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La Nouvelle-Zélande dans de beaux drapeaux

Jugé trop « australien » et « britannique », le drapeau actuel de la Nouvelle-Zélande fait débat. Une majorité de Kiwis souhaiterait le remplacer, sans toutefois s’accorder sur son successeur…

Au même titre que le débat sur la république, c’est un serpent de mer qui ressurgit de temps en temps au pays du long nuage blanc. La Nouvelle-Zélande doit-elle changer son drapeau ? Doit-elle abandonner son fond bleu, ses quatre étoiles rouges de la Croix du Sud et son Union Jack dans le coin supérieur gauche ? En février dernier, à l’occasion de Waitangi Day, le New Zealand Herald s’est prononcé en faveur d’un changement, « idéalement » avant la Coupe du monde de rugby 2011. Consacrant sa Une à la question, la principal journal du pays a soutenu que “les drapeaux en disent beaucoup sur la façon dont un peuple se voit et veut être vu sur la scène internationale » et critiqué cette bannière d’un autre temps, héritée de l’Empire britannique.

Le Herald n’est pas le premier à mettre les pieds dans le plat (et à doper ses recettes avec ce sujet vendeur). En 1979 déjà, le ministre des affaires intérieures Allan Highet avait suggéré ce changement, sans succès. Dix ans plus tard, le magazine The Listener avait lancé une compétition pour trouver le nouveau drapeau de la Nouvelle-Zélande. Inspirée par la compétition « Ausflag » organisée en Australie en 1986, l’opération avait réuni près de 600 suggestions, sans toutefois trouver de clair vainqueur. Le dossier est depuis réapparu tous les cinq-six ans, notamment en 2004, avec la naissance de la fondation NZFlag.com dont « le seul but est d’encourager les Néo-Zélandais à changer le drapeau ».

Adieu mère patrie, bonjour Asie ?

Le drapeau actuel n’est pas le premier étendard néo-zélandais. En 1834, vingt-cinq chefs maoris s’étaient réunis à Waitangi pour choisir le « drapeau des tribus unies » destiné à équiper les bateaux néo-zélandais. Parmi les trois bannières proposées par le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, leur choix s’était porté sur celle utilisée par la Church Missionary Society. En 1840, suite au traité de Waitangi faisant de la Nouvelle-Zélande une colonie britannique, le drapeau des tribus unies avait été remplacé par le célèbre Union Jack du Royaume-Uni. Ce n’est qu’en 1902 que la Nouvelle-Zélande a adopté son drapeau actuel, dans un élan de patriotisme généré par la Guerre des Boers en Afrique du Sud. Rien de bien original toutefois, la Nouvelle-Zélande n’héritant que du Blue Ensign britannique avec quatre étoiles en bonus, pour représenter la Croix du Sud et le Pacifique Sud.

Plus d’un siècle plus tard, la Nouvelle-Zélande n’est plus une colonie (ni même un dominion) britannique. Son drapeau est pourtant toujours le même, avec un quart de sa surface occupé par une bannière étrangère. La Nouvelle-Zélande n’est pas la seule dans ce cas : une vingtaine de pays et territoires restent encore marqués au fer de l’Union Jack. Mais d’autres pays ont déjà franchi le pas et adopté un drapeau « fait-maison ». Le blogueur John Ansell les a réunis dans un graphique, dont je vous copie ici une (petite) partie…

Quelques drapeaux britanniques et leur évolution

Trop britannique, le drapeau actuel est également jugé trop australien. La Nouvelle-Zélande et l’Australie possèdent en effet deux drapeaux qu’il est facile de confondre, avec seulement deux différences (le nombre et la couleur des étoiles)… Les partisans du changement appellent donc de leurs voeux une bannière plus personnelle, reflétant l’indépendance et le multiculturalisme du pays. S’il est vrai que les Maoris ont désormais leur propre drapeau, reconnu officiellement depuis février, ils restent ignorés dans le drapeau national.

Reste à trouver un remplaçant au drapeau actuel. Les idées ne manquent pas (cf. ma photo de titre) et les propositions abondent sur la toile, notamment sur Facebook. Quelques motifs reviennent régulièrement, comme la fougère argentée (déjà présente sur le maillot des All Blacks), la Croix du Sud ou encore le koru, un motif maori en forme de spirale. Sur la palette des couleurs, les tons dominants sont les couleurs maories (noir, rouge et blanc) ainsi que le vert (symbolisant la flore néo-zélandaise) et le bleu (représentant la mer entourant le pays). Invité à dessiner son drapeau de la Nouvelle-Zélande lors d’une émission télévisée, le premier ministre John Key a opté pour une simple fougère argentée, en faisant référence à la sobriété et l’efficacité des drapeaux canadiens (feuille d’érable) et japonais (soleil). L’extrait commence à 4’52 :

En février, un sondage réalisé pour le New Zealand Herald a révélé pour la première fois qu’une majorité de Kiwis estime qu’il est temps de changer de drapeau (52%, contre 44% de non). Plus de la moitié des sondés (52%) a par ailleurs choisi la fougère argentée comme symbole devant figurer sur le drapeau, devant le kiwi et le koru. Le sujet est toutefois loin d’être à l’ordre du jour au Parlement et il y a fort à parier que le drapeau ne changera pas avant la Coupe du monde 2011. Mais, de même que la question de la république, l’idée fait son chemin. Et l’espérance de vie de la bannière actuelle se réduit comme (dra)peau de chagrin…

Pour en savoir plus :

– Un micro-trottoir intéressant réalisé par le site du New Zealand Herald

– L’article Un nouveau drapeau pour la Nouvelle-Zélande ? par Sébastien Duval

– Le dossier Flags of New Zealand sur l’excellent site nzhistory.net.nz

– La page Wikipedia sur le New Zealand Flag Debate

– La page Wikipedia sur l’Australian Flag Debate

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Goodbye the Queen: une République pour la NZ ?

