Archives mensuelles : avril 2010

Goodbye the Queen: une République pour la NZ ?

Du fait de son héritage britannique, la Nouvelle-Zélande n’a jamais eu de chef d’Etat néo-zélandais ! Un comble qui n’amuse pas vraiment certains Kiwis qui rêvent même de république…

Le débat n’est pas nouveau mais il résonne de plus en plus fort dans la société néo-zélandaise. Et si Aotearoa devenait une république ? Ancienne colonie du Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande est une monarchie indépendante depuis 1947. Elle possède ses propres institutions et n’a aujourd’hui plus aucun compte à rendre à la mère patrie britannique. Malgré tout, son chef d’Etat se trouve toujours à Londres, à plus de 18 000 kilomètres de la capitale Wellington, et ne possède même pas la nationalité néo-zélandaise…

Reine du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande et de 14 autres Etats, Elisabeth II fêtait son anniversaire la semaine dernière, le 21 avril. Hasard du calendrier, le Parlement néo-zélandais avait choisi ce même jour pour étudier une proposition de loi sur l’avenir de la monarchie. Déposé par le député vert Keith Locke, ce texte intitulé « Head of State Referenda Bill » prévoyait l’organisation d’un référendum où les Néo-Zélandais choisiraient entre le maintien de la monarchie, l’élection du chef d’Etat par le Parlement ou l’élection du chef d’Etat par le peuple. La proposition de loi, soutenue par l’opposition travailliste, les Verts et le parti centriste United Future, a finalement été rejetée en première lecture par 68 voix contre 53.

La Reine peut garder sa fougère - pour l'instant

Tué dans l’œuf, le projet de référendum n’a pas eu le temps d’accéder au rang de débat de société. Avouant n’être pas vraiment intéressé par cette « distraction », le député de la majorité Simon Bridges a affirmé que « la nation a des problèmes bien plus pressants et réels à régler ». Dans le camp monarchiste, le professeur Noel Cox, président de Monarchy New Zealand, s’est félicité du rejet de ce « gaspillage d’argent public ». D’autres voix se sont toutefois élevées pour dénoncer le vote partisan de la majorité. C’est le cas du blogeur David Farrar, pourtant proche du National Party, qui a regretté que « National nous [ait] nié à tous le droit de nous exprimer » lors de ce référendum qui aurait été « un exercice d’une valeur inestimable ».

Malgré le rejet de ce texte, la probabilité d’une république néo-zélandaise reste très élevée. Le premier ministre John Key lui-même estime que ce changement est « inévitable », même s’il n’arrivera pas « tant que je serai là ». Pour tenter d’accélérer le processus, le Republican Movement milite depuis 1994 en faveur d’une république dont le chef d’Etat serait élu démocratiquement. A l’occasion d’un débat organisé à la University of Canterbury il y a quelques semaines, son président Lewis Holden a insisté sur les valeurs bafouées par la monarchie actuelle. « Le système de succession n’est pas méritocratique, car fondé sur la filiation européenne et sur la religion anglicane ». Présent à ce même débat, Keith Locke a également souligné les contradictions du système, notamment en matière de politique étrangère. « Souvenez-vous la guerre en Irak, lorsque la reine, dans son uniforme militaire, est descendue soutenir les soldats britanniques. C’était en contradiction avec son rôle de reine de Nouvelle-Zélande, un pays qui s’était opposé à la guerre ! »

2005. Le Prince William supportant les rugbymen britanniques contre... la Nouvelle-Zélande !

Reste à savoir quand cette (r)évolution arrivera. Du côté monarchiste, on retarde l’échéance sur la base du « if it ain’t broke, don’t fix it » (si ce n’est pas cassé, ne le réparez pas). Lors du débat organisé à la University of Canterbury, le professeur David Round a estimé qu’il ne fallait pas « chercher quelque chose sur lequel se bagarrer », ajoutant qu’une république « n’apporterait pas plus de démocratie et mènerait plus sûrement à une crise constitutionnelle ». Il est vrai qu’une telle réforme aurait bien plus d’effets que simplement gommer la couronne de la tête du chef d’Etat. Elle soulèverait inévitablement des questions sur la place du traité de Waitangi (signé entre les chefs maoris et la Couronne en 1840) dans l’ordre institutionnel néo-zélandais, sur le besoin ou non d’une constitution écrite, sur un tournant ou non vers un système présidentiel… Autant de questions susceptibles de diviser une société toujours pas à l’aise avec sa question maorie et en quête d’identité nationale.

