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Lettres de Nouvelle-Calédonie : mon abécédaire

Après un mois passé sur le Caillou, voici un compte-rendu de mon expérience calédonienne. Des choses vues, lues, entendues, vérifiées (ou pas) et résumées (ou pas) en 26 lettres.

A comme Aridité. C’est la première chose qui m’ait marquée à mon arrivée : la Nouvelle-Calédonie (en tout cas sa côte ouest) est un pays sec, où la végétation est loin d’être aussi dense qu’à Tahiti. Avec sa terre rouge et ses paysages de savane, on se croirait en Australie, voire en Afrique.

B comme Brousse. En Calédonie, on ne parle pas de campagne, mais de brousse.

C comme Cricket. Idée sujet pour L’Equipe Mag : alors que le cricket est à peu près aussi pratiqué en Métropole que le curling sur Mars, ce sport déchaîne depuis longtemps les passions en Nouvelle-Calédonie, en particulier chez les femmes. Ces dernières le pratiquent en tenue traditionnelle (robe mission), avec des battes taillées à la main et des balles fabriquées à partir de la sève d’un des arbres les plus emblématiques du territoire : le banian. Importé par les missionnaires anglais, c’est devenu un sport traditionnel en Calédonie, avec des règles différant du cricket du Commonwealth.

Match de cricket en Province Sud

D comme Diversité. La population calédonienne a beau vivre sur une île, elle n’en est pas moins hétérogène : outre les indigènes Kanaks, qui comptent pour près de la moitié des 250 000 habitants de l’archipel, on trouve des Caldoches (descendants d’anciens bagnards ou de colons libres européens), des Polynésiens du Sud (essentiellement de Wallis et Futuna), des Tahitiens,  des Indonésiens, des Vietnamiens, des Chinois et bien sûr des Métropolitains. Diversité linguistique également, car on compte 28 langues Kanaks différentes !

E comme Economie. La Nouvelle-Calédonie possède l’une des économies les plus fortes de l’outre-mer français. J’avais déjà pu m’en rendre compte quand j’étais à Tahiti, où la Calédonie est regardée à la fois avec respect et jalousie. Principal raison de ce succès : le nickel, dont l’archipel possède un quart des réserves mondiales connues. Plus grosse société locale, la Société Le Nickel (SLN) est le premier employeur privé sur le territoire, avec 2 400 salariés. Une aubaine pour le gouvernement calédonien, qui peut se vanter d’un taux de chômage particulièrement faible depuis quelques années (environ 5% en 2008).

F comme Football. La personnalité calédonienne la plus connue est un ancien footballeur, champion du monde en 1998 et d’Europe en 2000 : Christian Karembeu, alias « le cheval fou ».

Son troisième trophée est slovaque.

G comme Grande Terre. La Nouvelle-Calédonie est composée d’une île principale, appelée la Grande Terre.

H comme Harmonica. C’est l’un des instruments principaux de la musique calédonienne. On le retrouve notamment dans le kaneka, un courant qui se situe au confluent du reggae et du blues.

I comme Île des Pins. C’est l’un des joyaux de la Nouvelle-Calédonie, où j’ai eu la chance de me rendre en reportage pour mon dernier week-end sur le territoire. Située à deux heures de ferry de Nouméa, on y trouve des plages magnifiques, une piscine naturelle, des forêts de pins, des fonds marins impressionnants… A la fin du XIXe siècle, transformée en bagne, la moité ouest de l’Île des Pins a accueilli 3 000 déportés de la Commune de Paris ainsi que des condamnés de la révolte kabyle de 1871. Plus récemment, ce sont les participants à la saison 5 du jeu télévisé « Koh Lanta » qui ont investi les lieux.

Coucher de soleil sur l'île des Pins

J comme Japonais. Visiblement, avant de se frotter à Paris, les touristes japonais viennent s’entraîner en Nouvelle-Calédonie. Dans les rues de Nouméa, on les retrouve beaucoup en couple, âgés d’une vingtaine d’années, pour ce qui est probablement leur premier voyage à deux. Munis de leur inévitable appareil photo, ils détonent par leur style vestimentaire et leurs protections contre le soleil. J’ai également croisé des groupes de jeunes Japonaises au phare Amédée et sur l’île des Pins, visiblement pas refroidies par un drame survenu en 2002, où une Japonaise avait été retrouvée mutilée et en partie carbonisée sur le rocher sacré de Kanuméra.

K comme Kanaks. C’est le nom des autochtones calédoniens. Leur habitat traditionnel, en tribu, est situé à l’écart des axes principaux et on y accède en empruntant des chemins de piste nécessitant parfois un 4×4. Sur ces pistes ou sur les îles, tout le monde se salue, souvent en sortant la main par la vitre et en levant le pouce – une pratique très agréable qui donne une bonne idée de l’accueil en tribu. Un nombre grandissant de Kanaks vit à Nouméa (environ un sur quatre aujourd’hui), adoptant un style de vie à l’occidentale qui n’est pas sans effet sur la vie dans les tribus et la force du lien communautaire. Se souvenir enfin qu’il y a moins d’un siècle, à l’Exposition coloniale de Paris de 1931, on exposait des Kanaks en cage, comme des « animaux sauvages ».

L comme Loyauté. Avec la Province Nord et la Province Sud, la Province des îles Loyauté est l’une des trois collectivités administratives de la Nouvelle-Calédonie. Elle regroupe les quatre îles situées à l’est de la Grande Terre : Maré, Tiga, Lifou et Ouvéa.