Du fait de son héritage britannique, la Nouvelle-Zélande n’a jamais eu de chef d’Etat néo-zélandais ! Un comble qui n’amuse pas vraiment certains Kiwis qui rêvent même de république…

Le débat n’est pas nouveau mais il résonne de plus en plus fort dans la société néo-zélandaise. Et si Aotearoa devenait une république ? Ancienne colonie du Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande est une monarchie indépendante depuis 1947. Elle possède ses propres institutions et n’a aujourd’hui plus aucun compte à rendre à la mère patrie britannique. Malgré tout, son chef d’Etat se trouve toujours à Londres, à plus de 18 000 kilomètres de la capitale Wellington, et ne possède même pas la nationalité néo-zélandaise…

Reine du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande et de 14 autres Etats, Elisabeth II fêtait son anniversaire la semaine dernière, le 21 avril. Hasard du calendrier, le Parlement néo-zélandais avait choisi ce même jour pour étudier une proposition de loi sur l’avenir de la monarchie. Déposé par le député vert Keith Locke, ce texte intitulé « Head of State Referenda Bill » prévoyait l’organisation d’un référendum où les Néo-Zélandais choisiraient entre le maintien de la monarchie, l’élection du chef d’Etat par le Parlement ou l’élection du chef d’Etat par le peuple. La proposition de loi, soutenue par l’opposition travailliste, les Verts et le parti centriste United Future, a finalement été rejetée en première lecture par 68 voix contre 53.

La Reine peut garder sa fougère - pour l'instant

Tué dans l’œuf, le projet de référendum n’a pas eu le temps d’accéder au rang de débat de société. Avouant n’être pas vraiment intéressé par cette « distraction », le député de la majorité Simon Bridges a affirmé que « la nation a des problèmes bien plus pressants et réels à régler ». Dans le camp monarchiste, le professeur Noel Cox, président de Monarchy New Zealand, s’est félicité du rejet de ce « gaspillage d’argent public ». D’autres voix se sont toutefois élevées pour dénoncer le vote partisan de la majorité. C’est le cas du blogeur David Farrar, pourtant proche du National Party, qui a regretté que « National nous [ait] nié à tous le droit de nous exprimer » lors de ce référendum qui aurait été « un exercice d’une valeur inestimable ».

Malgré le rejet de ce texte, la probabilité d’une république néo-zélandaise reste très élevée. Le premier ministre John Key lui-même estime que ce changement est « inévitable », même s’il n’arrivera pas « tant que je serai là ». Pour tenter d’accélérer le processus, le Republican Movement milite depuis 1994 en faveur d’une république dont le chef d’Etat serait élu démocratiquement. A l’occasion d’un débat organisé à la University of Canterbury il y a quelques semaines, son président Lewis Holden a insisté sur les valeurs bafouées par la monarchie actuelle. « Le système de succession n’est pas méritocratique, car fondé sur la filiation européenne et sur la religion anglicane ». Présent à ce même débat, Keith Locke a également souligné les contradictions du système, notamment en matière de politique étrangère. « Souvenez-vous la guerre en Irak, lorsque la reine, dans son uniforme militaire, est descendue soutenir les soldats britanniques. C’était en contradiction avec son rôle de reine de Nouvelle-Zélande, un pays qui s’était opposé à la guerre ! »

2005. Le Prince William supportant les rugbymen britanniques contre... la Nouvelle-Zélande !

Reste à savoir quand cette (r)évolution arrivera. Du côté monarchiste, on retarde l’échéance sur la base du « if it ain’t broke, don’t fix it » (si ce n’est pas cassé, ne le réparez pas). Lors du débat organisé à la University of Canterbury, le professeur David Round a estimé qu’il ne fallait pas « chercher quelque chose sur lequel se bagarrer », ajoutant qu’une république « n’apporterait pas plus de démocratie et mènerait plus sûrement à une crise constitutionnelle ». Il est vrai qu’une telle réforme aurait bien plus d’effets que simplement gommer la couronne de la tête du chef d’Etat. Elle soulèverait inévitablement des questions sur la place du traité de Waitangi (signé entre les chefs maoris et la Couronne en 1840) dans l’ordre institutionnel néo-zélandais, sur le besoin ou non d’une constitution écrite, sur un tournant ou non vers un système présidentiel… Autant de questions susceptibles de diviser une société toujours pas à l’aise avec sa question maorie et en quête d’identité nationale.

Au sein de l’opinion, les sondages font état d’un soutien croissant en faveur de la république, passé ces 20 dernières années de 17% à 35% (contre une chute de 61% à 51% pour la monarchie). Les principaux défenseurs de la royauté se trouvent parmi les tranches d’âges les plus élevées de la population, révélant un attachement de plus en plus anachronique à la monarchie. Comme l’a souligné le député vert Gareth Hughes, Aotearoa n’a peut-être pas encore terminé sa crise d’adolescence : « la Nouvelle-Zélande avec la reine comme chef d’Etat, c’est comme ce stéréotype de l’adulte qui vit encore chez ses parents ». Pour combien de temps encore ?

Echec et mat ?

→ Pour voir les vidéos de la discussion au Parlement, cliquez ici.

→ Pour écouter le débat sur la république diffusé en 2007 sur Radio New Zealand National, cliquez ici (partie 2, partie 3, partie 4).

→ La question se pose aussi chez les voisins australiens. Plus d’infos sur le site de l’Australian Republican Movement.

Une histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940

New Zealand Invites the World (1938)

L’un de mes quatre cours ce semestre à la fac était consacré à la Nouvelle-Zélande depuis 1940. Dans une tentative périlleuse, j’essaye ici de vous en proposer une synthèse, en dix points…

1. Tableau de la Nouvelle-Zélande en 1940

Alors que la Seconde Guerre mondiale commence, le Dominion de Nouvelle-Zélande fête son centième anniversaire dans les rangs de Sa Majesté. Ses liens avec le Royaume-Uni restent extrêmement forts : considérée comme le plus petit mais aussi le plus loyal des dominions de l’Empire britannique, la Nouvelle-Zélande s’appuie sur des institutions politiques copiées sur le modèle de Westminster, son économie repose sur le principe de préférence impériale (d’où des exportations à 80% vers le Royaume-Uni) et sa société vit dans une culture so British. Il faudra même attendre 1948 pour la création de la nationalité néo-zélandaise ! De 1935 à 1949, les Kiwis (dont la population est estimée à 1,6 million en 1940) sont dirigés par le premier gouvernement travailliste, avec comme grands axes le keynésianisme et le progrès social (Social Security Act 1938).

2. Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

La Nouvelle-Zélande entre dans le conflit le 3 septembre 1939 par une déclaration de son Premier ministre, Michael J. Savage. Il s’agit avant tout de suivre le Royaume-Uni : « Avec à la fois gratitude pour le passé et confiance dans le futur, nous nous rangeons sans peur derrière la Grande-Bretagne. Où elle va, nous allons ; où elle se tient, nous nous tenons. Nous ne sommes qu’une petite et jeune nation, mais nous marchons […] vers une destinée commune ». Pour autant, la Nouvelle-Zélande doit rapidement revoir ses plans : en février 1942, la base britannique de Singapour tombe aux mains des Japonais, et c’est toute la sécurité du Pacifique qui se retrouve menacée. Le Royaume-Uni ne pouvant plus garantir la sécurité de ses dominions, la Nouvelle-Zélande se tourne vers les Etats-Unis, s’en remettant pour la première fois à une puissance extérieure au Commonwealth. Pour autant, les troupes néo-zélandaises restent sur le front européen et nord-africain, combattant notamment l’Afrika Korps de Rommel et s’illustrant parfois à titre individuel, à l’image de Keith R. Park, sauveur de Londres dans les rangs de la RAF pendant la bataille d’Angleterre. Sur les 250 000 hommes et femmes néo-zélandais mobilisés, 12 000 perdront leur vie durant le conflit.

Tiger Moths, avions d'entraînement néo-zélandais

Des avions d'entraînement néo-zélandais

3. La Nouvelle-Zélande dans la Guerre froide

Selon l’historien Ian McGibbon, la Seconde Guerre mondiale aura été l’événement décisif du XXe siècle pour la Nouvelle-Zélande. Principale raison : ce nouveau positionnement dans l’ordre mondial, à mi-chemin entre le Royaume-Uni, protecteur de toujours mais en déclin, et les Etats-Unis, protecteur indispensable mais loin d’être aussi intime. En janvier 1944, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tous deux confrontés à ce dilemme UK/USA, se serrent les coudes et signent le Pacte de l’ANZAC, pour s’affirmer comme acteurs majeurs dans le Pacifique. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande, guidée par sa théorie idéaliste et son rêve de sécurité collective, participe activement à la naissance de l’ONU, en 1945. Mais l’espoir ne dure pas, bien vite déçu par la réalité de la Guerre froide… Il faut choisir son camp, et les Kiwis rejoignent sans surprise le bloc occidental, mené par les Etats-Unis contre l’Union soviétique. En échange de la normalisation de leurs rapports avec le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande obtiennent des Etats-Unis le traité ANZUS (Australia-New Zealand-United States), en 1951. Ce traité va être le principal accord de défense pour la Nouvelle-Zélande pour les 35 années suivantes et va donner à ses dirigeants une voix lors d’échanges réguliers avec les Etats-Unis. Sur le terrain, la Nouvelle-Zélande envoie 2 000 hommes en Corée (1950-1953), en soutien des Américains… mais au sein de la division Commonwealth ! Autre ambiguïté, lors de la guerre du Vietnam (1962-1973) : les Kiwis s’y rendent pour honorer leur alliance avec les States, mais ils le font à reculons, avec un maximum de 600 hommes, et vont en ressortir avec une foi altérée en l’Oncle Sam.

Quand la NZ et l'Australie flirtent avec les Etats-Unis...

La mère patrie tenue à l'écart de l'ANZUS

4. Être Kiwi pendant les Trente glorieuses

Comme dans le reste du monde occidental, l’après-guerre en Nouvelle-Zélande est marqué par une longue période de prospérité économique. Durant ces trois petites décennies de golden weather, c’est le National Party qui est aux manettes du pays, quasiment sans discontinuer. Les restrictions de guerre sont levées et la Nouvelle-Zélande entre dans l’ère de la société de consommation. La croissance est soutenue, l’Etat-providence s’affirme, de nouvelles villes sont créées, d’importants projets hydro-électriques sont lancés, la modernisation bat son plein. Pour autant, la Nouvelle-Zélande ne profite pas de cette période aussi bien que d’autres : de 5e pays de l’OCDE en termes de PIB par habitant en 1950, elle n’est plus qu’à la 11e place en 1975. D’un point de vue social, l’après-guerre est le temps du clash : à ma gauche, la Nouvelle-Zélande version Grande-Bretagne victorienne, faite de musique classique et de services à thé ; à ma droite, la Nouvelle-Zélande version American way of life, à base de rock’n’roll, de Coca Cola et de sex-appeal. L’influence de la culture américaine se fait de plus en plus visible au pays du long nuage blanc, et les élites puritaines s’en inquiètent : voilà la culture de gentlemen britannique menacée par une culture populaire de caniveau ! Mais le combat du salon contre le saloon est perdu d’avance… L’après-guerre est aussi une période de panique morale concernant la jeunesse néo-zélandaise. En 1954, le rapport Mazengarb est envoyé par le gouvernement dans tous les foyers, mettant les parents en garde contre les comportements sexuels immoraux de leurs enfants, accusant notamment les jeunes filles de ne plus toujours attendre les avances des garçons et même de corrompre ces derniers. (Pour l’anecdote, cette panique morale est née à Christchurch après un fait divers dont Peter Jackson s’est inspiré pour son film Créatures célestes.)

La mère patrie

Old school?

