News Zealand: revue de presse de la semaine

Sur quoi les médias néo-zélandais ont-ils fait leurs gros titres cette semaine ? Plongez dans le monde de l’info kiwi et découvrez les forces et faiblesses de ce quatrième pouvoir boiteux…

L’affaire n’a été révélée qu’en fin de semaine mais les médias en ont vite fait leurs choux gras : la Nouvelle-Zélande tient son « Bernard Madoff ». Stephen Versalko, 51 ans, vient d’être condamné à six ans de prison pour avoir détourné 17,8 millions de dollars pendant neuf ans au détriment de ses clients de la banque ASB. Soit la plus grande escroquerie jamais réalisée par un employé en Nouvelle-Zélande. Ce n’est pas tout. Parmi les différents plaisirs que Stephen Versalko s’est offert avec ce butin, 3,4 millions de dollars ont été consacrés aux services de deux prostituées. Et c’est là que les médias se sont visiblement régalés… Le principal quotidien du pays, The New Zealand Herald, a ainsi consacré l’essentiel de sa une de vendredi à l’affaire, titrant : « Du vin, des femmes et… la prison ».

Encore plus croustillant, TV3 a lancé son journal d’hier soir (18h) avec cette question : « Qu’a donc bien pu obtenir Stephen Versalko pour 3,4 millions de dollars de la part de ses prostituées ? » Pour y répondre, les journalistes du deuxième JT de Nouvelle-Zélande sont allés à la rencontre du Prostitutes’ Collective, qui a expliqué qu’il arrive que certains clients tombent amoureux de leur escort girl et se mettent à lui acheter une maison ou à lui offrir des voyages. En l’occurence, le « Madoff » néo-zélandais est parti en voyage d’affaires à Dubaï avec une de ses deux onéreuses amantes, dans l’un des hôtels les plus luxueux du monde, le Burj Al Arab.

Du côté de la (maigre) blogosphère néo-zélandaise, on a plutôt répondu à la question en sortant la calculette. Même le très bon David Farrar, auteur du blog le plus influent de Nouvelle-Zélande et proche du National Party (droite), n’a pas résisté à la tentation. Après avoir noté que « Madoff a enfin fait quelque chose de bien » (l’affaire a été découverte après qu’une des victimes ait vu un reportage sur l’escroc américain), il s’est amusé à calculer le nombre de passes possibles avec une telle somme. Il est arrivé à un total de 17 700, soit cinq passes par jour pendant dix ans – ou « deux plans à trois par jour et vous gardez la monnaie ».

Dans son édition de ce dimanche, le Herald rencontre la femme de Stephen Versalko. Vous avez dit tabloïd ?

En début de semaine, la star des médias ne s’appelait pas Stephen, mais Tomas – du nom du cyclone qui a dévasté une partie des îles Fidji lundi et mardi. D’ordinaire, l’actualité régionale et internationale est reléguée à la fin des journaux néo-zélandais. Or ici les trois plus grands quotidiens du pays, The New Zealand Herald (Auckland), The Dominion Post (Wellington) et The Press (Christchurch) ont traité de cette tempête en une, tandis que TV One (chaîne publique commerciale) et TV3 (chaîne privée) ouvraient aussi leurs JTs du soir avec des images du cyclone. Tout en sachant très bien que la NZ n’était pas menacée. Plusieurs explications à ce traitement de faveur…

La Nouvelle-Zélande entretient des liens très proches avec les pays du Pacifique, particulièrement dans la zone polynésienne – ce qui explique que le cyclone Ului, qui a touché les îles Salomon (zone mélanésienne), ait été nettement moins couvert que Tomas. Il existe en Nouvelle-Zélande une communauté fidjienne en forte croissance, forcément concernée par les événements sur place, et les Fidji sont une des destinations touristiques préférées des Néo-Zélandais – près de 500 d’entre eux s’y trouvaient au moment du cyclone. Enfin, le fait qu’il s’agisse d’une catastrophe naturelle, synonyme d’images impressionnantes et s’inscrivant dans une succession récente de tempêtes, de tsunamis et de séismes, a sans doute contribué à hisser cet événement à la une des médias.

