Archives mensuelles : mai 2010

La Nouvelle-Zélande dans de beaux drapeaux

Jugé trop « australien » et « britannique », le drapeau actuel de la Nouvelle-Zélande fait débat. Une majorité de Kiwis souhaiterait le remplacer, sans toutefois s’accorder sur son successeur…

Au même titre que le débat sur la république, c’est un serpent de mer qui ressurgit de temps en temps au pays du long nuage blanc. La Nouvelle-Zélande doit-elle changer son drapeau ? Doit-elle abandonner son fond bleu, ses quatre étoiles rouges de la Croix du Sud et son Union Jack dans le coin supérieur gauche ? En février dernier, à l’occasion de Waitangi Day, le New Zealand Herald s’est prononcé en faveur d’un changement, « idéalement » avant la Coupe du monde de rugby 2011. Consacrant sa Une à la question, la principal journal du pays a soutenu que “les drapeaux en disent beaucoup sur la façon dont un peuple se voit et veut être vu sur la scène internationale » et critiqué cette bannière d’un autre temps, héritée de l’Empire britannique.

Le Herald n’est pas le premier à mettre les pieds dans le plat (et à doper ses recettes avec ce sujet vendeur). En 1979 déjà, le ministre des affaires intérieures Allan Highet avait suggéré ce changement, sans succès. Dix ans plus tard, le magazine The Listener avait lancé une compétition pour trouver le nouveau drapeau de la Nouvelle-Zélande. Inspirée par la compétition « Ausflag » organisée en Australie en 1986, l’opération avait réuni près de 600 suggestions, sans toutefois trouver de clair vainqueur. Le dossier est depuis réapparu tous les cinq-six ans, notamment en 2004, avec la naissance de la fondation NZFlag.com dont « le seul but est d’encourager les Néo-Zélandais à changer le drapeau ».

Adieu mère patrie, bonjour Asie ?

Le drapeau actuel n’est pas le premier étendard néo-zélandais. En 1834, vingt-cinq chefs maoris s’étaient réunis à Waitangi pour choisir le « drapeau des tribus unies » destiné à équiper les bateaux néo-zélandais. Parmi les trois bannières proposées par le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, leur choix s’était porté sur celle utilisée par la Church Missionary Society. En 1840, suite au traité de Waitangi faisant de la Nouvelle-Zélande une colonie britannique, le drapeau des tribus unies avait été remplacé par le célèbre Union Jack du Royaume-Uni. Ce n’est qu’en 1902 que la Nouvelle-Zélande a adopté son drapeau actuel, dans un élan de patriotisme généré par la Guerre des Boers en Afrique du Sud. Rien de bien original toutefois, la Nouvelle-Zélande n’héritant que du Blue Ensign britannique avec quatre étoiles en bonus, pour représenter la Croix du Sud et le Pacifique Sud.

Plus d’un siècle plus tard, la Nouvelle-Zélande n’est plus une colonie (ni même un dominion) britannique. Son drapeau est pourtant toujours le même, avec un quart de sa surface occupé par une bannière étrangère. La Nouvelle-Zélande n’est pas la seule dans ce cas : une vingtaine de pays et territoires restent encore marqués au fer de l’Union Jack. Mais d’autres pays ont déjà franchi le pas et adopté un drapeau « fait-maison ». Le blogueur John Ansell les a réunis dans un graphique, dont je vous copie ici une (petite) partie…

Quelques drapeaux britanniques et leur évolution

Trop britannique, le drapeau actuel est également jugé trop australien. La Nouvelle-Zélande et l’Australie possèdent en effet deux drapeaux qu’il est facile de confondre, avec seulement deux différences (le nombre et la couleur des étoiles)… Les partisans du changement appellent donc de leurs voeux une bannière plus personnelle, reflétant l’indépendance et le multiculturalisme du pays. S’il est vrai que les Maoris ont désormais leur propre drapeau, reconnu officiellement depuis février, ils restent ignorés dans le drapeau national.