Au sein de l’opinion, les sondages font état d’un soutien croissant en faveur de la république, passé ces 20 dernières années de 17% à 35% (contre une chute de 61% à 51% pour la monarchie). Les principaux défenseurs de la royauté se trouvent parmi les tranches d’âges les plus élevées de la population, révélant un attachement de plus en plus anachronique à la monarchie. Comme l’a souligné le député vert Gareth Hughes, Aotearoa n’a peut-être pas encore terminé sa crise d’adolescence : « la Nouvelle-Zélande avec la reine comme chef d’Etat, c’est comme ce stéréotype de l’adulte qui vit encore chez ses parents ». Pour combien de temps encore ?

Echec et mat ?

→ Pour voir les vidéos de la discussion au Parlement, cliquez ici.

→ Pour écouter le débat sur la république diffusé en 2007 sur Radio New Zealand National, cliquez ici (partie 2, partie 3, partie 4).

→ La question se pose aussi chez les voisins australiens. Plus d’infos sur le site de l’Australian Republican Movement.

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Visite en Australie, ce petit îlot à l’ouest de la NZ

Tiens, des vacances, ça faisait longtemps ! Profitant de cet énième break universitaire, j’ai traversé la mer de Tasmanie pour un road-trip à quatre entre Sydney et Melbourne… Boing !

JOURS 1 ET 2 : SYDNEY

Parce que de ce côté du globe, on n’a pas peur des volcans islandais, les vols Christchurch-Sydney n’ont connu aucune perturbation la semaine dernière. J’ai donc pu passer trois heures et demi contorsionné à bord d’un vol de la compagnie low-cost Jetstar, avec trois amis de fac. Arrivés en fin d’après-midi dans la plus grande ville d’Océanie, nous avons pris un taxi direction le centre-ville, où des amis avaient gentiment accepté de nous héberger. J’ai tout de suite aimé Sydney. C’est une ville imposante (surtout quand on vient de Nouvelle-Zélande !), dominée par de nombreux buildings. C’est aussi une ville de caractère, qui contrairement à Auckland a laissé une place de choix à ses bâtiments du XIXe siècle. Il y a de la vie et du charme dans Sydney, avec des petits airs new-yorkais.

Le principal atout de Sydney réside selon moi dans sa localisation de bord de mer. C’est à cela que la ville doit son succès et sa célébrité. Quel régal ce fut le premier soir de se promener sur Circular Quay, entre le Sydney Harbour Bridge et la Sydney Opera House, entre les gratte-ciel et les bateaux ! Les amoureux s’y asseoient face à la baie, les touristes s’y prennent en photo, les hommes d’affaires y dînent. Il y a un petit côté bling bling dans cet endroit, mais sans trop d’arrogance. L’argent est visible sur les terrasses, mais la no worries attitude australienne est toujours là.

La femme au chapeau (Bondi Beach, Sydney)

En Australie, qui dit bord de mer dit plage, et qui dit plage dit Bondi Beach, le célèbre spot de surf de Sydney. Nous y sommes allés le lendemain matin, et nous n’avons pas été déçus ! Ambiance vacances, grand soleil, surfeurs en action, eau agréable, sable ultra-fin, beaucoup d’espace… Bondi Beach, c’est un peu le Santa Monica de l’hémisphère Sud ; l’équivalent de la série Alerte à Malibu s’y déroule d’ailleurs, sous le nom de Bondi Rescue (avec Pamela en moins et une dimension documentaire en plus). L’après-midi, nous avons embarqué pour une croisière d’un peu plus d’une heure dans Sydney Harbour, l’occasion de voir cette baie et ses monuments sous un autre angle. Joli spectacle, dont quelques photos témoignent sur mon album photo du voyage. Le soir, barbecue et apéro sur le toit de la résidence étudiante, et descente dans le pub voisin pour profiter de Sydney jusqu’au bout !