5. L’ère des protestations

Sans atteindre le retentissement de mai 68 en France, divers mouvements sociaux ont lieu en Nouvelle-Zélande au cours des années 60 et 70. Le principal est probablement l’opposition à la guerre du Vietnam : inspiré par les exemples étrangers, le mouvement organise de premiers « sit-in » en 1965 devant le Parlement à Wellington, ainsi que des manifestations réclamant une politique étrangère indépendante. Petit à petit, une contre-culture s’organise, composée d’acteurs parfois très divers, de la jeunesse contestataire aux activistes communistes en passant par des groupes religieux. Helen Clark, qui sera Premier ministre travailliste de 1999 à 2008, est de cette génération, et participe également à la seconde vague du féminisme néo-zélandais : près de 80 ans après avoir obtenu le droit de vote, les femmes se battent encore contre la patriarchie et pour l’égalité entre les sexes dans la société (à titre d’exemple, en 1966, le salaire médian des femmes est moitié moins élevé que celui des hommes). Elles se mettent à porter des t-shirts, des jeans et à abandonner leurs soutien-gorges, et s’organisent à travers des associations comme le Mouvement de libération des femmes. Dans le même temps, des mouvements environnementaux se développent, sur la question du nucléaire notamment, ainsi que des mouvements maoris (voir plus bas).

Convaincue ?

Convaincue ?

6. 1975-1984 : Robert Muldoon, ce tyran

Leader du National Party, Robert Muldoon devient Premier ministre et Ministre des finances en 1975, dans un contexte rendu difficile par la crise économique mondiale et par l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. Personnage de petite taille, rondouillet, Bob Muldoon n’a pas sa langue dans sa poche et sa conception du pouvoir est simple : s’entourer de seconds couteaux et diviser pour mieux régner. Les caricaturistes le dessinent en Napoléon, en Roi Soleil et en personnage double-face, à la fois dictateur et sauveur de la Nouvelle-Zélande. Il va même donner son nom à cette période : le muldoonism, « synonyme d’un abus de pouvoir exécutif et d’une dictature  auto-proclamée » à en croire ma professeur Philippa Mein Smith. Au cours de ses deux mandats, Muldoon régule fortement l’économie et la société, fixant les taux d’intérêts, gelant les prix et les salaires, contrôlant les médias ; bref, selon certains observateurs, faisant de la Nouvelle-Zélande « la Pologne du Pacifique sud ». Ce tableau est toutefois à nuancer car c’est lui qui finit aussi par lancer le mouvement de dérégulation, en signant un accord de libre échange avec l’Australie en 1982. Si la situation économique ne s’arrange pas, c’est surtout sur le plan social que la Nouvelle-Zélande fait parler d’elle, lors du Springbok Tour de 1981 : à l’occasion de la tournée de l’équipe de rugby sud-africaine, les Kiwis se déchirent entre opposants au régime de l’apartheid et amoureux du rugby avant tout, jusqu’à briser des familles et des amitiés. C’est la plus grande campagne de désobéissance civile de l’histoire du pays, et selon Ian Borthwick le « Mai 68 version néo-zélandaise ».

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

7. Nuclear-free New Zealand

Muldoon chute en 1984 sur un coup de roulette, après avoir organisé – et perdu – des élections anticipées. Le Labour Party revient au pouvoir et l’un de ses principaux dossiers est le nucléaire. Depuis les années 50, les mouvements anti-nucléaire se développent en Nouvelle-Zélande, du fait de l’inquiétude générée par les essais atomiques américains, britanniques et surtout français dans le Pacifique. De 1972 à 1974, le gouvernement travailliste de l’époque avait planté de premières banderilles, avec l’envoi de frégates d’observation à Mururoa et la condamnation de la France par la Cour Internationale de Justice. En 1985, c’est le Premier ministre David Lange qui reprend le combat interrompu par Muldoon. Il refuse l’entrée du navire militaire américain USS Buchanan dans le port d’Auckland, au motif que les Etats-Unis ne veulent ni confirmer ni nier l’équipement nucléaire du bateau. Ce refus provoque la fureur de Washington (la Nouvelle-Zélande se retrouve exclue de facto de l’ANZUS, rétrogradée du statut d' »allié » à celui de « pays ami » et privée de l’accès aux services de renseignement US), mais il est aussi accompagné d’un énorme soutien populaire, dans un combat à la David (Lange) contre Goliath. L’affaire du Rainbow Warrior, du nom de ce navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 à Auckland par les services secrets français, sera la goutte de trop dans la le vase. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande signe le traité de Rarotonga établissant une zone dénucléarisée dans l’ensemble du Pacifique sud et, en 1987, par le Nuclear-Free Zone, Disarmament and Arms Control Act, la Nouvelle-Zélande devient véritablement nuclear-free. C’est un tournant majeur dans l’histoire du pays, une déclaration d’indépendance pour certains, en tout cas un pilier de l’identité néo-zélandaise encore aujourd’hui.

Le prix de l'indépendance

Le prix de l'indépendance

8. Le libéralisme en fête

Sur le plan économique, les années Lange correspondent à un espoir post-Muldoon. Avec un gouvernement particulièrement jeune (Lange lui-même n’a que 41 ans), la Nouvelle-Zélande prend un virage à 180° et devient le laboratoire mondial du libéralisme. Les réformes sont lancées comme une guerre éclair et il ne faut pas moins de trois ministres des Finances au même moment pour mener cette  révolution. Le plus influent de ces ministres, Roger Douglas, va donner son nom à cette politique : les Rogernomics. Dans un mélange de Reaganism et de Thatcherism, les Rogernomics font de la Nouvelle-Zélande le paradis du consommateur et l’enfer du travailleur. La finance est dérégulée, les taxes et les subventions réduites au maximum, et le secteur public dynamité : la concurrence fait son entrée dans l’éducation et la santé, et les entreprises publiques sont privatisées (Telecom, Air New Zealand, etc.). Tout ceci a un coût social considérable, la Nouvelle-Zélande devenant pour deux décennies le pire pays de l’OCDE en matière d’augmentation des inégalités riches/pauvres. Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances, et le PIB par tête relatif de la Nouvelle-Zélande continue à plonger dans les classements de l’OCDE.