Les provinces de Calédonie

M comme Mortalité routière. Tous les lundis, en ouvrant le journal, le constat est le même : « la route a encore tué ce week-end en Calédonie ». Aux problèmes d’alcool, de vitesse et d’absence de permis de conduire connus en Métropole, s’ajoutent deux phénomènes plus spécifiques à l’outre-mer : la vétusté du parc automobile, due à l’insularité de la Calédonie et par conséquent à son marché de l’occasion très développé, et le problème des passagers dans les bennes des pick-ups, une pratique interdite depuis 2007 mais encore très fréquente en Brousse. A noter également qu’en Calédonie le contrôle technique n’est obligatoire que lors de la vente d’un véhicule de plus de cinq ans et que le permis à points n’existe pas.

N comme Nouméa. Située sur une presqu’île, c’est la capitale de la Nouvelle-Calédonie, où vit près de la moitié de la population. Elle ne ressemble en rien à Papeete, en Polynésie française : les rues sont larges et aérées, des panneaux indiquent le nom des rues, les transports en commun sont (bien) organisés, le front de mer s’étend sur plusieurs kilomètres avec des plages, des clubs nautiques, des promenades, des restaurants, des discothèques… bref, on se croirait en Métropole ! La majorité des habitants y est d’ailleurs d’origine européenne, contrairement au reste du territoire.

O comme Océanie. Tout comme la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie fait partie du continent océanien. Selon une classification proposée en 1831 par l’explorateur Jules Dumont d’Urville, l’Océanie est divisée en trois grandes régions : la Polynésie (« les nombreuses îles »), la Mélanésie (« les îles noires », comprenant la Nouvelle-Calédonie) et la Micronésie (« les petites îles »). Au niveau de la culture indigène, des points communs existent entre ces différentes régions. Et au rayon économique, du fait de la proximité avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on retrouve de nombreux produits importés dans les magasins calédoniens, notamment les fameux biscuits TimTam.

Découpage, à la hâche, de l'Océanie

P comme Poya. C’est le nom d’une commune située sur la côte ouest, à 220 km au nord de Nouméa. J’y ai passé un week-end, à 20 km de route et de piste du village, dans le cadre d’un reportage au sein de la tribu de Nétéa. Mon hôte d’un soir : Reine Pourudeu, qui a décidé de se lancer dans le tourisme chez l’habitant, de plus en plus proposé dans les tribus. Une immersion très intéressante dans ce mode de vie traditionnel, au plus proche de la nature, marqué par une auto-suffisance alimentaire. La végétation est prolifique, donnant des mangues, des papayes, des ananas, des pommes lianes, des taros, des ignames, du manioc, des salades, des tomates, du maïs ; les cerfs et cochons sauvages sont chassés en forêt, et les crevettes pêchées en rivière. J’ai longuement discuté avec son neveu Patrick, qui voit la Calédonie comme un poisson, dont la chaîne de montagne centrale serait la colonne vertébrale, les rivières les veines et la terre la chair.

Q comme Quotas. Vous aimez la politique des quotas ? Vous aimerez sans doute la loi sur l’emploi local, récemment votée par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Grosso modo, il s’agit de donner la priorité aux Calédoniens de souche dans l’accès à l’emploi, en empêchant les nouveaux venus de postuler aux offres pouvant intéresser les locaux. Un dossier brûlant couvert par Les Nouvelles Calédoniennes ici, ici et .

R comme République. Ancienne colonie française et ancien territoire d’outre-mer (TOM), la Nouvelle-Calédonie est depuis 1999 une collectivité d’outre-mer dite « sui generis », de son propre genre. Elle est dotée de sa propre assemblée, habilitée à voter des lois du pays : le Congrès. Elle possède aussi un gouvernement, élu par le Congrès, et aujourd’hui présidé par Philippe Gomès. Comme en Polynésie, l’Etat est représenté par un haut-commissaire de la République, fonction actuellement occupée par Yves Dassonville. En Métropole, la Calédonie est représentée par les députés Gaël Yanno et Pierre Frogier et par le sénateur Simon Loueckhote (tous trois UMP).

Remise de médaille par Yves Dassonville à Ouvéa

S comme Stockmen. C’est le nom des cow-boys locaux, présents essentiellement sur la côte ouest. Il en existe un sur la côte est, du côté de Thio : il s’appelle Raymond Lacrose et je me suis baladé à cheval avec lui sur sa propriété, où il garde du bétail et organise des randonnées équestres. Vous pouvez le voir dans mon album photo, à la fin de cet article.

T comme Tribu. L’un des éléments clés de la société calédonienne, qui résiste tant bien que mal au rouleau compresseur de l’occidentalisation. Une tribu regroupe plusieurs clans, qui eux-mêmes regroupent plusieurs familles. Depuis 1898, chaque tribu fait partie d’un « district », à la tête duquel se trouve un grand chef chargé des affaires dépassant les chefs de tribus. La Calédonie compte actuellement 57 districts et 340 tribus, représentés par des conseils coutumiers (dans chacune des 8 aires coutumières) et à l’échelon supérieur par le Sénat coutumier, qui siège à Nouméa. Les chefs demeurent localement le lien indispensable avec les pouvoirs publics. Reste que la place de la règle coutumière dans l’ordre juridique calédonien n’est toujours pas résolue… Pour en savoir plus sur la vie en tribu, cette sympathique vidéo.