JOURS 3 ET 4 : PRINCES HIGHWAY

Et le road-trip commence ! Après avoir trouvé un deal d’enfer auprès de l’agence Thrifty Car Rental ($220 AUS, soit 153€ pour cinq jours), nous avons mis le cap au sud en début d’après-midi pour nous rapprocher de Melbourne en longeant la côte. Près de 500 km pour cette première journée de route, avec quelques arrêts du côté de Jervis Bay, réputée pour son sable le plus blanc au monde – c’est le Guinness Book qui le dit, mais c’était moyennement convaincant par temps gris… La nuit tombée, nous nous sommes arrêtés pour faire du camping sauvage sur une aire de repos à Quaama. Dîner aux chandelles (ou plutôt pâtes/sauce tomate/fromage à la lueur des lampes de front) et au dodo, deux dans la tente, deux dans la voiture, à la bonne franquette.

Sur les hauteurs de Lakes Entrance

Réveillés au son des (pas forcément mélodieux) chants des oiseaux locaux, nous sommes repartis on the road again pour notre plus grosse journée des vacances : 800 km sur la même route que la veille, la Princes Highway. Les enceintes de la radio ont alterné le bon et le moins bon, les panneaux de kangourous ont continué à défiler mais les marsupiaux n’ont pas daigné se manifester. Escale dans le joli village de Lakes Entrance pour le déjeuner. Je savais que le coût de la vie était plus élevé en Australie qu’en Nouvelle-Zélande, mais c’était particulièrement flagrant ici : $6 AUS le fish’n’chips, soit 4,20€, soit deux fois plus cher qu’en NZ !  Nous avons traversé Melbourne de nuit et continué vers l’ouest, jusqu’à Anglesea, au début de la Great Ocean Road. C’est là qu’il s’est enfin montré, majestueux, haut d’environ 1,50 m, debout dans un terrain vague entre deux maisons : notre premier kangourou du séjour ! :)

JOURS 5 ET 6 : GREAT OCEAN ROAD + GRAMPIANS NATIONAL PARK

Autant les paysages traversés lors des deux premiers jours de route n’avaient rien d’enthousiasmant, autant la suite s’est révélée riche en jolis points de vue. Ca tombe bien, c’est pour cela que nous avions choisi de venir sur la Great Ocean Road, cette portion de 250 km de route côtière située entre Melbourne et Adelaïde. Egalement surnommée Surfcoast Highway, elle attire de nombreux touristes grâce à ses plages au pied des collines et surtout à ses nombreux lookouts géologiques (London Bridge, Twelve Apostles…). Sa verdure et ses routes en épingle ne sont pas sans rappeler la Nouvelle-Zélande – une différence notable toutefois, la présence de koalas sauvages dans des arbres au bord de la route !

Notre journée s’est terminée un peu comme la veille, sous le signe du kangourou. Alors que nous roulions de nuit à la recherche d’un spot de camping, lancés à environ 80 km/h, un kangourou kamikaze a décidé de traverser la route juste devant nous ! Gros frisson dans la voiture, j’ai dû freiner en urgence, donner un grand coup de volant à gauche pour éviter l’animal puis un autre à droite pour rester sur la chaussée. Nous avons entendu un choc mais vu mon coup de volant je pense que la voiture n’a heurté que la queue du kangourou, qui a dû s’en sortir avec un gros bleu. Quant à nous, plus de peur que de mal, mais il nous a fallu quelques secondes pour nous remettre de nos émotions et reprendre la route… Sacré souvenir !

Coucher de soleil sur les "Twelve Apostles" de Port Campbell

Après un nouveau plat de pâtes/sauce tomate/fromage et une nuit à Peterborough, nous avons continué un peu à l’ouest avant de remonter vers le nord, pour atteindre le Grampians National Park. Situé sur la chaîne des monts Grampians, ce parc est le lieu de vie de nombreux kangourous mais aussi d’échidnés, oppossums et koalas. Halls Gap, la principale ville du parc, est le point de départ vers les sommets et vers de très jolis points de vue sur la vallée, dont les périlleux « Balconies » (voir mon album). La nuit tombant, nous avons repris la route pour commencer à nous rapprocher de Melbourne, installant notre campement sur une aire de repos à Cathcart.

