight of the Conchords. Bret a été membre du groupe de reggae The Black Seeds et est aussi connu en NZ pour sa très brêve apparition en tant qu’elfe dans Le Seigneur des Anneaux. Jemaine a fait partie du duo comique The Humourbeasts et revendique ses origines maories. Tous les deux sont Néo-Zélandais, trentenaires, célèbres et sexy – enfin, ça, c’est The Guardian qui le dit. Sans oublier le principal : ils sont drôles.

A l’origine, The Flight of the Conchords est donc un groupe formé par deux amis qui se produit dans les petites salles néo-Z pour se faire un peu d’argent de poche. Puis, le succès grandissant, ils commencent à être invités dans quelques festivals étrangers (Edimbourg, Montréal…), où ils n’hésitent pas à se présenter comme ayant été, un temps, « le quatrième duo de folk guitar digi-bongo accapella-rap-funk-comedy le plus populaire de Nouvelle-Zélande » (sic).

Tout un programme derrière lequel se cachent des prestations extraordinaires, élaborées à partir d’une recette originale : s’appuyer sur quelques accords de guitare pour rythmer des textes hilarants, brulés au second degré et résolument absurdes. En voici une première dégustation, avec leur morceau « The Humans Are Dead », composé pour les robots du futur, « un marché que l’on essaye de conquérir » expliquent-ils…

Je vous propose ici une version live en anglais. Si vous préférez voir une version clip (plus courte) sous-titrée en français, cliquez ici.

En 2002, Bret et Jemaine sortent un premier album live. En 2004 ils enregistrent une série pour la station britannique BBC Radio 2. En 2007, c’est la consécration : convaincue par le carton d’audience obtenu lors de la diffusion d’un de leurs concerts, la chaîne américaine HBO leur offre leur propre série télé. Tout en auto-dérision,  ils décident de se mettre dans la peau d’un groupe kiwi partant à la conquête du marché musical new-yorkais, sous le nom de… The Flight of the Conchords ! Pour le meilleur (parfois) et le pire (souvent)…

La première saison de la série, composée de douze épisodes, reprend certains de leurs succès « musicaux » et réunit un million de fans par semaine aux États-Unis ! Surfant sur cette vague de succès, le duo kiwi récolte quatre nominations aux Emmy Awards en 2008, nominations auxquelles s’ajoutent quatre NZ Music Awards et un Grammy Award pour l’album The Distant Future, sorti en 2007…

Parmi les morceaux que l’on retrouve à la fois dans la série TV et dans leur album, se trouve « The Most Beautiful Girl (In the Room) », petit bijou textuel dans lequel Jemaine déclare sa flamme à celle qu’il trouve « la plus jolie fille… de la pièce ». Romantique raté mais touchant, Jemaine enchaîne maladroitement les perles et nous offre une collection de répliques cultes : « tu es si jolie / tu pourrais être serveuse / tu es si jolie / tu pourrais être une hôtesse de l’air des 60s / tu es si jolie / tu pourrais être mannequin à temps partiel » ou encore « je n’en reviens pas / de partager un kebab avec la plus jolie fille que j’ai jamais vue / avec un kebab »

Version live en cliquant ici. Version série VOSTF ci-dessous…

Dans la même veine, je ne résiste pas à la tentation de vous présenter le morceau que j’ai le plus regardé jusque là : « Business Time ». Jemaine se trouve cette fois dans la peau d’un homme dont la vie conjugale est devenue routinière, où « le mardi est le jour où l’on va chez ta mère » et « le mercredi est le jour où l’on fait l’amour / tout est réuni / il n’y a rien de bien à la télé / les conditions sont parfaites »… It’s business, it’s business time!

Version série VOSTF en cliquant ici. Version live ci-dessous…

Le duo McKenzie/Clément excelle également dans la parodie rap/hip-hop, comme vous pouvez le constater avec le génialisime battle « Hiphopopotamus vs. Rhymenoceros », « l’un de nos morceaux gangsta-folk »

Version série VOSTF en cliquant ici. Version live ci-dessous…

… et comme vous pouvez également le constater sur « Mutha Uckas », sur lequel ils ne prononcent que la moitié de chaque mot et s’emportent notamment contre un épicier refusant de commercer avec des Néo-Zélandais (« The mutha’ucka won’t sell an apple to a Kiwi »). Le tout à vélo et avec un casque sur la tête… Bad boys!