U comme USTKE. L’Union syndicale des travailleurs Kanaks et des exploités (USTKE) est le second syndicat calédonien. C’est surtout le plus médiatique, qui fait parler de lui à travers de longues grèves et des actions violentes qui lui ont déjà valu de nombreuses poursuites judiciaires.  Avec comme slogan « Usines, Tribus, même combat », il défend essentiellement les ouvriers d’origine mélanésienne. Composante fondatrice du Front de libération nationale Kanak et socialiste (FLNKS, le grand parti indépendantiste Kanak), l’USTKE possède depuis 2007 son propre parti, le Parti travailliste. Affilié CGT, il est encore plus proche de la Confédération paysanne de José Bové, lequel vient d’ailleurs de rendre visite au leader de l’USTKE Gérard Jodar, incarcéré jusqu’à peu au Camp-Est, la prison (convertie en gruyère) de Nouméa.

Affrontements en marge d'une manif, le 5 août 2009

V comme Vata. L’Anse Vata est en quelque sorte la Promenade des Anglais de Nouméa. La plage d’un côté, des restos/bars/boîtes de l’autre, bref des airs de station balnéaire de la Côte d’Azur. Il paraît que c’est un rituel pour les Calédoniens s’exilant à l’étranger de quitter le Caillou après une dernière balade sur la promenade de l’Anse Vata.

W comme Week-end. Tous les samedis, dans Les Nouvelles Calédoniennes, retrouvez Week-end, le supplément des loisirs en Nouvelle-Calédonie. Voilà la publication pour laquelle j’ai travaillé durant ce mois à Nouméa, en plus de quelques articles pour le quotidien. Un stage sur un air de Guide du Routard donc, particulièrement en cette période de grandes vacances, où je suis allé passer trois week-ends chez l’habitant, où j’ai fait mon baptême de canyoning, bref où j’ai joint l’utile à l’agréable.

X comme XPF. C’est le code donné à la monnaie utilisée en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna : le franc Pacifique. Officiellement, cette devise porte le nom de franc CFP, valant pour franc des Colonies françaises du Pacifique.

Au recto, la Polynésie. Au verso, la Nouvelle-Calédonie.

Y comme Yann Arthus Bertrand. Sans la Nouvelle-Calédonie, Yann Arthus Bertrand ne serait peut-être pas aussi connu mondialement. La photo de couverture de son livre best-seller « La Terre vue du ciel » a en effet été prise dans les airs de la Province Nord, au-dessus du Coeur de Voh, une clairière naturelle dans la mangrove bordant le lagon calédonien. Pour vous rafraîchir la mémoire, la photo est ici.

Z comme Zoreille. Lors de mon mois en Calédonie, j’en étais un. Un Zoreille, un Métropolitain quoi !  L’origine de ce surnom est douteuse, comme en témoigne cet article de Wikipedia.

Et en guise de dernier témoignage de mon aventure calédonienne, ces 55 photos…

Phare Amédée : Un îlot dans le lagon calédonien

La Calédonie se vante d’avoir le plus beau et le plus grand lagon du monde, d’une surface de 24 000 km². Il m’a fallu trois semaines pour enfin pouvoir y mettre les pieds… Ouf !

Je ne suis pas un fan – et encore moins un habitué – des excursions touristiques packagées. Je n’ai jamais été au Club Med, je ne suis jamais parti en vacances organisées et mes parents ont toujours évité ce genre de formules pour leurs congés. Le week-end dernier, je me suis quand même laissé tenter par une offre de ce type, clé en main, pour partir découvrir l’un des joyaux calédoniens : l’îlot Amédée. L’occasion de jouer au bon petit touriste et de vous ramener de jolies photos pour égayer vos fonds d’écran…

Situé à 45 minutes en bateau de Nouméa, baignant dans un lagon classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et préservé par son statut de zone naturelle protégée, l’îlot Amédée accueille tous les matins son lot de visiteurs, la plupart débarquant du Mary-D Dolphin. Au programme de la journée, diverses animations plus ou moins « authentiques » : excursion en bateau à fond de verre, découverte du récif corallien, nouage de paréos, démonstration de montée au cocotier, buffet à volonté et même show de danses… tahitiennes !

L’une des principales attractions de l’île reste son phare, construit aux ateliers Rigolet des Buttes Chaumont, à Paris, au début des années 1860. Après avoir été démonté pour être acheminé par la mer jusqu’en Nouvelle-Calédonie, il fut remonté sur place en 1865. Construit en fer puddlé, c’est aujourd’hui le seul phare métallique de France et le deuxième plus haut phare de ce type au monde (52 mètres, 247 marches), derrière le Lange Jaap néerlandais (63 mètres).

Et bien sûr, il y a la plage, de sable fin. Et la mer, hébergeant quantité d’espèces de poissons, des tortues, des dauphins, des requins et les célèbres tricots rayés, ces serpents marins à la piqûre tout aussi rare que mortelle (leur venin est dix fois plus puissant que celui du cobra royal, excusez du peu). Etant venu, ayant vu et ayant vaincu les tricots rayés, je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer ces quelques clichés qui raviront les amateurs de couleur bleue…

Nouméa : Le Breton qui coiffait le Caillou

En Nouvelle-Calédonie, surnommée le « Caillou », on trouve de tout : des Kanaks, des Caldoches, des Wallisiens, des Futuniens, des Tahitiens, des Asiatiques… et  même des Bretons !