Du statut de bon élève de l'OCDE à celui de cancre

1951-2002 : Du statut de bon élève de l'OCDE... à celui de cancre

9. La question maorie

Autant l’histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940 peut ressembler à l’histoire du monde occidental moderne en général, autant la question maorie est propre à ce pays et s’avère parfois difficile à comprendre. Je l’ai largement abordée dans un précédent article ; je vais ici essayer d’y apporter quelques compléments. Du point du vue du mode de vie des Maoris, la deuxième moitié du XXe siècle est marquée par une forte urbanisation : population à 75% rurale en 1945, les Maoris délaissent progressivement leur habitat traditionnel, pour devenir urbains à 80% en 1986. Cet exode, plus ou moins forcé, est dû à la perte des terres maories, à la mécanisation des campagnes et au besoin de main-d’oeuvre dans les villes. L’un des rares « mérites » de l’urbanisation maorie aura sans doute été d’amener sur la place publique la question de l’intégration sociale des indigènes, à une époque où la Nouvelle-Zélande était encore considérée par ses élites comme « blanche à 99% ». Face au racisme persistent et aux inégalités entre Maoris et Pakehas (blancs), de nouveaux mouvements de protestation maoris apparaissent dès les années 60, avec à l’extrême le gang Black Power. Parmi les principales actions du mouvement modéré, on retiendra la Maori Land March de 1975, traversant l’Île du Nord pour arriver devant le Parlement à Wellington, et l’occupation de Bastion Point près d’Auckland en 1977 et 1978. Le film Once Were Warriors (L’Âme des Guerriers) offre un aperçu intéressant sur l’urbanisation maorie :

10. Et aujourd’hui ? Et demain ?

Depuis l’année dernière, le National Party est de retour au pouvoir, emmené par le Premier ministre John Key. Pays encore très libéral, la Nouvelle-Zélande a été durement touchée par la crise économique et sort tout juste de la récession. Deux défis majeurs l’attendent déjà pour ce XXIe siècle. D’une part, l’évolution de l’identité kiwie, devant non seulement prendre en compte les Maoris et les immigrés du Pacifique mais aussi la population asiatique, de plus en plus importante. En 2026, on estime en effet qu’il y aura 780 000 Maoris, 480 000 Polynésiens et… 788 000 Asiatiques en Nouvelle-Zélande ! C’est donc tout le modèle d’intégration biculturaliste qui semble à revoir, d’autant plus que l’Asie est désormais le principal partenaire économique de la Nouvelle-Zélande. D’autre part, la question du modèle politique néo-zélandais reste en suspens. A l’heure actuelle, la Nouvelle-Zélande est une monarchie, avec pour chef d’Etat la Reine Elisabeth II. Pour certains, le passage à une république est incontournable, et il est vrai que cela permettrait à la Nouvelle-Zélande d’affirmer son indépendance une fois pour toutes. Enfin, un troisième défi, à plus court terme : l’organisation de la Coupe du monde de rugby en 2011 s’annonce comme un défi très coûteux pour les Kiwis…

Copyright: La plupart des illustrations utilisées dans cet article proviennent de mon cours HIST129: New Zealand History since 1940, enseigné par Philippa Mein Smith et Te Maire Tau. Tous droits réservés.

Photos : Akaroa, l’enclave française « made in NZ »

Garde à vous ! Ce week-end se tenait le 12e « French Fest » d’Akaroa, à 80 km de Christchurch. On y dansait le cancan, un béret sur la tête, tout en surveillant une course d’escargots…

Franchement, ces Kiwis, ils sont beaux joueurs : les sujets de Sa Majesté ont beau avoir contrarié nos plans de colonisation de la Nouvelle-Zélande à Akaroa en 1840, ils restent attachés à ce moment d’histoire partagé avec les Français. Tous les ans, ils le commémorent donc, et en font même un week-end de fête : bienvenue à l’Akaroa French Fest !

Petite présentation des lieux, à l’attention de ceux qui n’auraient pas pris l’option « Géographie de la Nouvelle-Zélande » au bac : joli village de 500 âmes (dont 30% dépassant les 65 ans), Akaroa se trouve sur l’Île du Sud de la NZ, plus précisement sur la Banks Peninsula, à l’est de Christchurch. C’est une station assez prisée des touristes, qui s’y arrêtent notamment pour aller nager avec les dauphins de Nouvelle-Zélande (Hector Dolphins). L’héritage français reste présent, que ce soit dans le sang de quelques habitants ou dans le nom de certains magasins et rues. De là à entendre parler la langue de Bastareaud à chaque coin de rue…

Boum, quand votre moteur fait boum...

C’est toujours intéressant de découvrir les clichés rattachés à la France à l’étranger – qui plus est à l’autre bout du monde ! Bien que pas 100% français (stands de churros, de souvlakis, de bratwurst), le festival sonnait très cocorico, parfois à l’extrême : pour la première fois de ma vie, j’ai ainsi pu assister à une performance de French Can Can, réalisée par des employées de l’Ambassade de France à Wellington ! Les différentes échoppes proposaient également des crêpes, du far breton, du vin, du fromage de chèvre… et même des bérets.

Parmi les activités auxquelles j’ai pu assister, je commencerais par mettre en avant l’EscarGO!, une palpitante course d’escargots opposant les All Blacks aux Bleus. Disposés au centre d’une table ronde et numérotés sur la coquille, les athlètes n’avaient qu’une idée en tête : foncer vers la ligne blanche dessinée sur le bord du terrain et ainsi remporter la victoire, synonyme de gloire et de fortune. En tribunes, les jeunes sponsors de chaque sportif encourageaient leur champion – à tel point que je me demande bien qui de l’escargot ou du petit homme bavait le plus…

Vous m’excuserez, je n’étais plus là pour l’arrivée…

L’essentiel, c’est de participer, disait l’autre. Soit. Votre blogueur préféré a donc pris part à l’un des temps forts de la journée : la French Waiters Race (tadam!), aux côtés de Romain le Français et Colin l’Ecossais. Cette future discipline olympique, déjà saluée par Gérard Schivardi et Jean-Louis Borloo, consiste en se munir dans une main d’une baguette de pain et dans l’autre d’un plateau de service, sur lequel se trouvent déposés trois verres de vin – dont une flûte, histoire de compliquer les choses. Prenez une douzaine de compétiteurs venus des quatre coins du monde, et assignez leur pour mission de courir un aller-retour en gardant un peu de nectar dans chacun de leurs verres. En vidéo, ça donne ça – un joyeux bordel :

Tellement occupé à signer des autographes après cette performance à la Abebe Bikila (enfin, pieds nus quoi), je n’ai pas pu me renseigner en détails sur toutes les autres animations du week-end. Je sais juste que :

  • le vendredi soir, l’Ambassadeur de France, Michel Legras, avait participé à une cérémonie de lever de drapeau
  • un cooking show avait eu lieu ce samedi à midi
  • le « French Cricket », ça existe, d’où le French Cricket Tournament
  • le HMNZS Pukaki et le HMNZS Taupo, deux bâtiments de la flotte de guerre néo-zélandaise, étaient ouverts au public pendant le week-end, dans la French Bay
  • une reconstitution de l’arrivée des colons losers français était organisée dans l’après-midi, suivie d’une parade.

