Lettres de Nouvelle-Calédonie : mon abécédaire

Après un mois passé sur le Caillou, voici un compte-rendu de mon expérience calédonienne. Des choses vues, lues, entendues, vérifiées (ou pas) et résumées (ou pas) en 26 lettres.

A comme Aridité. C’est la première chose qui m’ait marquée à mon arrivée : la Nouvelle-Calédonie (en tout cas sa côte ouest) est un pays sec, où la végétation est loin d’être aussi dense qu’à Tahiti. Avec sa terre rouge et ses paysages de savane, on se croirait en Australie, voire en Afrique.

B comme Brousse. En Calédonie, on ne parle pas de campagne, mais de brousse.

C comme Cricket. Idée sujet pour L’Equipe Mag : alors que le cricket est à peu près aussi pratiqué en Métropole que le curling sur Mars, ce sport déchaîne depuis longtemps les passions en Nouvelle-Calédonie, en particulier chez les femmes. Ces dernières le pratiquent en tenue traditionnelle (robe mission), avec des battes taillées à la main et des balles fabriquées à partir de la sève d’un des arbres les plus emblématiques du territoire : le banian. Importé par les missionnaires anglais, c’est devenu un sport traditionnel en Calédonie, avec des règles différant du cricket du Commonwealth.

Match de cricket en Province Sud

D comme Diversité. La population calédonienne a beau vivre sur une île, elle n’en est pas moins hétérogène : outre les indigènes Kanaks, qui comptent pour près de la moitié des 250 000 habitants de l’archipel, on trouve des Caldoches (descendants d’anciens bagnards ou de colons libres européens), des Polynésiens du Sud (essentiellement de Wallis et Futuna), des Tahitiens,  des Indonésiens, des Vietnamiens, des Chinois et bien sûr des Métropolitains. Diversité linguistique également, car on compte 28 langues Kanaks différentes !

E comme Economie. La Nouvelle-Calédonie possède l’une des économies les plus fortes de l’outre-mer français. J’avais déjà pu m’en rendre compte quand j’étais à Tahiti, où la Calédonie est regardée à la fois avec respect et jalousie. Principal raison de ce succès : le nickel, dont l’archipel possède un quart des réserves mondiales connues. Plus grosse société locale, la Société Le Nickel (SLN) est le premier employeur privé sur le territoire, avec 2 400 salariés. Une aubaine pour le gouvernement calédonien, qui peut se vanter d’un taux de chômage particulièrement faible depuis quelques années (environ 5% en 2008).

F comme Football. La personnalité calédonienne la plus connue est un ancien footballeur, champion du monde en 1998 et d’Europe en 2000 : Christian Karembeu, alias « le cheval fou ».

Son troisième trophée est slovaque.

G comme Grande Terre. La Nouvelle-Calédonie est composée d’une île principale, appelée la Grande Terre.

H comme Harmonica. C’est l’un des instruments principaux de la musique calédonienne. On le retrouve notamment dans le kaneka, un courant qui se situe au confluent du reggae et du blues.

I comme Île des Pins. C’est l’un des joyaux de la Nouvelle-Calédonie, où j’ai eu la chance de me rendre en reportage pour mon dernier week-end sur le territoire. Située à deux heures de ferry de Nouméa, on y trouve des plages magnifiques, une piscine naturelle, des forêts de pins, des fonds marins impressionnants… A la fin du XIXe siècle, transformée en bagne, la moité ouest de l’Île des Pins a accueilli 3 000 déportés de la Commune de Paris ainsi que des condamnés de la révolte kabyle de 1871. Plus récemment, ce sont les participants à la saison 5 du jeu télévisé « Koh Lanta » qui ont investi les lieux.

Coucher de soleil sur l'île des Pins

J comme Japonais. Visiblement, avant de se frotter à Paris, les touristes japonais viennent s’entraîner en Nouvelle-Calédonie. Dans les rues de Nouméa, on les retrouve beaucoup en couple, âgés d’une vingtaine d’années, pour ce qui est probablement leur premier voyage à deux. Munis de leur inévitable appareil photo, ils détonent par leur style vestimentaire et leurs protections contre le soleil. J’ai également croisé des groupes de jeunes Japonaises au phare Amédée et sur l’île des Pins, visiblement pas refroidies par un drame survenu en 2002, où une Japonaise avait été retrouvée mutilée et en partie carbonisée sur le rocher sacré de Kanuméra.