A défaut de sous-titres, vous pouvez retrouver les lyrics en cliquant ici

Finalement, voici trois derniers clips des Flight of the Conchords. On commence par « Foux du Fafa », hommage rendu à notre belle France, avec ses pulls marins et ses pique-niques dans l’herbe…

On continue avec l’inévitable reprise du Seigneur des Anneaux : « Frodo, Don’t Wear the Ring », où Bret et Jemaine mettent en avant leurs talents d’imitateurs…

Et on conclut avec « Albi the Racist Dragon », où le duo kiwi revisite le genre du conte en y apportant sa touche totalement décalée… Le meilleur pour la fin ?

Version live en cliquant ici. Version clip ci-dessous…

Alors, l’humour absurde kiwi, ça vous plaît ? Dites-le moi !

Pour en savoir plus :

Des articles : The Guardian, The Telegraph, Wikipedia, Le Monde des Séries,…

Des vidéos : l’intégralité des épisodes en streaming, un résumé de la saison 1 en quatre minutes, le générique de la série, Ladies of the World, Boom, If You’re Into It, Sello Tape,…

De la musique : Flight of the Conchords sur Deezer

A l’origine, The Flight of the Conchords est un groupe qui se produit dans de toutes petites salles en Nouvelle-Zélande, pour se faire un peu d’argent de poche. Puis, le succès grandissant, ils commencent à se produire dans quelques festivals étrangers, comme à Edimbourg ou à Montréal, où ils se présentent comme « l’anciennement quatrième duo de folk guitare digi-bongo accapella-rap-funk-comédie le plus populaire de Nouvelle-Zélande ».

Interview avec Finn Andrews, leader des Veils

The Veils étaient en concert mercredi à Paris. J’en ai profité pour rencontrer le chanteur du groupe, Finn Andrews, personnage aussi disponible en coulisses que captivant sur scène…

C’est en préparant l’article que j’ai consacré aux Veils début avril que j’ai découvert qu’ils feraient escale à Paris le 29 avril, à La Maroquinerie. Désireux de découvrir la bande de Finn Andrews sur scène, je n’ai donc pas attendu pour réserver ma place, surtout qu’il s’agissait là de la seule date française du groupe anglo-kiwi (en pleine tournée de promotion de son nouvel album Sun Gangs). Et puis, l’échéance approchant, je me suis dit qu’il serait bête de ne pas en profiter pour faire un petit quelque chose pour Le Pari Kiwi…

Samedi dernier, j’ai donc lancé les hostilités, dans l’espoir d’obtenir une interview avec le leader du groupe : pilonnage de mails, au manager des Veils, à leur distributeur en Europe, à La Maroquinerie, et envoi d’un message via Facebook à Finn Andrews lui-même (profil qui s’avèrera ne pas être le sien, oups!)… Au bout du suspense, c’est finalement La Maroquinerie qui me répond, mardi, estimant que « c’est jouable ». Les tractations vont bon train et, après consultation du manager, la bonne nouvelle tombe mercredi peu avant midi : rendez-vous est donné à 20h avec Finn Andrews, soit quelques minutes avant le début du concert…

Finn Andrews (photo Seb, www.le-hiboo.com)

Finn Andrews (photo: http://www.le-hiboo.com)

La tâche ne s’annonçait pas facile : première interview à la fois en anglais, en vidéo et avec un chanteur souvent présenté comme taiseux et interview-phobe, c’est dire si je ne faisais pas le malin en me présentant, le soir-même, au bureau de La Maroquinerie… Sans pitié quant à mon pauvre sort, une des responsables de la salle me demande alors de la suivre, ce que je fais en descendant les escaliers menant à l’arène. Là, le manager du groupe prend le relais et nous nous engouffrons derrière un rideau noir, dans les dédales d’un mini-labyrinthe underground, destination l’enfer… ou pas !

