Thaïlande : Mes tribulations nordiques

Quittant le bouillonnement de Bangkok, j’ai mis le cap sur le nord. Trois jours pour découvrir Ayutthaya, l’ancienne capitale siam, et Chiang Mai, la deuxième ville du pays.

JOUR 1 : AYUTTHAYA

Départ en train de Bangkok à 9h15, en retard. Assise à côté de moi, une Thaïlandaise d’une cinquantaine d’années, partant voir sa famille dans le nord. Elle commence à me parler. Son anglais est limité mais nous arrivons malgré tout à échanger : outre les questions usuelles pour faire connaissance, elle me donne des conseils de prononciation du thaï, je lui montre mes photos de voyage et elle me montre des images de sa famille – surtout de sa fille, étudiante à Londres, qu’elle aimerait bien que j’épouse…

Arrivé à Ayutthaya, je me fraye un passage entre les conducteurs de tuk-tuks venus à la pêche au client (tuk tuk! tuk tuk! where you go?) et j’entreprends de me rendre à pied dans le centre-ville. Il fait chaud, mon sac est chargé, mais c’est en marchant qu’on découvre le mieux une ville. Ayutthaya, capitale du royaume éponyme entre 1350 et 1767, mélange l’ancien et le moderne. Ses principaux points d’intérêt sont situés dans le parc historique qui couvre un bon tiers du centre-ville. Les temples ne manquent pas et le changement par rapport à Bangkok est notable : ici, quasiment pas de dorures, propres à la période moderne, mais de la brique et des ruines, dans un style proche des temples d’Angkor au Cambodge.

Une journée suffit amplement à visiter Ayutthaya, dont le centre est délimité par une rivière servant de douves naturelles. Je profite de mon temps libre en fin d’après-midi pour déambuler dans le marché, où je suis peut-être le seul à souffrir de l’odeur pestilentielle, comme dans les marchés de Bangkok. Arrivé en avance à la gare, je me trouve un banc près d’un ventilateur (ahhhh, bonheur !) et, à 18h, comme tous les jours dans les lieux publics, l’hymne national retentit. Chacun suspend ses activités pour se lever et écouter la mélodie religieusement – un instant vraiment impressionnant ! Mon train pour Chiang Mai finit par arriver, en retard, et je passe la soirée à jouer aux cartes avec un couple de joyeux retraités australiens, Frances et Charly.

Lit suspendu à Ayutthaya

JOUR 2 : CHIANG MAI

Après une nuit meilleure que prévue dans les couchettes de la State Railway of Thailand, me voilà à Chiang Mai, parti pour 34 heures dans la deuxième ville du pays. Mon projet est de passer la première journée à découvrir la ville elle-même et de consacrer la seconde à une virée dans la campagne thaïlandaise. Malheureusement, du fait de mon arrivée relativement tardive à Chiang Mai et de mon départ à 16h30 le lendemain, il faut que je fasse une croix sur les sorties à la journée proposées par les innombrables sociétés touristiques de la région. Je passerai donc deux jours à Chiang Mai, ce qui me permettra de prendre mon temps dans l’exploration de la ville…

Pour découvrir le centre, je me lance dans une balade suggérée par le guide Lonely Planet, permettant de découvrir quelques uns des principaux temples de Chiang Mai en deux ou trois heures. J’y passerai finalement la journée, m’accordant la liberté de détours ou d’arrêts non programmés, soit la garantie d’une certaine dose d’insolite. Jugez en par vous même sur cette vidéo…

Un temple, puis un autre, puis un autre… et soudain la prison pour femmes de Chiang Mai. Je ne suis pas un expert du système carcéral thaïlandais mais la notion de réinsertion y est visiblement à l’honneur : en face du bâtiment de détention, un « Prison Product Shop ». On peut y acheter des broderies réalisées par des femmes détenues, à qui les bénéfices seront remis à leur sortie de prison. On peut même se faire prodiguer des massages thaï ou des foot massages par des détenues, formées durant leur détention et ensuite embauchées en centre-ville par le salon Lila Thaï Massage, créé par la directrice de la prison en 2001. Je suis allé tester ce salon en fin de journée et je ne peux que vous le recommander ! :) Autre initiative à saluer : un café-restaurant tenu par des détenues vous régale tous les jours de 8h30 à 16h, en terrasse ou à l’intérieur. Comme l’indique l’affiche, “Food and service of Chuan Chom Restaurant are part of vocational training programmes of Chiang Mai Women Correctional Institution”.