K comme Kanaks. C’est le nom des autochtones calédoniens. Leur habitat traditionnel, en tribu, est situé à l’écart des axes principaux et on y accède en empruntant des chemins de piste nécessitant parfois un 4×4. Sur ces pistes ou sur les îles, tout le monde se salue, souvent en sortant la main par la vitre et en levant le pouce – une pratique très agréable qui donne une bonne idée de l’accueil en tribu. Un nombre grandissant de Kanaks vit à Nouméa (environ un sur quatre aujourd’hui), adoptant un style de vie à l’occidentale qui n’est pas sans effet sur la vie dans les tribus et la force du lien communautaire. Se souvenir enfin qu’il y a moins d’un siècle, à l’Exposition coloniale de Paris de 1931, on exposait des Kanaks en cage, comme des « animaux sauvages ».

L comme Loyauté. Avec la Province Nord et la Province Sud, la Province des îles Loyauté est l’une des trois collectivités administratives de la Nouvelle-Calédonie. Elle regroupe les quatre îles situées à l’est de la Grande Terre : Maré, Tiga, Lifou et Ouvéa.

Les provinces de Calédonie

M comme Mortalité routière. Tous les lundis, en ouvrant le journal, le constat est le même : « la route a encore tué ce week-end en Calédonie ». Aux problèmes d’alcool, de vitesse et d’absence de permis de conduire connus en Métropole, s’ajoutent deux phénomènes plus spécifiques à l’outre-mer : la vétusté du parc automobile, due à l’insularité de la Calédonie et par conséquent à son marché de l’occasion très développé, et le problème des passagers dans les bennes des pick-ups, une pratique interdite depuis 2007 mais encore très fréquente en Brousse. A noter également qu’en Calédonie le contrôle technique n’est obligatoire que lors de la vente d’un véhicule de plus de cinq ans et que le permis à points n’existe pas.

N comme Nouméa. Située sur une presqu’île, c’est la capitale de la Nouvelle-Calédonie, où vit près de la moitié de la population. Elle ne ressemble en rien à Papeete, en Polynésie française : les rues sont larges et aérées, des panneaux indiquent le nom des rues, les transports en commun sont (bien) organisés, le front de mer s’étend sur plusieurs kilomètres avec des plages, des clubs nautiques, des promenades, des restaurants, des discothèques… bref, on se croirait en Métropole ! La majorité des habitants y est d’ailleurs d’origine européenne, contrairement au reste du territoire.

O comme Océanie. Tout comme la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie fait partie du continent océanien. Selon une classification proposée en 1831 par l’explorateur Jules Dumont d’Urville, l’Océanie est divisée en trois grandes régions : la Polynésie (« les nombreuses îles »), la Mélanésie (« les îles noires », comprenant la Nouvelle-Calédonie) et la Micronésie (« les petites îles »). Au niveau de la culture indigène, des points communs existent entre ces différentes régions. Et au rayon économique, du fait de la proximité avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on retrouve de nombreux produits importés dans les magasins calédoniens, notamment les fameux biscuits TimTam.

Découpage, à la hâche, de l'Océanie

P comme Poya. C’est le nom d’une commune située sur la côte ouest, à 220 km au nord de Nouméa. J’y ai passé un week-end, à 20 km de route et de piste du village, dans le cadre d’un reportage au sein de la tribu de Nétéa. Mon hôte d’un soir : Reine Pourudeu, qui a décidé de se lancer dans le tourisme chez l’habitant, de plus en plus proposé dans les tribus. Une immersion très intéressante dans ce mode de vie traditionnel, au plus proche de la nature, marqué par une auto-suffisance alimentaire. La végétation est prolifique, donnant des mangues, des papayes, des ananas, des pommes lianes, des taros, des ignames, du manioc, des salades, des tomates, du maïs ; les cerfs et cochons sauvages sont chassés en forêt, et les crevettes pêchées en rivière. J’ai longuement discuté avec son neveu Patrick, qui voit la Calédonie comme un poisson, dont la chaîne de montagne centrale serait la colonne vertébrale, les rivières les veines et la terre la chair.