Décidément, ils sont partout. Depuis le début de mon année à l’étranger, j’en ai rencontré à Christchurch, à Auckland, à Papeete, et maintenant à Nouméa. C’est sûr, les Bretons forment l’une des diasporas françaises les plus représentées à l’étranger. Et bien souvent ils ont le don de se faire remarquer. Une nouvelle confirmation m’en a été apportée, moins de 48 heures après mon arrivée en Nouvelle-Calédonie.

Ce coup-ci, je descendais de l’auberge de jeunesse de Nouméa, où j’étais installé depuis deux jours. Nous étions le samedi 26 décembre, premier jour ouvré depuis Noël. Avant que le dimanche n’arrive, je voulais en profiter pour faire quelques courses au supermarché, m’acheter une carte SIM locale, et aller chez le coiffeur. Marchant sur le trottoir de la rue Jean Jaurès, le long de la principale place de la ville, j’ai vu ce signe, un peu vieillot : « Figaro – Coiffeur pour hommes – Barber – Au fond du couloir ». Et ces trois lettres collées dessus : « BZH ». Gast, un Breton !? L’autre côté de la pancarte a levé le doute, avec un triskell collé en lieu et place du BZH.

Le Barbier de Nouméa

N’écoutant que mon courage, je suis allé voir au fond du couloir. Le prix de la coupe étant raisonnable (2000 francs Pacifique, soit environ 18 euros), j’ai décidé de m’y risquer. Malgré un panonceau « Ouvert », la porte du salon était fermée à clé. J’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre, la pièce était vide, seul s’échappait des vitres le son d’un vieux téléviseur émettant en noir et blanc. Il n’a pas fallu une minute pour que le maître des lieux arrive, et me fasse entrer dans son antre.

Je n’avais jamais vu un coiffeur comme lui. Il avait quatre fois mon âge, de fines lunettes, et encore quelques cheveux blancs. Il portait une blouse bleue ciel, sur laquelle était brodée son nom de scène, Figaro« le Barbier de Séville, quand même ! ». Une partie de ses instruments remontait certainement à ses débuts dans le métier, il y a de cela soixante ans. Le fauteuil, au milieu du salon, n’était pas ajustable à la taille des clients – ou du moins ne l’était plus –, si bien que j’ai dû me vautrer dedans pour que ma tête n’en dépasse pas trop.

Bienvenue en Bretagne

Joseph Querné est originaire de Brest, ou plus précisément d’Argenton, un petit port face à Ouessant. Il est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1948, juste après la guerre, une fois son brevet de coiffure en poche. Le diplôme a été encadré avec soin et est désormais accroché aux murs du salon, à plus de 17 000 kilomètres de la ville où il a été délivré, Quimper. A l’entrée du couloir, une plaque mentionne même « coiffeur diplômé d’Etat ». Le jeune homme est venu là avec des amis, qui sont restés cinq ans avant de repartir. Lui est resté. « J’étais le seul coiffeur professionnel de l’île, se souvient-il. J’avais beaucoup de travail ! »

Il se plaît sur le Caillou, entouré du plus grand lagon du monde. Quand je lui demande où aller au cours de ce mois en Nouvelle-Calédonie, il me répond : « Partout, tout autour de l’île, sur les îlots, partout ». Il est conquis par « les récifs » et par « la beauté de la mer ». Relâchant ses ciseaux un instant, il me montre fièrement sa collection de coquillages, qu’il a lui-même pêchés au fil des ans. Tous lui évoquent un souvenir. Il aime aussi la Nouvelle-Zélande, où il s’est rendu quatre fois, notamment à Christchurch, qu’il préfère à Wellington et Auckland. Quant à l’Australie, il apprécie ses villes, uniquement.

Le charme du désuet

Le charme du désuet

« Ma Bretagne me manque », finit-il par me confier. Son dernier voyage en métropole remonte à 1992. Du coup, il a fait de son salon un petit coin de Bretagne. Il a affiché une carte du Finistère à droite de la porte d’entrée. « C’est joli, le Finistère, ces formes. C’est la tête de la France, et l’Alsace le dos, un peu courbé. » De l’autre côté de la porte, un parapluie. « Je l’ai acheté exprès noir et blanc », aux couleurs du drapeau breton. Des gwenn ha du, il y en a plusieurs dans le salon. Et des autocollants, envoyés de métropole par sa nièce. Apportant une touche plus personnelle, des photos de famille, de part et d’autre de son diplôme. A droite, lui et ses deux frères, aujourd’hui disparus. A gauche, une photo de famille, jaunie, avec des costumes traditionnels. On y voit notamment sa mère, originaire du Juch. Les quelques images et masques kanaks ne suffisent pas à donner à ces lieux un cachet calédonien. Et que dire des mélodies qui sortent de la flûte du Figaro breton…

Notre discussion se termine, et cela fait un moment que plus aucun cheveu n’est tombé. Mon barbier de Nouméa semble fier de son oeuvre, à en croire son ton de plus en plus assuré et ce petit « bravo » sorti de sa bouche en balayant. Alors que je reprends mon sac, il me demande mon identité, qu’il me faut lui épeler précisément. Et tout en écrivant, il murmure « Quimper », ma ville d’origine, qu’il ajoute sur son carnet à côté de mon nom . « J’aime bien noter le nom de mes clients », me dit-il. Combien en a-t-il chaque jour, ou chaque semaine, de clients ? Difficile à dire. Toujours est-il qu’il était « content d’avoir un petit Breton » ce matin là.