Voici l’arrivée de la parade, emmenée par la fanfare de l’armée néo-zélandaise. In the navy…

→ Pour voir mon album photo du festival (bérets, Gwenn ha du et French Can Can inside), vous connaissez la chanson : cliquez ici !

Radios pirates : Good Morning New Zealand!

C’est l’histoire d’une radio pirate qui narguait le gouvernement néo-zélandais à la fin des 60s depuis les eaux internationales. C’est l’histoire de « Good Morning England« … version kiwi !

« Moi-même, ainsi que tous ceux qui se sont impliqués dans Hauraki, étions mus par notre dégoût de la radio d’Etat, notre amour du rock’n’roll et notre ardent désir d’aventure. Notre but était d’amener la musique sur les ondes, 24 heures sur 24. » Plus de quarante ans après, David Gapes s’en souvient encore. Il faut dire que Radio Hauraki, c’était lui. C’était son idée, née entre deux bières, en 1965, dans un pub de Wellington. En plein dans les sixties, à l’époque où la radio néo-zélandaise, tout comme la BBC britannique, restait un monopole d’Etat. Selon Gapes, on n’y entendait « que des accents British et snobs, des pubs horribles et pas de musique ».

Le Danemark avait eu Radio Mercur dès 1958. Le nord de l’Europe avait suivi, notamment le Royaume-Uni avec Radio Caroline. C’était maintenant au tour de la Nouvelle-Zélande. Puisque le gouvernement refusait de leur accorder une licence privée pour émettre depuis les terres, David Gapes, Denis « Doc » O’Callahan, Derek Lowe et Chris Parkinson allaient prendre la mer et diffuser depuis les eaux internationales, dans le golfe d’Hauraki, à l’Est d’Auckland. Plus facile à dire qu’à faire, toutefois. Malgré la ferveur populaire, le soutien de la communauté maritime et les encouragements de la presse, le gouvernement était bien décidé à empêcher le Tiri de rejoindre le large.

The Boat That Rocked

The Boat That Rocked

Deux mois durant, le Département de la Marine avait repoussé l’échéance, multipliant les inspections de navigabilité et les avis négatifs afin de maintenir le rafiot à quai, « pour raisons de sécurité ». Lassé par ce petit jeu, l’équipage du Tiri avait finalement décidé d’ignorer ces injonctions et de prendre le large. Le dimanche 23 octobre 1966, devant une foule de 200 supporters, les pirates levaient donc l’ancre, effectuaient leurs premières manoeuvres… avant d’être stoppés net par la police, qui lançait l’abordage et arrêtait l’équipage.

La deuxième tentative fut la bonne : le 10 novembre, à 10h du soir, le Tiri parvenait à parcourir discrètement les 3 miles le séparant des eaux internationales. Le temps de monter l’antenne et, le dimanche 4 décembre 1966, à 10h du matin, le rêve devenait réalité : Radio Hauraki lançait sa première émission, consacrée à la déjà tumultueuse histoire de la station ! Et parce que la musique était leur raison d’être, les pirates ne tardaient pas à diffuser un premier morceau fort en symboles : « Born Free », de Matt Munro.

Gentils pirates

En se calant sur 1480kHz pour écouter le « Good Guy » Paddy O’Donnell animer sa première matinale en ce même mois de décembre 1966 (extrait 1, extrait 2, extrait 3), on pouvait apprendre que la moyenne d’âge des 25 propriétaires et opérateurs de la station était de 24 ans, d’où le slogan fièrement proclamé « Radio Hauraki, la radio la plus jeune au monde » !

Pour autant, la vie à bord n’était pas forcément aussi glamour que ce que laisse imaginer Good Morning England. Dans un entretien récemment accordé au New Zealand Herald, David Gapes soulignait ainsi l’écart entre la fiction de « Radio Rock » et la réalité de Radio Hauraki : « Nos gars n’étaient pas des saints. Mais l’environnement n’incitait pas aux fêtes. L’alcool n’était bien sûr pas interdit mais ne figurait pas non plus sur notre liste de course. Il était rare de voir des femmes à bord. Quant aux quartiers de l’équipage à l’arrière, ils étaient minuscules, exigus et vraiment pas glamour. » Bref, oubliez le fameux « sex, drugs and rock’n’roll »…

La vie des pirates n’était pas toujours rose. Elle a même plusieurs fois eu tendance à virer au cauchemar. Le 28 janvier 1968, pris dans une tempête, le Tiri s’échouait contre les rochers, pendant que Derek King commentait cette mésaventure en direct sur les ondes de Radio Hauraki. Ce grand moment de radio, conclu par « L’équipage d’Hauraki abandonne le navire. Ici Paul Lineham à bord du Tiri. Bonsoir« , est disponible sur YouTube. Le naufrage ne fit heureusement pas de victime et, un mois jour pour jour après l’accident, les pirates étaient de retour dans les eaux internationales, à bord du Kapuni, rebaptisé Tiri II ! Trois autres échouements suivront, le 10 avril, le 15 mai et le 13 juin 1968, avec à chaque fois un retour sur les ondes au bout de quelques jours, toujours à bord du Tiri II.

Tiri II échoué sur Uretiti Beach (juin 1968)

Tiri II échoué sur Uretiti Beach (juin 1968)

Tous ces efforts allaient finir par être récompensés : le 24 mars 1970, la Broadcasting Authority prenait le contre-pied de la New Zealand Broadcasting Company et délivrait enfin deux premières licenses privées de radio-diffusion, dont une pour Radio Hauraki ! Après une dernière journée d’émission en mer conclue le 1er juin 1970 à 10h du soir, les pirates regagnaient la terre ferme et leur studio à Auckland. Un voyage retour marqué par la tragique disparition par-dessus bord du « Good Guy » Rick Grant (Lloyd Jones de son vrai nom). L’aventure off-shore de Radio Hauraki avait duré précisément 1 111 jours.