JOURS 7, 8 ET 9 : MELBOURNE

Après une escale dans la « vieille » ville de Ballarat (qui connut son heure de gloire à l’époque de la ruée vers l’or), nous sommes enfin arrivés à Melbourne, dernière étape de notre séjour. A nouveau logés chez des amis, nous avons eu un peu plus de 48h pour découvrir la seconde ville d’Australie, éternelle rivale de Sydney. Malgré une population équivalente (4,5 millions d’habitants pour Sydney et 4 millions pour Melbourne), les deux cities me sont apparues très différentes. Le CBD de Melbourne est moins impressionnant que celui de Sydney. Les bâtiments y sont moins hauts et plus dispersés, avec un air plus provincial (comme c’est le cas de Christchurch par rapport à Auckland). Pour autant, l’ancienne première ville du pays (qui fut même la ville la plus riche du monde dans les années 1880 grâce à son or) trouve son charme ailleurs, dans son côté plus « indie ».

Flinders Street, Melbourne

Melbourne abrite des musées de très haut niveau. Le Melbourne Museum propose notamment deux formidables sections sur les populations aborigènes et sur l’histoire de la ville, tandis que le Australian Center for the Moving Image, situé dans les bâtiments futuristes de Federation Square, propose une plongée ludique et historique dans le monde du jeu vidéo, du cinéma et de la télévision. La visite de l’Old Melbourne Gaol, l’ancienne prison de Melbourne, est également un must-do, comprenant une insolite simulation de garde à vue dans les anciens locaux de la police.

Renforçant ce côté indie, des petites ruelles grouillent de commerces tandis que d’autres sont le terrain de jeu de talentueux graffeurs. Un tramway et des kiosques à journaux donnent des airs assez européens au centre-ville, une impression que l’on retrouve aussi dans le quartier de la plage de Saint Kilda, qui regorge de petits bars et de pâtisseries alléchantes. Loin du cliché de Bondi Beach, la mer y est plate et plutôt occupée par des méduses que par des surfeurs. Des pingouins sont visibles le soir au bout de la jetée, avec une jolie vue sur le CBD. It was nice to see you, Melbie.

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→ Ainsi s’est achevé ce voyage sur la côte sud-est de l’Australie. Nous n’aurons vu qu’une petite partie de cet immense pays, qui propose des paysages complètement différents dans l’ouest, le centre, le nord et même sur la Gold Coast à l’est. Un grand merci à Nasser, Elodie, Benoît et Ben pour nous avoir hébérgés à Sydney et à Melbourne et pour nous avoir si bien fait découvrir leurs villes adoptives !

→Mon album photo, composé de 69 images, est disponible en mode galerie en cliquant ici et en mode diaporama en cliquant là.

→Pour en savoir plus, je vous invite à vous plonger dans l’excellente blogosphère des étudiants de Sciences Po en Australie, probablement la meilleure de la promo (voir mes liens dans la colonne de droite). Mentions spéciales à Florian (Sydney) pour son blog aussi drôle qu’instructif, à Guillaume (Sydney) pour ses posts quotidiens et ses récits autour du monde et à Monelle (Brisbane) pour sa plume et sa capacité à entraîner le lecteur dans ses voyages…

Interlude musical : « Tangaroa », par Tiki Taane

Musique maorie ce week-end sur Le Pari Kiwi, quelques heures avant mon départ pour dix jours en Australie. Découvrez Tiki Taane et son ode envoûtante au dieu de la mer, Tangaroa…

C’est l’un des plus grands succès de l’histoire musicale néo-zélandaise. Issu du premier album de Tiki Taane, Past Present Future, « Tangaroa » est un morceau unique en son genre, sorte de génial combo entre traditions orales maories et technologies musicales du XXIe siècle. L’électro « drum and bass » rencontre le kapa haka et donne une nouvelle dimension à l’art maori, faisant entrer ce dernier dans le millénaire sans pour autant atténuer sa puissance spirituelle. Regardez ce magnifique clip et on en reparle après…

Puissant, non ? Je tenais vraiment à vous faire découvrir ce morceau. Non seulement parce qu’il est intéressant musicalement, mais aussi car il est un précieux message culturel. « Tangaroa » témoigne de son temps, des tensions entre le passé et le futur, particulièrement pour les populations maories. On y voit cet homme sur la plage, face à la mer par où sont arrivés ses ancêtres. Le décor est sombre et la musique surgit petit à petit des profondeurs, alors que les vagues invitent l’homme à un retour aux sources. Une femme âgée apparaît, avec son moko (tatouage au menton). Ils partagent un hongi (salutation avec le nez et le front) puis l’homme est transporté dans un combat entre haka et flashs urbains. La tradition maorie semble finalement l’emporter sur la drogue, et le clip se conclut par une mise en garde contre l’ignorance et une invitation à la vigilance.