Produit en Bretagne

Bloavez mad! Bonne année à tous !

Tahiti : La politique par les nuls

Les médias locaux la présentent ouvertement comme un « cirque ». Toujours marquée par l’emprise de Gaston Flosse, la vie politique en Polynésie est la honte de tout un peuple et la cause d’une bonne partie de ses soucis.

Elle a 75 ans et se fait appeler Mamie Vaima. Profession : chauffeur de taxi. Je l’ai rencontrée dans son véhicule alors qu’elle me conduisait à l’aéroport de Faa’a, le jour de mon départ de Tahiti. Au fil de la discussion, j’ai fini par lui parler de mon stage aux Nouvelles de Tahiti, ce qui l’a fait réagir : la semaine précédente, m’a-t-elle confiée, elle avait pris à son bord deux journalistes de RFO et ceux-ci s’étaient mis à exprimer de vives critiques à l’encontre de l’ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse. « Vous, les journalistes, êtes les plus grands menteurs au monde », s’était-elle alors exclamée. « Vous racontez des mensonges, simplement pour vendre votre marchandise ! ». Elle s’était arrêtée au bord de la route, demandant aux journalistes de sortir de son taxi ; ils avaient alors promis de se taire, et elle avait accepté de finir la course. Elle est comme ça, Mamie Vaima : on ne touche pas à « son » président. Et elle n’est pas la seule…

En Polynésie, on n’écorche pas impunément Gaston Flosse. Bien qu’empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires et abonné à la Une des journaux, « Papa Flosse » reste vénéré par une partie de la population. Pour ceux-là, il est toujours le « metua » (le guide), le « père » de la Polynésie, celui qui l’a développée, qui l’a représentée en métropole en tant que député, sénateur, député européen, et même secrétaire d’Etat chargé du Pacifique Sud, dans le gouvernement Chirac entre 1986 et 1988. Charmeur redoutable, celui que l’on surnomme « le Vieux Lion » est aussi le père de la classe politique autonomiste polynésienne. Quasiment tous les ténors actuels ont été formés par Gaston Flosse au sein de son parti, le Tahoera’a. Même lorsqu’ils ont depuis quitté le giron, ils le lui rendent bien, osant rarement porter un jugement négatif sur sa personne.

Gaston Flosse, vu par Lolo

Gaston Flosse, 78 ans, est indissociable de la fonction de Président de la Polynésie française, qu’il a été le premier à occuper en 1984 et le seul jusqu’en 2004. Son règne a été largement marqué par son amitié avec Jacques Chirac, avec qui il a participé à la naissance du RPR, ancêtre de l’UMP. C’est en partie grâce à cette amitié que la Polynésie a obtenu de l’Etat le versement annuel de 18 milliards de francs Pacifique après la fermeture en 1996 du Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique (CEP), pour compenser le manque à gagner et reconvertir l’économie polynésienne. Entre « ce cher Gaston » et « l’ami Jacques », c’est même devenu une histoire de famille, puisque l’ancien président de la République est le parrain de l’un des neuf enfants de l’ancien président de la Polynésie. Toujours reçu comme un prince par Gaston Flosse, Jacques Chirac protégeait la Polynésie, en échange d’une certaine tranquillité sur la question nucléaire et, peut-être, de quelques enveloppes destinées à alimenter des comptes japonais…

Les deux amis ont fini par quitter la Présidence et être rattrapés par la justice. Pour Gaston Flosse, les ennuis se sont multipliés ces dernières semaines. Déjà condamné à un an d’inéligibilité, un an de prison avec sursis et une amende de 2 millions de francs Pacifique dans « l’affaire des sushis » (il avait utilisé 2,3 millions de francs Pacifique de fonds publics pour un banquet électoral), le Vieux Lion vient de recevoir une amende de 11,5 millions de francs Pacifique pour avoir rémunéré sur le budget de la Présidence des personnalités politiques, syndicales ou encore médiatiques défandant les intérêts de son parti – et surtout pas l’intérêt général. Mais le plus lourd est sans doute à venir : Gaston Flosse est actuellement mis en examen pour corruption passive, recel d’abus de biens sociaux et complicité de destruction de preuves dans l’affaire des annuaires de l’OPT (Office des postes et télécommunications de Polynésie française). Le procureur José Thorel accuse le sénateur d’avoir été l’un des éléments clés d’un « pacte de corruption » grâce auquel Flosse et son parti auraient bénéficié d’importantes enveloppes venant d’anciens responsables de l’OPT et du groupe publicitaire 2H (d’après les initiales de son président Hubert Haddad), en échange de l’attribution de marchés publics. Récemment déchu de son immunité parlementaire par le Sénat, Gaston Flosse vient d’effectuer deux séjours en détention provisoire et d’être confronté aux principaux acteurs présumés du dossier. Par ailleurs, il pourrait être impliqué dans la disparition en décembre 1997 de l’ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti Jean-Pascal Couraud (alias JPK), qui travaillait alors pour l’un de ses opposants et aurait détenu des documents compromettants sur l’existence d’un compte japonais de Jacques Chirac.