Au bout du tunnel, ce n’est pas le diable qui m’accueille ; c’est Finn Andrews, le sourire humble et timide, entouré de sa bande, qui se lève pour me saluer. C’est ici que va avoir lieu l’interview, dans les loges (comprendre salle un peu bordélique, d’une petite dizaine de mètres carrés, avec des banquettes diposées le long de trois côtés et une table garnie de victuailles le long du mur restant). Les présentations faites, Finn me fait une petite place à ses côtés et demande le silence à ses camarades. Le moment de vérité peut commencer…

L’interview étant en anglais, je l’ai sous-titrée en français. Pour activer cette option avant de commencer la lecture, cliquez sur « Menu » puis « Sous-titres fr » en bas à droite de la vidéo… Et n’hésitez pas à passer en plein écran, les sous-titres seront moins encombrants !

Comme vous avez pu le constater à la lecture de cette vidéo, le taiseux ne l’était pas tant que ça, commençant à être vraiment à l’aise sur les deux dernières questions de l’interview, et ensuite en off, où j’ai pu prolonger le plaisir quelques minutes avec le reste de la bande… Les bonnes choses ayant une fin, je me suis éclipsé pour les laisser se préparer. Le concert a commencé… et les bonnes choses ont continué !

Ce concert fut un très, très grand moment. La magie de leurs albums a pris sur scène une dimension extraordinaire, excitée d’emblée par Finn Andrews, totalement possédé, transpirant, pleurant, perdant ses chaussures… et retrouvant sa timidité entre chaque morceau. Le chanteur des Veils nous a offert des moments d’une rare intensité, entre émotion au ralenti et transe délirante, captivant son public en quelques chuchotements. Le reste de la bande, composée de Dan Raishbrook à la guitare, Henning Dietz à la batterie et Sophia Burn à la basse, n’était pas en reste, dégageant une vraie solidarité et une grande complémentarité, entre deux gorgées de pastis ! :)

Quant à la cerise sur le gâteau, je ne connais que son prénom : Louisa. Petite nouvelle dans le groupe, cette fée au charme ravageur semble tout droit sortie de l’univers du Seigneur des Anneaux, comme si Tolkien avait décidé d’ajouter un personnage malicieux au pays des elfes. Sa voix, sa tenue, les regards et les sourires qu’elle vous lance finissent, s’il en était besoin, de vous emporter sur la planète Veils

Pêle-mêle :

The Veils étaient dans les studios de Canal+ ce mardi, pour y enregistrer « L’album de la semaine ».  L’émission sera diffusée au cours de la semaine du 18 mai, avec une chanson par jour et la totale à la fin de la semaine.

En attendant, vous pouvez retrouver le live de leur concert donné au Bowery Ballroom de New-York en 2007, en visionnage libre sur le site de Baeble Music.

Je vous conseille de jeter un coup d’oeil au blog tenu par Sophia, la bassiste des Veils. Elle y raconte avec humour les coulisses de leur tournée, ça vaut le détour !

Quand y en a plus, y en a encore ! Les groupes néo-zélandais squattent La Maroquinerie ce mois-ci, à commencer par les Shapeshifter le samedi 16 mai, avant de laisser la place à Liam Finn le dimanche 31 mai.

Enfin, voici le nom des différents morceaux joués dans ma vidéo, avec un lien Deezer pour en écouter la version studio : Three Sisters, The Letter, Calliope, It Hits Deep, Jesus For The Jugular, Scarecrow, Nux Vomica et Lavinia.

A bientôt sur Le Pari Kiwi, j’attends vos commentaires !

Top of the Kiwi Pops: Bic Runga

Bic Runga (Creative Commons license: Richard Thomas)

Le meilleur pour la fin ! Après avoir braqué les projecteurs sur Ladyhawke et The Veils, je couronne aujourd’hui Bic Runga, mon coup de coeur musical « made in NZ »… Don’t miss it!