Reste à trouver un remplaçant au drapeau actuel. Les idées ne manquent pas (cf. ma photo de titre) et les propositions abondent sur la toile, notamment sur Facebook. Quelques motifs reviennent régulièrement, comme la fougère argentée (déjà présente sur le maillot des All Blacks), la Croix du Sud ou encore le koru, un motif maori en forme de spirale. Sur la palette des couleurs, les tons dominants sont les couleurs maories (noir, rouge et blanc) ainsi que le vert (symbolisant la flore néo-zélandaise) et le bleu (représentant la mer entourant le pays). Invité à dessiner son drapeau de la Nouvelle-Zélande lors d’une émission télévisée, le premier ministre John Key a opté pour une simple fougère argentée, en faisant référence à la sobriété et l’efficacité des drapeaux canadiens (feuille d’érable) et japonais (soleil). L’extrait commence à 4’52 :

En février, un sondage réalisé pour le New Zealand Herald a révélé pour la première fois qu’une majorité de Kiwis estime qu’il est temps de changer de drapeau (52%, contre 44% de non). Plus de la moitié des sondés (52%) a par ailleurs choisi la fougère argentée comme symbole devant figurer sur le drapeau, devant le kiwi et le koru. Le sujet est toutefois loin d’être à l’ordre du jour au Parlement et il y a fort à parier que le drapeau ne changera pas avant la Coupe du monde 2011. Mais, de même que la question de la république, l’idée fait son chemin. Et l’espérance de vie de la bannière actuelle se réduit comme (dra)peau de chagrin…

Pour en savoir plus :

– Un micro-trottoir intéressant réalisé par le site du New Zealand Herald

– L’article Un nouveau drapeau pour la Nouvelle-Zélande ? par Sébastien Duval

– Le dossier Flags of New Zealand sur l’excellent site nzhistory.net.nz

– La page Wikipedia sur le New Zealand Flag Debate

– La page Wikipedia sur l’Australian Flag Debate

Interview avec Phil Goff, leader de l’opposition

Le chef du New Zealand Labour Party était aujourd’hui à la University of Canterbury. Il a accepté de répondre à mes questions, dans une interview à découvrir en vidéo…

Après neuf années au pouvoir sous l’ère Helen Clark (1999-2008), le parti travailliste néo-zélandais est aujourd’hui le principal parti d’opposition face au gouvernement conservateur de John Key (National Party). Chargé de la reconstruction du parti et de la préparation des élections de 2011, Philip Goff en est le leader depuis novembre 2008. J’ai profité de sa présence à Christchurch pour l’interroger sur son parti, sur la défaite de 2008, sur ses préoccupations du moment, sur les futures élections et sur la situation du Labour Party au Royaume-Uni… J’ai passé trois heures à sous-titrer l’interview en français, donc n’hésitez pas à en profiter en activant l’option Subtitles en haut de la vidéo. Et soyez indulgent avec mon cadrage ! ;)

Pour aller plus loin :

– La page Wikipedia de Phil Goff

– Son portrait par le New Zealand Herald en novembre 2008

– Sa réponse au Statement to the House (discours de politique générale) de John Key en février dernier :


Super 14 : les Crusaders croisent les doigts

Emmenés par Dan Carter, les Canterbury Crusaders sont les seuls représentants néo-zélandais en demi-finales du Super 14. Leurs adversaires ce soir : les Pretoria Bulls, tenants du titre.

Ils ont bien failli ne pas y être. Ils étaient dos au mur, alors que le rideau tombait déjà sur la saison régulière. Mais ils l’ont fait, avec brio.  La semaine dernière, les Crusaders se sont imposés dans leur antre de Christchurch face aux Brumbies de Canberra. La donne était simple : le vainqueur de la confrontation décrochait l’un des quatre tickets pour les demi-finales du Super 14 ; le perdant pouvait aller se rhabiller et regarder la suite de la compétition à la télé. Autant dire que l’enjeu était de taille, et que le public a su répondre présent (28 000 spectateurs, dont votre serviteur).

Après un début de match serré et deux pénalités manquées par Dan Carter, les Crusaders ont pris le large à la demi-heure de jeu, en inscrivant deux essais coup sur coup. Plus incisifs que leurs adversaires, les hommes de coach Todd Blackadder ont rejoint les vestiaires avec un matelas de 12 points (22-10) puis ont continué sur leur lancée en seconde mi-temps, pour finalement s’imposer 40 à 22, avec un total de cinq essais. Mission accomplie, et avec la manière : les observateurs s’accordent à dire que les Crusaders ont signé là leur meilleur match de la saison, et même le meilleur match par une équipe néo-zélandaise !