Radio Hauraki existe toujours en 2009. Si son logo et le nom de certaines émissions rappellent le glorieux passé de la station, elle semble aujourd’hui être rentrée dans le rang, ciblant essentiellement un public d’hommes de 25 à 50 ans amateurs de « classic rock ». Mais les souvenirs restent tenaces dans le coeur de nombreux Néo-Zélandais, comme en témoignent les messages laissés sur ces pages Internet, ouvertes en 2006 à l’occasion des 40 ans de la station. Celui-ci par exemple :

« Tout semblait tellement plus fun avec Radio Hauraki. Beaucoup de musique, surtout les week-ends. Mon père avait ses chevaux et le rugby, et moi j’avais 1480 (fréquence kHz de Radio Hauraki, ndlr). C’était génial. »

→ A regarder. Un extrait de l’émission Close Up du 10 novembre 2006, consacré à Radio Hauraki (8’29) : cliquez ici.

→ A lire. The Shoestring Pirates : Radio Hauraki, par Adrian Blackburn (Auckland, Hauraki Entreprises, 1988). 172 p.

Exams : Le Pari Kiwi invente les « blog-révisions »

Te Tiriti o Waitangi, ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais

Mes examens commencent cette semaine. Histoire de réviser en m’amusant, je vous présente ici le mémoire que je vais devoir soutenir pour mon cours de droit comparé…

Au moment de définir la maquette de mon second semestre à Sciences Po, j’avais choisi un cours intitulé Introduction aux Grands Systèmes de Droit Étrangers, présenté par le Professeur Thierry Rambaud. Originalité de ce cours – outre le fait qu’il m’obligeait à venir en conf le samedi après midi : l’examen de fin de semestre consiste non pas en une dissertation classique sauce pipo (4h, 2 parties, 2 sous-parties) mais en un oral de 20 minutes au cours duquel l’étudiant est invité à soutenir un mémoire qu’il a rédigé durant la nuit précédant la deadline durant tout le semestre… Encore plus intéressant : le mémoire doit porter sur le pays de destination de 3e année, et le sujet est libre.

Vous l’aurez compris, je me suis penché sur la Nouvelle-Zélande. Et après avoir dépoussiéré les quelques livres de la bibliothèque de Sciences Po consacrés au pays du long nuage blanc, je suis ressorti de cette aventure avec un mémoire de 21 pages intitulé « Te Tiriti o Waitangi ou la difficile reconnaissance des populations indigènes dans le droit néo-zélandais ». En attendant mon oral de soutenance jeudi, je vous livre aujourd’hui la crème de la crème de mon mémoire,  en espérant que cela soit à peu près digeste…

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

Plaque commémorative du Traité de Waitangi (photo Harrison Gulliver, Creative Commons license)

La Nouvelle-Zélande, pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, compte 600 000 indigènes, appelés Maoris. Originaires de Polynésie, les Maoris furent les premiers à occuper la Nouvelle-Zélande, jusqu’à ce que les Britanniques ne décident d’annexer ce pays en 1840. Une annexion matérialisée par un traité, aujourd’hui considéré comme le document fondateur de la Nouvelle-Zélande : le traité de Waitangi (Te Tiriti o Waitangi)…

Signé le 6 février 1840 par des chefs de tribus maoris et un représentant de la Couronne, le traité de Waitangi devait poser les fondements d’une cohabitation harmonieuse entre les deux populations. Malheureusement, il n’en a rien été. Les colons britanniques ont rapidement ignoré les clauses du traité, allant jusqu’à déclarer sa simple nullité juridique en 1877, dans l’arrêt Wi Parata v. the Bishop of Wellington. Résultat : en plus d’être privés de l’essentiel de leurs terres et méprisés culturellement, les Maoris ont vu leur population s’effondrer de 200 000 habitants en 1820 à 42 000 en 1896 ! Les conséquences d’un tel traitement se font encore ressentir aujourd’hui au sein de la population maorie, qui représente tout de même 15% de la population totale. Ainsi, le taux de chômage des Maoris est plus de deux fois supérieur à celui des Pakeha (non-Maoris), leur espérance de vie est inférieure de 9 ans à celle du reste de la population et, en 2001, le revenu hebdomadaire moyen pour un Maori était de 388 dollars néo-zélandais, contre 504 pour un Pakeha…

Version maorie du Traité de Waitangi

Version maorie du Traité de Waitangi

Comment en est-on arrivé là ? A mon avis, on peut voir l’histoire du traité de Waitangi comme l’histoire d’un quiproquo, l’histoire d’une incompréhension mutuelle. Il faut savoir qu’il n’existe pas UN traité mais deux traités de Waitangi : celui en version anglaise et celui en version maorie… ce qui change tout ! En effet, en 1840, au moment de signer le document, la partie britannique avait dans son texte des concepts occidentaux (sovereignty, property, etc.) et dans son esprit une certaine façon d’appréhender le traité (essentiellement vu comme reconnaissant la souveraineté de la Couronne sur ce territoire). A l’inverse, la partie maorie s’engageait sur des notions traditionnelles (tino rangatiratanga comme droit à l’autodétermination, taonga comme référence aux trésors inviolables de la culture maorie) et comprenait le texte comme un engagement de protection et même d’amour de la part du Royaume-Uni… Évidemment, ça a clashé.