Depuis le début du mois, je vous bassine avec mes musiciens kiwis. Souvenez-vous, ça a commencé en mode électro avec la jeune Ladyhawke, puis ça a continué tout en mélancolie avec The Veils… Certains ont écouté, d’autres pas : vous avez tous des emplois du temps chargés et vous n’avez peut-être pas pris le temps de laisser ces airs néo-zélandais chatouiller vos oreilles. Allez, ce n’est pas grave, vous trouverez bien quelques minutes pour vous rattraper… Ce qui serait grave, en revanche, c’est de passer à côté du vainqueur de mon Top 3, que je vous présente aujourd’hui : Bic Runga. Donc, sans plus attendre, clique ici (j’y tiens tellement que j’en viens à te tutoyer !) pour découvrir Birds, le troisième opus de la plus grande chanteuse néo-zélandaise de tous les temps

Bic Runga (prononcez Bec Runga), c’est sans doute LA star de la chanson en Nouvelle-Zélande. Née en 1976 d’une mère malaisienne et d’un père maori, Briolette Kah Bic Runga a sorti son premier album solo en 1997, sous le titre Drive. Le succès est immédiat, Drive entrant directement à la première place des charts NZ ! Elle passe la seconde en 2002 avec Beautiful Collision, qui la propulse à nouveau en haut de l’affiche ! Jamais deux sans trois, la jeune chanteuse retrouve cette position de numéro 1 en 2005, pour la sortie de… Birds (c’est bien, y en a qui suivent :p). En 2006, elle profite de sa tournée mondiale pour ajouter Elton John et Jimmy Page (de Led Zeppelin) à sa liste de fans, ainsi que la Reine d’Angleterre qui lui attribue le « New Zealand Order of Merit ». Enfin, après avoir vécu quelques années aux États-Unis, puis à Paris et à Londres, Bic Runga retourne vivre dans sa ville natale : Christchurch

Auréolé de quatre Victoires de la musique en 2006 en Nouvelle-Zélande (dont Meilleur Album et Meilleure Artiste féminine), l’album Birds est considéré comme le chef-d’œuvre de Bic Runga. On y découvre un style assez jazzy, très pur, avec une instru soignée et souvent réduite à l’essentiel ; une rythmique particulière, relativement saccadée et surtout très leeeeeeente, zeeen, à l’image de la Nouvelle-Zélande, ce pays où il paraît qu’on prend le temps de vivre ; et une voix, mon Dieu, UNE VOIX exceptionnelle, fascinante, envoûtante, pénétrante, douce, cristalline… ahhh… :)

Bic Runga nous régale d’une musique ô combien relaxante, qui démarre par un chuchotement et s’étire au ralenti, comme sur le somptueux Birds, morceau d’ailleurs lancé par ces mots : « Take your time »… Il y a des guitares, du piano, des violons, parfois des cuivres, de la harpe, de l’harmonica… On aime la justesse des choeurs, les petites touches de sirtaki sur Birds, de blues sur No Crying No More et Ruby Nights, et même de chanson française sur Blue Blue Heart. Et surtout on adore cette voix aérienne, suspendue à un fil et mise en beauté sur des morceaux quasi a capela comme Say After Me et Captured

Allez, prenez un peu de temps pour savourer ce bijou… Et n’hésitez pas, venez laisser votre réaction à la suite de cet article, en commentaire !

That’s alright
That’s alright just
Take your time to find
What it is you’re looking for

Pour les amateurs de lives, voici le morceau Say After Me, chanté à Londres…

Voilà, c’est fini pour ce Top of the Kiwi Pops ; j’espère qu’il vous a permis de faire d’intéressantes découvertes musicales ! Évidemment, la scène néo-zélandaise ne se limite pas à ces trois artistes, et le meilleur reste peut-être encore à découvrir ! Donc n’hésitez pas non plus à aller tendre l’oreille du côté de…

Cut Off Your Hands (Pop)

Evermore (Indie Rock)

Hollie Smith (Soul et Celtique)

Liam Finn (Pop expérimentale)

The Black Seeds (Reggae)

… et tant d’autres, à découvrir petit à petit sur Le Pari Kiwi !

Top of the Kiwi Pops: The Veils

The Veils (Creative Commons license: Maryanne Ventrice)Après avoir décerné une médaille de bronze la semaine dernière à Ladyhawke, je continue mon classement des découvertes néo-zélandaises en levant le voile sur… The Veils !