Et pour finir, le “Monk Chat”, ou comment je suis devenu ami Facebook avec un moine thaïlandais ! Le Monk Chat est une activité proposée sur une terrasse entre le temple Wat Chedi Laung et la Lanna Buddhist University. Les touristes ont la possibilité d’aller y discuter avec des moines, dans un échange permettant à ces derniers d’améliorer leur anglais. J’y passe deux ou trois heures, rencontrant quatre « orange men ». Deux d’entre eux sont des novices (moins de 20 ans), les deux autres sont de véritables moines, et tous portent la fameuse toge orangée. Et tous sont de ma génération. Yod me parle de sa passion pour le foot et pour le club londonien d’Arsenal, « avec les Français Gallas, Sylvestre, et aussi Clichy, que j’adore ». Une passion pourtant difficilement compatible avec le statut de novice, qui interdit à Yod la pratique du sport. Mais rien n’y fait, ça bout en lui, et parfois il craque, partant taper dans la balle – de tennis, pour rester discret. « Mais après m’être défoulé, quand je pars méditer, je sais que j’ai enfreint la règle et je ne suis pas au clair avec moi-même », me confie-t-il, déchiré entre religion et passion.

Et il y a Tawatchai, 23 ans, dont le rire me rappelle celui d’un ami malaisien de Christchurch. Tawatchai rigole beaucoup, et il aime surtout quand je me mets à caricaturer l’accent frrrrrenchy. Chaque matin, comme tout le monde au temple, il parcourt les rues de Chiang Mai, où les habitants lui offrent de la nourriture. Le reste de sa journée est consacrée aux études, à la méditation et au Monk Chat. Son avenir ? Il n’en sait rien ; peut-être une vie de moine, ou peut-être le retour à la vie normale, comme la plupart des moines après l’université. En attendant, il m’offre son bracelet (« for meditation »), m’invite à boire un smoothie dans un café voisin et prends mon nom pour m’ajouter sur Facebook. Quelle journée !

Add a monk as a friend

JOUR 3 : CHIANG MAI

Remis de toutes ces émotions après une nuit d’hôtel (8€ la chambre en-suite), je retourne déambuler dans la ville, sans grande idée de mon programme de la journée. Heureusement, le hasard fait bien les choses : ce dimanche marque l’ouverture du 34e festival de la fleur de Chiang Mai, avec un grand défilé le long de la rivière Mae Ping. Le ciel bleu est en rendez-vous, les touristes se mêlent aux locaux sur les trottoirs et les photographes s’en donnent à cœur joie. Le cortège est aussi long que magnifique. Des Thaïlandais de tous âges remontent la grande rue du centre-ville, habillés en costumes traditionnels, jouant de la musique ou montés sur de grandioses chars fleuris. Je vous laisse découvrir cette belle fête et tous ces sourires dans mon album photo en fin d’article.

En début d’après-midi, je décide de filer au zoo de Chiang Mai. Je ne suis pas un grand fan des zoos mais il paraît que celui-ci permet de voir des pandas, ce qui me tente bien. Et, surtout, ce zoo se trouve à la sortie de la ville, quasiment dans la jungle, soit l’occasion de voir autre chose que la Thaïlande urbaine. Finalement, je ne garderai pas un grand souvenir de cette excursion. Ce zoo se parcourt en navette, sur des routes goudronnées, ce qui enlève toute impression de randonnée dans la nature. Mais les pandas étaient bien là…

L’heure du départ approche et la gare se trouve à l’autre bout de la ville, à 10 km. Je négocie le trajet en tuk-tuk pour 100 bahts (2€). Dernières images de la ville et je monte dans le train, qui mettra quinze heures à rejoindre Bangkok. Suffisamment de temps pour se remettre les idées en place, après un week-end « bref et intense », comme on dit.

PHOTOS : Pour accéder à mon album Flickr, cliquez ici. Vous pourrez regarder les photos une par une ou sélectionner l’option « Diaporama », en haut à droite. Vos commentaires sont les bienvenus !

3 réponses à “Thaïlande : Mes tribulations nordiques

  1. Salut!
    Merci pour la fabuleuse visite et les superbes images.
    Amitiés
    Elisa, Argentine

  2. Sympa la vidéo de régulation du trafic ;)
    Sacrée file d’attente, tu t’es amusé à tous les regarder passer ?

  3. Merci à toutes les deux pour vos messages !

    Pour répondre à ta question Mag, j’ai effectivement passé pas mal de temps à les regarder, profitant de ne pas avoir d’impératif de timing. On sentait qu’ils prenaient très au sérieux leur rôle, mais c’était aussi amusant de les voir jouer et traîner dans la rue après, en attendant que les derniers passent. Certains m’ont même salué, en anglais et en thaï ! Reste quand même pas mal de mystère autour de cet exercice, qui visiblement intriguait aussi les passants…

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