Ce titre a une forte valeur autobiographique. Ancien leader de la formation Salmonella Dub, Tiki Taane était déjà un musicien confirmé au moment de la sortie de son premier album solo en 2007. Mais il était aussi un homme tourmenté par la drogue et l’alcool, comme tant d’autres Maoris. C’est par la musique et un retour à ses origines qu’il s’en est sorti. Je suis tombé sur deux interviews très intéressantes où il explique cette transformation, je vous invite vivement à les lire (cliquez ici et ). Il y parle également de sa vision de cet album :

My album contains musical content from myself, my father and my grandmother. That’s three generations, when I’m dead and gone and my descendants are listening to it, we’ll all be there shining guidance and light on them. (…) Traditionally Maori record history through Moko, carving and Waiata. I’m trying to live more in the present and update one of our traditions, this is my contribution.

Ainsi que de la naissance du morceau « Tangaroa » :

I wanted to make something that was challenging and progressive, yet at the same time united the past and the future as one. I clocked a Haka recording and discovered the speed was about 110 bpm, which is a great tempo for writing dancehall at. I threw in some tribal elements and came up with a rhythm that was very powerful even without the haka on top, so when my father laid one down, it just took it to a whole other level.

La version live de ce morceau vaut le coup d’être vue….

A noter que sur ce même album figure le single le plus vendu de tous les temps en Nouvelle-Zélande, « Always on my mind »…

Qu’en pensez-vous ?

Sébastien, un touriste professionnel chez les Kiwis

C’est un métier qui fait rêver : enquêteur de guide de voyage. Pendant quatre mois, Sébastien Duval a endossé ce costume pour le guide des Frogs in NZ. Entretien avec un voyageur gâté.

C’est ce qui s’appelle joindre l’utile à l’agréable. De septembre à décembre 2009, Sébastien Duval a fait partie de la petite équipe des Frogs in NZ chargée de sillonner la Nouvelle-Zélande à la recherche des meilleures adresses du pays. Durant ces quatre mois, le jeune diplômé en journalisme s’est ainsi offert des vacances rémunérées dans le nord-est de l’Île du Nord (Northland, Rotorua, Bay of Plenty, East Cape, Gisborne, Hawkes Bay, Urewera National Park, Tongariro National Park, Taupo) et le nord de l’Île du Sud (Marlborough Sounds, Nelson, Abel Tasman, Golden Bay).

Des vacances, vraiment ?

Sébastien : « Le plus difficile dans ce boulot est justement de se mettre en tête qu’on ne fait pas du tourisme. On évolue dans un univers où tout le monde autour de soi est en vacances et ce n’est pas toujours évident de se mettre à l’écriture en soirée, alors que les autres clients de l’auberge de jeunesse vont boire un verre. Un de mes collègues a même abandonné au bout de quelques semaines, ce qui m’a permis d’aller bosser un peu sur l’Île du Sud. »

En quoi consistaient tes journées ?

« La priorité était de retourner voir tous les établissements et activités cités dans la première édition du guide pour savoir s’ils existaient toujours, changer les prix (dans 99% des cas), les menus… On devait également juger s’ils méritaient ou pas de rester dans le guide et bien sûr trouver des nouvelles adresses et bons plans. J’ai énormément marché au bouche à oreille, en parlant avec les locaux. Je demandais à chaque fois dans les logements quels étaient leurs bars et restos préférés et dans les restos et bars les logements qu’ils me recommandaient. En recoupant les témoignages, j’arrivais généralement à avoir de bons résultats avec les noms qui revenaient régulièrement. »

Tongariro Crossing

J’imagine que tu es tombé sur des adresses peu attrayantes…

« Oui, j’ai vu quelques logements bien « trash ». Tu rentres dedans, ça sent le renfermé à plein nez et tu te dis : c’est bon, pas besoin d’aller plus loin. Mais tu es obligé de faire bonne figure devant la patron qui te fait la visite… »

As-tu pu en profiter pour tester des activités ?