« Waw, un article consacré aux Veils cette semaine, quel bon timing ! », pourront penser certains. C’est vrai, Sun Gangs, le troisième album de la bande à Finn Andrews, est sorti mardi 7 avril, il y a quatre jours donc. Quatre jours au cours desquels j’aurais pu écouter, ré-écouter et – soyons fous – ré-ré-écouter ce nouvel opus des Veils… Eh bien non, je n’en ai pas eu le temps. A vrai dire, je n’en ai pas eu l’envie non plus, puisque je tenais de toute façon à vous présenter The Runaway Found, le premier album du groupe, qui remonte à 2004.

Ce premier album « était douloureusement autobiographique et très préoccupé par la perte », se souvenait Finn Andrews lors d’une interview donnée en 2007, à l’occasion de la sortie de Nux Vomica, leur deuxième CD. Vous voilà prévenus, The Runaway Found n’est pas une partie de rigolade. La voix fragile et déchirante du chanteur y est en harmonie avec des paroles qui elles aussi évoquent le chagrin, la solitude, la mort, la guerre et l’amour… forcément déçu. Pour autant, un certain bonheur se dégage de ces dix morceaux : un « bonheur d’être triste », pour reprendre les mots de Victor Hugo dans sa superbe définition de la mélancolie. Du bonheur, voilà tout ce que je vous souhaite à l’écoute de cet album !

Pochette "The Runaway Found", The Veils

Parmi ses influences, Finn Andrews cite Tom Waits, Patti Smith, David Bowie, Leonard Cohen, Jeff Buckley ou encore Bob Dylan. Personnellement, si j’avais eu à deviner les ingrédients de The Runaway Found, j’aurais plutôt mentionné du Coldplay, du Radiohead, du Oasis, du Muse et des pincées de Strokes, de U2 et même de Babyshambles !

  • Du Coldplay, pour cette ambiance quasi-spatiale et ce rythme planant dans Talk Down The Girl, et pour ces guitares si particulières que l’on retrouve aussi dans le magnifique The Leavers Dance
  • Du Radiohead, pour ce même The Leavers Dance avec ses airs de No Surprises, mais avant tout pour l’éblouissant Guiding Light
  • Du Oasis, pour More Heat Than Light, dont les frères Gallagher – surtout Liam – semblent s’être très fortement inspirés pour écrire et chanter The Shock of the Lightning… (Écoutez, la ressemblance est vraiment impressionnante !) Noel Gallagher, lui, est plutôt à retrouver en train de nous chuchoter un Don’t Look Back in Anger dans Talk Down The Girl
  • Du Muse, forcément, pour ce côté mélancolique tout au long de l’album…
  • Mais aussi du Strokes (The Wild Son des Néo-Zélandais rappelle par moment le refrain de The End Has No End des New-Yorkais), du U2 (sur l’intro de Guiding Light) et du Babyshambles (The Tide That Left And Never Came Back évoquera aux amateurs de Pete Doherty le célèbre You Talk) !

Lancez-vous, laissez-vous séduire par ces mélodies, reposez-vous sur ces rythmiques coulantes, dansez un slow sur le quasi-symphonique Lavinia et, vous aussi, succombez à la mélancolie de The Runaway Found ! Et comme d’habitude, laissez moi des commentaires pour partager vos impressions et lancer des discussions enflamées ! Merci ! :)

Avis aux amateurs, les Veils seront de passage à La Maroquinerie, à Paris, le mercredi 29 avril prochain. Leur seule date en France, à ne pas manquer donc !

En attendant, voici le clip de Calliope, extrait du deuxième album des Veils. Enjoy!

Enfin, petit message personnel pour souhaiter un bon anniversaire à Blandine, future expatriée en Nouvelle-Zélande elle aussi… Happy birthday! ;)

Top of the Kiwi Pops: Ladyhawke

Ce mois-ci, je vous présente trois artistes néo-zélandais que j’ai découverts sur Internet. En troisième position, merci d’applaudir une des révélations électro de l’automne dernier… Ladyhawke !