C'était l'bon temps pour Jacques et Gaston

Quant à la vie politique polynésienne en général, elle a connu en 2004 un tournant radical : le taui, le changement. Gaston Flosse et son Tahoera’a ont été renversés aux élections territoriales par un nouveau parti rassemblant la quasi-totalité des opposants au président orange : l’Union pour la démocratie (UPLD), emmenée par Oscar Temaru. Plus qu’une victoire des indépendantistes anti-France face aux autonomistes pro-France, c’était la victoire des anti-Flosse et la fin de l’hégémonie du Tahoera’a. Un grand espoir de renouveau est alors apparu, en même temps que des t-shirts floqués Taui, portés comme l’on porte aujourd’hui des t-shirts Hope à la gloire d’Obama. Ce n’est pas pour autant que la démocratie l’a emporté en Polynésie, malgré l’alternance. Depuis 2004, le Pays a connu neuf gouvernements différents (hors remaniements), dont six issus de motions de défiance ! Les gouvernements se forment et se déforment, les majorités se font et se défont, les groupes à l’assemblée naissent et disparaissent, dans un joyeux désordre digne de la IVe République d’après-guerre en métropole.

Ce fameux « cirque » se tient à l’assemblée de la Polynésie française, place Tarahoi à Papeete, à deux pas de la Présidence, du Haut-Commissariat et… du Palais de Justice. Parmi les 57 représentants élus à l’assemblée, un quart d’entre eux connaît ou a connu des ennuis judiciaires. Selon un observateur de la vie politique polynésienne cité par Le Nouvel Observateur, « ici, les élus ne sont pas à vendre… ils sont à louer ! » Ils n’ont pourtant pas l’air d’affreux mafieux dans leurs fauteuils à Tarahoi. Ils s’invectivent, rigolent, débattent, en français comme en tahitien. De façon un peu provocante, on pourrait les présenter comme des grands enfants participant à un jeu dont les règles seraient fixées par le règlement intérieur de l’assemblée et le statut d’autonomie de la Polynésie française. Ils auraient différentes stratégies, dont le retournement de veste serait l’une des plus populaires, avec des buts précis en tête : former une nouvelle majorité, renverser le gouvernement en place, ou encore obtenir un ministère « arrosoir », du genre l’Equipement, qui permet d’arroser les municipalités avec des fonds du Pays et des chantiers pour ensuite en récolter les fruits électoraux et s’assurer un nouveau mandat à l’assemblée. Et lorsqu’il y a dispute, c’est souvent qu’une faille ou une ambiguïté a été trouvée dans les règles du jeu, ce qui donne le coup d’envoi à une vraie bataille de juristes et à d’éventuels recours devant le tribunal administratif ou même le Conseil d’Etat à Paris…

Motion de défiance : nf., jeu politique polynésien

Le problème de tout ce petit jeu, c’est qu’il ne fait pas avancer le Pays. Pendant que les clowns s’agitent, la population rit jaune. La Polynésie traverse actuellement une profonde crise économique, aussi bien conjoncturelle que structurelle : le nuage de la crise des subprimes ne s’est certes pas arrêté à la Polynésie, mais ce n’est là qu’une difficulté de plus pour un territoire en proie à ses démons intérieurs, qu’il s’agisse d’un système de santé extrêmement coûteux, d’un tourisme en pleine dégringolade ou surtout d’une économie toute entière reposant sur du sable (la Polynésie fonctionne essentiellement grâce à l’aide financière de l’Etat, à tel point que selon The Economist elle reçoit l’aide par habitant la plus élevée au monde). Fin novembre, au lendemain du renversement d’Oscar Temaru par une nouvelle motion de défiance, l’agence américaine de notation Standard and Poor’s a placé la Polynésie en « surveillance avec implication négative » et publié un communiqué soulignant l’impact économique catastrophique de l’instabilité politique en Polynésie. Les entreprises s’en plaignent dès qu’elles en ont l’occasion, et la population n’hésite pas à faire part de son ras-le-bol sur les ondes ou dans les journaux, voire dans de rares manifestations ; comme on dit à Tahiti, les gens sont « fiu »

L’avenir de la Polynésie française est incertain. Dans les rangs politiques, malgré quelques cas isolés encourageants, aucune nouvelle vague n’est à l’horizon et le « moule » forgé sous Flosse semble capable de tenir encore pendant de nombreuses années. Gaston Flosse lui-même fait durer le plaisir, profitant de sa remise en liberté juste avant Noël pour foncer voter à l’assembléeUne réforme du mode de scrutin paraît inéluctable, mais nombreux sont ceux qui estiment que cela ne suffira pas à redresser la Polynésie. Il faut dire que les chantiers qui l’attendent sont de taille, particulièrement pour préparer le jour où les nucléo-francs Pacifique finiront de pleuvoir sur le Pays. Il sera alors plus difficle pour la classe politique polynésienne de détourner un argent qui n’existera plus.

L'instabilité vue par Lolo

* Pour information : 100 francs Pacifique (FCFP) =0,84 euros.