J’en profite au passage pour vous signaler une des faiblesses des journaux néo-zélandais : la domination des groupes australiens Fairfax et ANM, qui possèdent les trois principaux quotidiens du pays (entre autres) et réalisent 91% des ventes de journaux. Les implications sont nombreuses et parfois très visibles. Ainsi, mardi, le papier de une du Dominion Post consacré aux cyclones faisait aussi la une de… The Press, avec en guise de signature « Fairfax agencies ». Idem lundi, en sens inverse, où le papier de une de The Press s’affichait à la une du Dom Post. Pas terrible en matière de pluralité des médias, surtout que la télé et la radio ne font guère mieux…

La concentration des médias en NZ, par Bill Rosenberg

La concentration des médias en NZ, par Bill Rosenberg

Une histoire d’escroquerie et de prostituées, une autre de catastrophe naturelle… les médias néo-zélandais aiment verser dans le sensationnel. D’autres exemples sont venus le confirmer à la une cette semaine, notamment en matière de crime et de fait divers. Lundi, on apprenait que le plus jeune délinquant sexuel de 2009 en NZ était âgé de 5 ans. Mardi, les témoins d’un accident de la circulation, présentés comme des « héros ayant sauvé des enfants du crash », expliquaient ce qu’ils avaient vu sur les lieux du drame. Jeudi, c’est un père poignardé lors d’un cambriolage qui racontait comment il a senti « le sang couler le long de son dos ». Bref, des histoires et surtout des titres vendeurs.

Heureusement, tout n’est pas noir, et quelques sujets plus profonds ont eu les honneurs de la une cette semaine. Je pourrais vous parler des suppressions de postes dans le secteur public, du dossier de l’Internet haut-débit dans les campagnes, du problème de la pollution des rivières, des plans gouvernementaux en matière d’exploitation minière ou encore du remplacement du Foreshore and Seabed Act. Je vais plutôt me concentrer sur « la » polémique de la semaine : l’affaire judiciaire de la base d’espionnage de Waihopai.

Les faits : en 2008, trois militants pacifistes se sont introduits sur la base néo-zélandaise de Waihopai et ont percé un dôme gonflable dissimulant un récepteur satellite. Leur action a temporairement empêché le fonctionnement de la base. La polémique : les trois militants, qui reconnaissaient les faits mais plaidaient non coupables, ont été acquittés cette semaine par le jury de la Wellington District Court. Leur stratégie de défense, déjà utilisée dans d’autres pays et connue sous le nom de « greater good defense », s’est révélée payante. En quoi consistait-elle ? Il s’agissait d’expliquer que les faits avaient été commis de bonne foi et sans avoir conscience de leur illégalité. Ainsi, les trois militants pensaient-ils bien faire, en  vertu des principes de nécessité et d’assistance à personnes en danger (en l’occurence, les populations civiles victimes des opérations militaires liées au satellite). Ou pour reprendre la métaphore de l’un des prévenus : « vous pouvez entrer dans une maison en feu pour sauver des enfants, c’est-à-dire endommager une propriété pour sauver des vies – c’est ce que nous avons fait ». Je vous laisse imaginer la polémique qui s’en est suivie, surtout qu’en Nouvelle-Zélande aussi, nul n’est censé ignorer la loi…

"Ils ont fait ça mais ils ne sont pas coupables"

Voilà pour ce tour d’horizon de l’actualité de la semaine et du monde des médias en Nouvelle-Zélande. Désolé si c’était un peu brouillon, à mi-chemin entre revue de presse et essai polémique. Au moins j’aurai tenté… J’attends vos impressions.

3 réponses à “News Zealand: revue de presse de la semaine

  1. Coucou Yann ! ça fait du bien de te lire. Tes articles sont toujours aussi fluides, entraînants et passionnants. Au fait, j’ai bien aimé le récit de tes péripéties thaïlandaises. A bientôt, Vaiana. Des Nouvelles de Tahiti au cas où tu m’aurais oubliée entre-temps… lol

  2. Bonjour Les Nouvelles de Tahiti ! Ici les Nouvelles de Calédonie :) Même constat en ce qui concerne les articles de Yann. Et j’ajoute qu’à ton don pour la presse écrite, tu pourrais aussi bien faire de la radio vu le ton très vivant de cette revue de presse.

  3. « La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c’est pourtant la plus grande de nos misères. »
    Blaise Pascal
    Pensées

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