Du trio que je m’apprête à mettre en avant, Ladyhawke est sans doute la plus connue. Ce n’est pas une star, non ; vous ne l’entendez pas sur les ondes à longueur de journée et son nom ne vous dit peut-être même rien du tout ! Mais il faut savoir que cette jeune Kiwi (26 ans) commence à se faire un petit nom chez nous autres Froggies, grâce au double buzz dont a bénéficié son premier album, Ladyhawke, sorti dans les bacs français en septembre 2008…

C’est Karl Lagerfeld d’abord, l’homme aux 70 iPods, qui a braqué le premier projecteur sur elle, en reprenant son titre Paris is Burning à l’occasion du défilé Chanel Printemps-Été 2009. C’est Le Grand Journal de Canal+, ensuite, qui l’a fait sortir des milieux hype de la mode pour lui offrir une audience nationale, utilisant durant deux semaines d’octobre ce même Paris is Burning pour les « coming-nexts » de l’émission. Un démarrage tonitruant donc, même si le soufflé est retombé depuis…

Qui est donc cette Ladyhawke ? De son vrai nom Phillipa Brown, elle vient de la petite ville néo-zélandaise de Masterton, située dans le sud de l’Île du Nord, près de la capitale Wellington. Après s’être forgée une solide réputation dans son pays ainsi qu’en Australie au sein de différentes formations, elle a  récemment choisi de s’installer à Londres, lassée par les longs voyages en avion qu’elle devait faire pour rejoindre le reste de son équipe en Angleterre ! Une petite infidélité à son pays d’origine dont je ne lui tiendrai pas rigueur, au moment de vous présenter son album, joyeux mélange d’électro, de pop et de sonorités made in the 1980s… Pour l’écouter en même temps, cliquez ici et lancez le premier morceau !

Ladyhawke (Creative Commons license: Lewis Chaplin)

Ladyhawke s’ouvre sur le très prometteur Magic, tout en rythme, avec des « claps claps » ultra-efficaces, des beats obsessionnels et une voix impeccable, pour un morceau qui reste l’un de mes préférés sur le CD. C’est d’ailleurs, souvenez-vous, la bande-son que j’avais choisie pour accompagner ma vidéo de lancement, dans mon premier billet !

Suivent ensuite Manipulating Woman, au rythme plus saccadé, et My Delirium, tube entièrement construit autour d’un refrain efficace, dont les accords ne sont pas sans rappeler le Can’t Stop des Red Hot Chili Peppers. Les petits sons de clochette et la touche Texas sur Better Than Sunday puis Another Runaway font alors la transition avant trois titres très réussis, chacun dans leur genre…

Ça commence avec  Love Don’t Live Here, astucieuse juxtaposition de grosse guitare rock et d’envolées planantes, aériennes, tout en douceur. Ça continue avec Back of the Van, énorme clin d’oeil aux Girls Want to Have Fun de Cyndi Lauper, agrémenté d’un refrain qui ne peut que vous rentrer dans la tête (« you set me on, you set me on, you set me on fire » répété douze fois, forcément, on s’en souvient !). Ça se termine avec le fameux Paris is Burning, l’un des morceaux les plus électro de l’album, où alternent rythmique d’automate et refrain libérateur… avec le succès que l’on sait ! Un morceau écrit au lendemain de la première visite de « Pip » Brown à Paris : « tu sais, quand tu viens d’un pays aussi nouveau que la Nouvelle-Zélande, voir une ville comme Paris, qui est si chargée d’histoire et  si magnifique, ça m’a bouleversé », se souvient l’artiste…

L’électro continue à l’emporter sur Professional Suicide et sur le bijou Dusk Till Dawn, morceau très bref mais très abouti, à savourer sans modération, avant de passer à Oh My et Crazy World, plus convenus à mon goût. Le feu d’artifice final a pour nom Morning Dreams, où la rythmique se taille à nouveau la part du lion, tout en laissant l’appaisante voix de Ladyhawke nous ramener sur terre… Fin d’un beau voyage, assurément.

Amis musiciens ou simples musicophiles, j’attends vos impressions ! A vous de jouer !

En attendant, et à défaut d’interview – je l’ai ratée de peu lors de son passage à Paris en février -, voici Paris is Burning… en version française ! So sweet !