Plusieurs sites Internet pour suivre l’actualité de la Polynésie française : Les Nouvelles de TahitiLa Dépêche de Tahiti, l’Agence tahitienne de presse, le site d’une proche de Flosse Tahiti Today, le site parodique Tahiti Herald Tribune (d’où sont extraites la plupart des illustrations de cet article), Radio France Outre-mer, NRJ, Radio 1, le blog de Gaston Flosse, le site du Tahoeraa

Une enquête détaillée d’Olivier Tocser, récemment parue dans Le Nouvel Obs : « Pourquoi Papa Flosse est tombé »

Et mes dernières photos de Tahiti : de la politique, mais pas que…

Moorea : Un week-end presque parfait

Tahiti, c’est fini, mais il me reste encore deux articles à vous proposer sur mon séjour en Polynésie. Pour commencer, montez à bord de l’Aremiti 5, direction l’île de Moorea…

A l’heure où vous lisez ce post, je me trouve déjà à Nouméa, pour la deuxième étape de mon périple pacifico-asiatique. Mon stage aux Nouvelles Calédoniennes ne commence que lundi, ce qui me laisse quelques jours pour vous narrer la suite des mes aventures polynésiennes ! Après vous avoir fait découvrir la vie à Papeete, je vous propose aujourd’hui de mettre le cap sur Moorea, l’île sœur de Tahiti, à une demi-heure en ferry de la capitale. L’effervescence de la grande ville s’estompe, et le cadre de vie devient paradisiaque…

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Même au paradis, les loozes existent donc : pas de scoot, pas de voiture, plus de caméscope. Et au montage, une qualité vidéo médiocre. Mais bon, là n’est pas l’essentiel, car ce week-end restera un des meilleurs souvenirs de mon escale polynésienne. Difficile de ne pas déjà ressentir un peu de nostalgie en se remémorant, pèle-mêle, les couleurs du lagon à l’arrivée du ferry, le plaisir de tutoyer les gens, le charme des bus et de leurs occupants, le côté insolite des tombes dans les jardins familiaux, la saveur des fruits locaux, le vide ressenti au coucher de soleil au rythme des vaguelettes dans l’eau, l’émotion communicative des musiciens polynésiens, la force des courants me guidant à travers les récifs coralliens, la gentillesse des gérants savoyards du snack où j’ai déjeuné…

J’avais choisi Moorea pour les descriptions enthousiastes qu’on m’en avait fait, et pour son accessibilité géographique et financière : une demi-heure en ferry, pour quelques euros seulement. Je ne regrette pas ce choix, tout en ayant conscience de n’avoir rien vu du reste de la Polynésie : les îles Sous le Vent, les Tuamotus, les Gambiers, les Marquises, les Australes… Autant d’archipels aux styles de vie plus traditionnels qu’à Tahiti et Moorea, plus « authentiquement » polynésiens. Je savais de toute façon que je n’aurais ni le temps ni les moyens de m’y rendre, donc no regrets. Ni le temps, ni les moyens, à cause d’un stage aux Nouvelles de Tahiti, où j’ai vécu une plongée passionnante dans la vie politique et judiciaire de la Polynésie française…

Je vous en parlerai, dans un prochain article. Bonnes fêtes à tous !

Tahiti : Mes premiers pas à Papeete


Cela fait presque trois semaines que je suis arrivé en Polynésie, mais mon temps libre est rare. Voici enfin le compte-rendu de mes pérégrinations tahitiennes, entre carte postale et instants de vie…

Souvent présentée comme une destination de rêve, voire comme le « paradis », Tahiti est une île que l’on connaît peu, et mal. En cherchant bien, il est possible d’y dénicher des décors paradisiaques, mais s’en tenir à ce seul cliché serait trompeur – d’autant plus que les lagons azurs et les plages de sable blanc ne sont pas vraiment la spécialité de Tahiti, et davantage celle d’îles comme Bora-Bora ou Moorea. Si l’aéroport international de Polynésie française se trouve sur Tahiti, ce n’est souvent pas le terminus des lunes de miel ou des croisières qui s’amusent : pour les décors de rêve, mieux vaut prévoir une correspondance en avion ou un voyage en ferry, pour partir vers d’autres îles. Dans mon cas, comme je vous l’expliquais dans un précédent article, je suis ici pour un stage de journalisme. Pas moyen donc de passer mes journées à siroter des cocktails dans une piscine, l’heure est plutôt à la découverte de mon nouveau cadre de vie et de travail : Papeete.

Celle que l’on prononce « Papéété » est la principale ville de Polynésie française. Située sur la côte nord-ouest de Tahiti, elle concentre dans son agglomération plus de 130 000 habitants, soit la moitié de la population totale de ce Pays d’outre-mer. Elle n’est pas du tout représentative de l’ensemble de la Polynésie : très marquée par le mode de vie de la métropole, c’est « la grande ville », celle que l’on rejoint quand on cherche du travail et quand on veut changer de la vie plus simple et traditionnelle de son île natale. Pour le touriste, Papeete est un point d’entrée en douceur dans la Polynésie française, où l’on peut retrouver des repères familiers : grande communauté « popa’a » (métropolitaine), restaurants McDonalds, supermarchés Champion et Carrefour, boulangeries vendant baguettes et autres réjouissances, brasseries « à la parisienne », centres commerciaux, signalétique routière métropolitaine, police nationale, etc.

Le MacDo sauce tahitienne

Il n’empêche que, même à Papeete, le choc culturel est au rendez-vous. Quand ils ne parlent pas français en roulant les « r », les Polynésiens de souche (80% de la population du Pays) échangent en tahitien, une langue qui a le même statut officiel que le français. Parler tahitien fait partie de l’identité locale, jusqu’au sommet de la hiérarchie politique : de toutes les interviews de maires, de représentants de l’Assemblée, de ministres et du Président auxquelles j’ai pris part jusque là, je ne me souviens d’aucune qui n’ait comporté quelques questions et réponses en tahitien ! Il existe également une grande communauté chinoise, dont la présence remonte au XIXe siècle. Cette communauté est très bien intégrée et est particulièrement visible dans le secteur du commerce. Il convient toutefois de signaler le léger racisme dont sont parfois victimes les Chinois, de même que les popa’as, que certains Polynésiens accuseraient d’être « trop » travailleurs par rapport aux critères locaux.