Crusaders = Croisés

Pour la neuvième fois d’affilée, la franchise de Christchurch participera cette année aux demi-finales du Super 14. Bénéficiant du quatrième strapontin pour les demi-finales, elle va rencontrer dès ce soir le champion de la saison régulière, à savoir les Bulls sud-africains. Dans ce choc des titans opposant les deux meilleures équipes de Nouvelle-Zélande et d’Afrique du Sud, les Crusaders peuvent se vanter d’être l’équipe la plus titrée de la compétition (7 victoires), tandis que les Bulls apparaissent comme l’équipe en forme de ces trois dernières années (sacres en 2007 et 2009). L’an passé, les Sud-Africains avaient éliminé les Kiwis au même stade de la compétition, sur le score de 36 à 23.

Cette année, la faveur des pronostics va encore aux Bulls. Déjà assurés de leur première place, ils ont aligné leur équipe B lors de la dernière journée, permettant à leurs titulaires d’économiser leurs forces en vue de la demi-finale. Même s’ils ne joueront pas dans leur stade de Pretoria en raison des préparatifs de la Coupe du monde de football, les Sud-Africains auront 40 000 spectateurs derrière eux à Soweto et n’auront pas à récupérer d’un long voyage comme leurs opposants. Et puis les statistiques sont avec les Bulls : aucune équipe n’a remporté de demi-finale à l’extérieur depuis huit ans…

Les Crusaders seront revanchards

Le match est toutefois loin d’être plié d’avance. La presse néo-zélandaise s’est même risqué cette semaine à un exposé des cinq raisons pour lesquelles les Crusaders vont battre les Bulls : la forme du moment, le facteur Soweto, l’expérience à ce niveau, la ligne d’arrières et Dan Carter. On pourrait y rajouter l’esprit de revanche qui va probablement animer Richie McCaw and co : il y a moins de trois semaines, les Crusaders s’étaient inclinés de justesse chez les Bulls (invaincus à domicile depuis deux ans) suite à un essai sud-africain très contesté dans les dernières secondes (40-35). La franchise de Christchurch aura en tout cas toute la Nouvelle-Zélande derrière elle, surtout au terme de cette saison cauchemard pour les équipes kiwies…

Composition des équipes :

Bulls: 15. Zane Kirchner, 14. Jaco van der Westhuyzen, 13. Jaco Pretorius, 12. Wynand Olivier, 11. Francois Hougaard, 10. Morné Steyn, 9. Fourie du Preez, 8. Pierre Spies, 7. Dewald Potgieter, 6. Deon Stegmann, 5. Victor Matfield (c), 4. Danie Rossouw, 3. Werner Kruger, 2. Gary Botha, 1. Gurthrö Steenkamp. Remplaçants : 16. Bandise Maku, 17. Bees Roux, 18. Flip van der Merwe, 19. Derick Kuün, 20. Jacques-Louis Potgieter, 21. Stephan Dippenaar, 22. Pedrie Wannenburg.

Crusaders: 15. Colin Slade, 14. Sean Maitland, 13. Robbie Fruean, 12. Daniel Bowden, 11. Zac Guildford, 10. Daniel Carter, 9. Andy Ellis, 8. Kieran Read, 7. Richie McCaw (c), 6. George Whitelock, 5. Sam Whitelock, 4. Brad Thorn, 3. Ben Franks, 2. Ti’i Paulo, 1. Owen Franks. Remplaçants : 16. Daniel Perrin, 17. Wyatt Crockett, 18. Chris Jack, 19. Thomas Waldrom, 20. Kahn Fotuali’i, 21. Tim Bateman, 22. Jared Payne.

Quelle politique étrangère pour la NZ, minister ?

Le ministre des affaires étrangères néo-zélandais, Murray McCully, était cette semaine invité à la University of Canterbury. Il s’y est exprimé sur  l’action de la NZ à l’échelle internationale.