« Oui, car les opérateurs te proposent souvent d’essayer leur activité. J’ai accepté quelques offres (saut en parachute et à l’élastique notamment) mais aussi refusé beaucoup, souvent par manque de temps. De toute façon, la politique des Frogs en la matière était « on peut faire le descriptif d’une activité sans forcément la tester personnellement ». Je crois que c’était surtout pour éviter de recenser d’office tous les gars qui te proposent un truc, comme si la gratuité impliquait un contrat moral pour une notification dans le guide. J’ai d’ailleurs toujours payé mes repas dans les cafés et restaurants. »

Saut à l'élastique à Taupo

Quel est ton meilleur souvenir ?

« C’est sûrement cette soirée passée avec une famille maorie de Te Kaha, sur le East Cape. Je me baladais dans l’après-midi et j’ai vu beaucoup d’agitation autour du marae (lieu sacré maori, ndlr). Il y avait une compétition de haka que j’ai voulu aller voir. J’ai commencé à parler avec les gens qui y assistaient et l’un d’eux m’a invité à venir manger à la maison le soir. C’était génial : de la langouste fraîchement pêchée et de la bière à volonté jusqu’à 5 heures du matin en attendant le lever du soleil au large. Magique. Ca vaut vraiment tous les spectacles maoris de Rotorua, qui sont une abomination et qui donnent l’impression d’être au zoo. »

Et le pire ?

« Justement, le pire souvenir, c’est ma première semaine de mission à Rotorua. Je débarquais tout juste en NZ, encore un peu jet-lagged, dans une ville qui sent le souffre à plein nez. Il faisait gris et froid et je ne savais pas très bien où j’allais ni ce que je faisais là, dans une ville ultra touristique (donc beaucoup de travail pour le guide). Mais ça a eu le mérite de me mettre dans le bain d’entrée, rendant les choses beaucoup plus faciles derrière, une fois les automatismes de travail assimilés. »

Saut en parachute au dessus de Taupo

Ton spot préféré ?

« East Cape, sans hésiter, le long de la SH35 entre Opotiki et Gisborne. C’est une région qui est encore à l’écart du circuit touristique traditionnel, avec une forte communauté maorie. Le paysage côtier y est splendide, mais il y a surtout une atmosphère quasi mystique qui se dégage de l’endroit, avec beaucoup de maraes, de légendes et ces terrains de rugby de campagne où on met les chèvres en été pour entretenir la pelouse. Mais globalement j’en ai pris plein les mirettes pendant quatre mois. Randonner dans le parc du Tongariro m’a bien plu, les plages d’Abel Tasman, les communautés hippies de Golden Bay, les vignobles d’Hawkes Bay, le surf à Gisborne le jour de mon anniversaire en octobre… »

Selon toi, que doit-on savoir en lisant un guide de voyage ?

« Il y a une grosse limite à ces guides : il est physiquement impossible pour les enquêteurs de tester l’ensemble des entrées du bouquin. Ca prendrait plusieurs années et coûterait beaucoup d’argent de dormir dans chacun des motels ou backpackers mentionnés, de manger un repas complet dans chaque restaurant ou café ou d’essayer chaque sortie en quad ou rafting. C’est donc parfois très superficiel : tu cognes à la porte, on te fait faire le tour du propriétaire et tu dois prendre ta décision en une poignée de minutes, sans vraiment rentrer dans les détails. »

Wwoofing sous le soleil de Gisborne

Quel bilan tires-tu de cette aventure ?

« C’est une expérience extrêmement positive, j’ai eu la chance d’être payé pour faire ce pour quoi beaucoup payent une fortune. J’ai fait des choses que je ne referais sans doute jamais et rencontré un nombre incroyable de personnes pendant mon voyage. Mais ce n’est pas un métier dont je ferais un temps plein, le journalisme est plus épanouissant. »

Depuis la fin de son aventure chez les Frogs in NZ, Sébastien s’est essayé à la vie nomade néo-zélandaise. Quelques semaines dans une ferme près de Gisborne, à découvrir les joies du wwoofing et de la chasse nocturne à l’oppossum, puis trois mois à Wellington, le temps de signer quelques piges pour Le 10 Sport – dont une interview de Dan Carter parue ce vendredi. Une installation définitive en Nouvelle-Zélande n’est pas à l’ordre du jour, mais le jeune homme n’exclut pas d’y vivre encore quelques aventures. Et pourquoi pas pour un guide de voyage sur l’Île du Sud…

Merci à Sébastien Duval pour sa disponibilité (et son flair en matière de pubs :p).