A l'extérieur du temple chinois de Mamao

Toujours au rayon choc culturel, le rythme de vie est bien plus lent qu’en métropole ou même qu’en Nouvelle-Zélande. Pour le meilleur et pour le pire. L’une des principales raisons en est sûrement le climat, chaud et lourd, qui n’encourage pas aux efforts brutaux. Avec un soleil qui se lève à 5h45, les journées commencent très tôt : les écoliers entrent en classe à 7h30, heure à laquelle même les banques ouvrent leurs portes ! Mieux vaut donc éviter ces heures de pointe pour se déplacer, surtout à Papeete où les bouchons sont tellement longs que certains y voient une raison des difficultés économiques du Pays. A l’opposé, les embouteillages reprennent vers 15h30, et rares sont les courageux qui travaillent encore à 17h.

Sur les vitres d'une agence bancaire

Sur les vitres d'une agence bancaire

En Polynésie, les rapports entre les gens sont chaleureux, et on a parfois l’impression que tout le monde se connaît. Il y a tout le temps du monde dehors, sur le moindre banc ou muret, à jouer de la musique, à discuter entre amis ou à regarder les passants passer. Au bord des routes, des mamas, une fleur de tiare dans les cheveux, restent assises toute la journée dans leur jardin ou devant chez elles, à surveiller leur étal garni de pastèques, de mangues ou d’avocats, en attendant le client. Pratique très agréable, le tutoiement est la règle, hormis avec les personnes âgées et les personnalités importantes m’a-t-on dit. Les normes vestimentaires sont tout aussi détendues : personnellement, je me rends au travail – et donc parfois dans des institutions comme la Présidence – en tongs, shorts et t-shirt ! La vie est belle aussi pour le piéton tahitien, car les voitures le laissent systématiquement traverser au passage clouté, plutôt que de donner un coup d’accélérateur comme trop souvent en Nouvelle-Zélande.

Les guitaristes du front de mer

Bien évidemment, il y a quelques contreparties à ce rythme de vie. La principale : une organisation et une rigueur toutes relatives. Le lendemain de mon arrivée à Papeete, en me promenant dans les rues avec un petit plan fraîchement glané, je me suis rendu compte que la plupart des noms de rues ne figurait que sur mon plan ! Il s’avère que les Papeetiens n’ont pas de boîtes aux lettres mais des boîtes postales, et que quand il s’agit d’expliquer à quelqu’un où l’on habite, c’est à coups de « près du Champion » et de « en face de la station service »… Autre illustration du mic-mac tahitien : les transports en commun. Le réseau à Tahiti est partagé par trois entreprises différentes, ayant chacune leur zone de couverture propre. Il n’existe ni plan du réseau ni grille des horaires, ce qui complique sacrément la tâche du nouveau venu. Les arrêts de bus et de trucks sont signalés par un simple panneau bleu, et ça s’arrête là : aucune indication sur la destination, sur le chemin emprunté et sur les horaires de passage des bus. Au moins, cela a l’avantage d’inciter à la conversation avec ses voisins…

Parfois, en effet, mieux vaut éviter le bus

Autre désagrément de la vie à Papeete : les prix ! Du fait de son isolement, la Polynésie française est la collectivité d’outre-mer où la vie est la plus chère. Cela vaut bien sûr pour l’alimentation et l’ensemble des produits importés, mais c’est particulièrement impressionnant au niveau de l’immobilier, face auquel même les prix parisiens ne font pas le poids. Dans mes recherches à mon arrivée à Tahiti, j’ai ainsi pu me rendre compte que la grande majorité des offres de location pour des studios/F1 était comprise entre 80 000 et 90 000 francs Pacifique, soit entre 670 et 750 euros. Pour faire face à cette vie chère, des employeurs métropolitains comme la Marine nationale sont obligés de doubler le solde de leurs troupes par rapport aux grilles de salaires de l’Hexagone, ce qui révèle bien le fossé entre les deux mondes.

Par pudeur, le prix ne figure pas sur cette photo

Pour conclure cet article, je tiens à signaler que cet article ne témoigne que d’une petite partie de la réalité de la Polynésie française : une partie de la réalité de Papeete, principale ville de Tahiti. A côté de cela, la Polynésie, c’est 114 autres îles réparties sur un territoire grand comme l’Europe, et au moins autant de modes de vie différents. Comme me le disait une amie, « on peut très bien avoir vécu pendant des dizaines d’années à Tahiti et ne rien connaître de la vie dans les autres îles »…

Et encore une fois, un immense merci à mes cousins pour leur formidable accueil !

A lire : « Lettres de Polynésie », un abécédaire écrit par Cécile Soulé pour le webzine L’Interdit. Pour le lire, cliquez ici.

Tahiti : Mise en bouche photographique

En attendant un article un peu plus consistant, je vous sers l’apéritif : plongée immédiate dans l’eau limpide des lagons et dans l’eau plus trouble de la politique polynésienne… A bientôt !