Vu de France, on pourrait penser que « l’action de la Nouvelle-Zélande à l’échelle internationale » tient en deux mots : All Blacks. Vous vous en doutez, c’est un chouilla plus compliqué que cela (même si l’actuel ministre des affaires étrangères ne simplifie rien en cumulant également les portefeuilles de ministre des sports et ministre de la Coupe du monde de rugby 2011). Bref, ce mercredi, Murray McCully est intervenu dans un cours de politique internationale pour y parler de ses priorités en tant que chef de la diplomatie kiwie

Le premier point qu’a abordé Murray McCully est le nucléaire. « Nous sommes un pays qui a adopté une législation anti-nucléaire et nous tenons à ce que cela reste clair dans l’esprit de nos différents partenaires, notamment les Etats-Unis et l’Australie », a-t-il affirmé aux étudiants du professeur Jacob Bercovitch. Pas un scoop, tant la Nouvelle-Zélande est active dans ce domaine, que ce soit à l’Assemblée Générale de l’ONU ou lors du sommet sur la sécurité nucléaire organisé par les Etats-Unis. Pour autant, cette prise de position est significative, car elle vient d’un ministre du National Party. Or, comme Murray McCully l’a lui-même reconnu, le National Party, peu réputé pour sa politique étrangère, a longtemps ignoré cette question (c’est le Labour Party qui a fait de la Nouvelle-Zélande un pays « nuclear-free » en 1987). Il est donc intéressant de voir le National Party reconnaître son erreur et désormais promouvoir cet élément fondamental de l’identité nationale néo-zélandaise.

Rencontre McCully/Clinton sur le nucléaire (avril 2009)

Le second point a porté sur les relations économiques avec l’Asie. « Les Néo-Zélandais ne savent pas à quel point ces relations économiques nous ont sauvés ces dernières années », a soutenu le ministre. Il est vrai que l’économie kiwie est de plus en plus orientée vers les pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, désormais second partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande derrière l’Australie. Du fait notamment de la multiplication des accords de libre-échange avec la région (Singapour, Hong Kong, ASEAN, Thaïlande, Brunei, Chine, Malaisie), la Nouvelle-Zélande compte aujourd’hui dix pays asiatiques parmi ses vingt principaux marchés d’exportation. « Le développement de ces relations fait partie de nos priorités », a souligné Murray McCully, révélant sa vision très commerciale des affaires étrangères (rien sur les droits de l’homme par exemple).

Le dernier sujet abordé lors de ce discours de 40 minutes a été les relations avec le Pacifique Sud« Nous voulons accroître nos efforts dans cette région, où vivent des personnes parmi les plus pauvres de la planète. C’est notre voisinage, mais également notre famille », a énoncé le ministre, avant de rappeler l’importance des communautés du Pacifique en Nouvelle-Zélande. Il s’est attardé sur la politique d’aide financière à la région, avec un ton maladroit alternant entre solidarité et néo-colonialisme.

Le Premier ministre John Key à l'ONU (octobre 2009)

Enfin, dans une séance de questions-réponses d’une dizaine de minutes avec l’auditoire, le ministre a été invité à s’exprimer sur les Fidji, l’Afghanistan et l’Iran. Concernant la situation aux Fidji, où le pouvoir est détenu par l’amiral Frank Bainimarama suite au coup d’Etat de 2006, Murray McCully a fait état de « progrès récents » et insisté sur l’importance du dialogue pour parvenir à la tenue d’élections démocratiques. Sur l’Afghanistan, il a justifié la présence de forces armées néo-zélandaises par l’argument de la sécurité internationale : « Il y a un million de Kiwis vivant à l’étranger, et certains sont morts dans les tours du World Trade Center, à Bali, à Jakarta… On veut que les Kiwis puissent voyager, prendre l’avion, rester dans des hôtels sans être tués. Si on s’en va d’Afghanistan, on laisse le pays à des personnes mal intentionnées. » Abordant la question iranienne, il a rappelé que la Nouvelle-Zélande fait partie des pays qui ont toujours une ambassade à Téhéran et que celle-ci doit servir à envoyer des messages forts au pouvoir iranien.

A la fin de cet échange, j’ai couru après Murray McCully pour l’interroger en vidéo sur le nouvel organigramme de l’Union européenne et sur la Coupe du monde de rugby. Malheureusement, une voiture l’attendait à la sortie du bâtiment et il s’y est immédiatement engouffré… Vous devrez donc vous contenter de cet article, qui je l’espère vous aura quand même permis d’en savoir un peu plus sur la partition néo-zélandaise dans le concert des nations.

EDIT: Bien que titulaire du poste de ministre des affaires étrangères, Murray McCully n’est pas à la tête d’un Ministry of Foreign Affairs. En effet, il partage un ministère « deux-en-un » avec le ministre du commerce : le Ministry of Foreign Affairs and Trade. Rapprochement qui en dit long…