Mais tout n’est pas noir pour les Maoris. En effet, dans les années 1970, le gouvernement néo-zélandais a commencé à reconnaître ses torts et à réhabiliter le traité de Waitangi. En 1975, le Treaty of Waitangi Act a institué le Tribunal de Waitangi, chargé de définir les « principes » du traité en s’inspirant des textes originaux en anglais et en maori et en considérant les intentions et les interprétations du traité par les deux parties en 1840. Ces fameux principes ont permis de clarifier certains points du traité et de lui donner une valeur juridique plus importante. Le tribunal de Waitangi est également devenu un maillon essentiel du processus de règlement des différends fonciers accumulés depuis près de 170 ans entre Maoris et Pakehas. A l’heure d’aujourd’hui, plus de 1 050 dossiers ont été adressés au tribunal de Waitangi et les Maoris ont déjà reçu 675 millions de dollars NZ de la part de la Couronne, en réparation de leur préjudice… Du côté juridictionnel, en 1987, un arrêt de la Court of Appeal a disposé que les textes législatifs ne devront plus être en contradiction avec les « principes du traité de Waitangi », ce qui a ouvert la voie à une meilleure reconnaissance et protection des Maoris par le gouvernement néo-zélandais.

Logo du Tribunal de Waitangi

Logo du Tribunal de Waitangi

Le traité de Waitangi cristallise donc les débats sur la place des Maoris dans la société néo-zélandaise aujourd’hui. La Nouvelle-Zélande est un pays jeune, qui se cherche encore un modèle national : certains voient les efforts en faveur des Maoris comme une façon d’atteindre un modèle biculturaliste, qui ferait de l’identité kiwie un mélange d’identité occidentale et d’identité autochtone ; d’autres se montrent réticents à reconnaître pleinement le traité, estimant que le modèle le plus approprié à la Nouvelle-Zélande serait le multiculturalisme, comme en Australie ou aux Etats-Unis, car la population néo-zélandaise devient de plus en plus variée – et notamment de plus en plus asiatique. « Le traité de Waitangi, ou comment un objet juridique non identifié devient un enjeu politique fondamental. »

S’il y en a parmi vous que cela intéresse de lire l’intégralité de mon mémoire, je peux vous l’envoyer par mail…

Maintenant, c’est au jury de poser ses questions ! A vous de jouer ! ;)

Anzac Day : la Nouvelle-Zélande se souvient…

Le 25 avril est un jour férié en Nouvelle-Zélande. Fête nationale en mémoire des troupes tombées au champ d’honneur, « Anzac Day » est également célébré en Australie…

Cela est rarement évoqué dans nos manuels d’histoire : des troupes néo-zélandaises et australiennes ont participé à la Première Guerre mondiale, aux côtés des autres divisions de l’Empire britannique. Ces forces, connues pour leur acronyme ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps), ont fait leur entrée sur le front européen le 25 avril 1915 lors de la bataille des Dardanelles (Turquie) livrée face aux troupes de l’Empire ottoman. Engagées dans une opération visant à prendre le contrôle de la péninsule de Gallipoli, porte d’accès à la Mer Noire, les troupes alliées y ont rencontré une très forte opposition ottomane, conduisant à un embourbement de la bataille et à leur retrait huit mois plus tard. Sur les 8 556 Néo-Zélandais engagés dans cette campagne infructueuse, 2 721 ont finalement péri, s’ajoutant à un bilan humain très lourd des deux côtés : entre 40 000 et 45 000 victimes ont ainsi été recensées dans les rangs alliés, contre environ 87 000 pertes ottomanes.

Le 25 avril est depuis devenu une journée de commémoration en Australie et en Nouvelle-Zélande, à la fois en souvenir des 60 000 Wallabies et des 18 000 Kiwis tués lors de la Grande guerre et, plus largement, en l’honneur des serviteurs de ces deux pays. Anzac Day est aujourd’hui marqué par de nombreuses cérémonies à travers toute l’Océanie, mais aussi à Gallipoli et même en France, où les Anzacs ont participé à la Libération. Les commémorations commencent avec des rassemblements dès l’aube, suivis du traditionnel gunfire breakfast, pour lequel on ajoute du rhum au café, comme le faisaient certains soldats avant la bataille. Cette journée, parfois considérée comme une occasion de s’interroger sur les fondements de l’identité néo-zélandaise, est également marquée par deux pratiques traditionnelles : le port de poppies à la boutonnière et la dégustation d’Anzac biscuits

Poppy...

Le vendredi précédant Anzac Day est appelé Poppy Day en Nouvelle-Zélande. A cette occasion, la Returned Services’ Association (RSA), une association d’aide aux vétérans de guerre, vend des coquelicots en papier à des centaines de milliers de Néo-Zélandais, qui les portent alors pendant quelques jours, en signe de souvenir (les coquelicots des Flandres sont associés au sang des victimes sur les champs de bataille). En Australie, on préfère garnir sa boutonnière de brins de romarin, car les poppies sont portés à un autre moment de l’année, aux alentours du 11 novembre, pour fêter l’armistice – une pratique partagée par toutes les autres nations du Commonwealth. Pourquoi la Nouvelle-Zélande est-elle alors la seule à associer Poppy Day et Anzac Day ? La raison remonte à un petit « couac » survenu en 1921 dans l’organisation des célébrations de l’armistice : le navire censé approvisionner la Nouvelle-Zélande en coquelicots français étant arrivé trop tard pour les cérémonies, la RSA avait été obligée d’organiser son Poppy Day l’année suivante, quelques jours avant Anzac Day. Ou comment une tradition naît par la faute d’un navire français… :)

Anzac biscuits... (Crédits photo: Tristan Ferne, Creative Commons license)

Anzac biscuits

Quant à eux, les Anzac biscuits sont dégustés à la fois par les gourmands néo-zélandais et australiens, malgré une querelle opposant les deux pays sur la délicate question de la nationalité de l’inventeur de ces biscuits ! Nourrissants, résistants aux chocs et réputés pour leurs qualités de conservation, les Anzac biscuits faisaient partie de ces aliments que les femmes envoyaient aux soldats durant la Première Guerre mondiale et qui restaient comestibles au terme du long voyage en bateau. On parlait initialement des Soldiers’ Biscuits, avant que ceux-ci ne soient renommés Anzac Biscuits en 1915, année du débarquement à Gallipoli. Les soldats eux-mêmes en auraient confectionnés durant la guerre, à partir des ingrédients qu’ils avaient sous la main : de l’eau, du sucre, de l’avoine et de la farine… Maintenant, à vos fourneaux !

Pour plus d’infos sur Anzac Day (en anglais), c’est par ici… et par !