Q comme Quotas. Vous aimez la politique des quotas ? Vous aimerez sans doute la loi sur l’emploi local, récemment votée par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Grosso modo, il s’agit de donner la priorité aux Calédoniens de souche dans l’accès à l’emploi, en empêchant les nouveaux venus de postuler aux offres pouvant intéresser les locaux. Un dossier brûlant couvert par Les Nouvelles Calédoniennes ici, ici et .

R comme République. Ancienne colonie française et ancien territoire d’outre-mer (TOM), la Nouvelle-Calédonie est depuis 1999 une collectivité d’outre-mer dite « sui generis », de son propre genre. Elle est dotée de sa propre assemblée, habilitée à voter des lois du pays : le Congrès. Elle possède aussi un gouvernement, élu par le Congrès, et aujourd’hui présidé par Philippe Gomès. Comme en Polynésie, l’Etat est représenté par un haut-commissaire de la République, fonction actuellement occupée par Yves Dassonville. En Métropole, la Calédonie est représentée par les députés Gaël Yanno et Pierre Frogier et par le sénateur Simon Loueckhote (tous trois UMP).

Remise de médaille par Yves Dassonville à Ouvéa

S comme Stockmen. C’est le nom des cow-boys locaux, présents essentiellement sur la côte ouest. Il en existe un sur la côte est, du côté de Thio : il s’appelle Raymond Lacrose et je me suis baladé à cheval avec lui sur sa propriété, où il garde du bétail et organise des randonnées équestres. Vous pouvez le voir dans mon album photo, à la fin de cet article.

T comme Tribu. L’un des éléments clés de la société calédonienne, qui résiste tant bien que mal au rouleau compresseur de l’occidentalisation. Une tribu regroupe plusieurs clans, qui eux-mêmes regroupent plusieurs familles. Depuis 1898, chaque tribu fait partie d’un « district », à la tête duquel se trouve un grand chef chargé des affaires dépassant les chefs de tribus. La Calédonie compte actuellement 57 districts et 340 tribus, représentés par des conseils coutumiers (dans chacune des 8 aires coutumières) et à l’échelon supérieur par le Sénat coutumier, qui siège à Nouméa. Les chefs demeurent localement le lien indispensable avec les pouvoirs publics. Reste que la place de la règle coutumière dans l’ordre juridique calédonien n’est toujours pas résolue… Pour en savoir plus sur la vie en tribu, cette sympathique vidéo.

U comme USTKE. L’Union syndicale des travailleurs Kanaks et des exploités (USTKE) est le second syndicat calédonien. C’est surtout le plus médiatique, qui fait parler de lui à travers de longues grèves et des actions violentes qui lui ont déjà valu de nombreuses poursuites judiciaires.  Avec comme slogan « Usines, Tribus, même combat », il défend essentiellement les ouvriers d’origine mélanésienne. Composante fondatrice du Front de libération nationale Kanak et socialiste (FLNKS, le grand parti indépendantiste Kanak), l’USTKE possède depuis 2007 son propre parti, le Parti travailliste. Affilié CGT, il est encore plus proche de la Confédération paysanne de José Bové, lequel vient d’ailleurs de rendre visite au leader de l’USTKE Gérard Jodar, incarcéré jusqu’à peu au Camp-Est, la prison (convertie en gruyère) de Nouméa.

Affrontements en marge d'une manif, le 5 août 2009

V comme Vata. L’Anse Vata est en quelque sorte la Promenade des Anglais de Nouméa. La plage d’un côté, des restos/bars/boîtes de l’autre, bref des airs de station balnéaire de la Côte d’Azur. Il paraît que c’est un rituel pour les Calédoniens s’exilant à l’étranger de quitter le Caillou après une dernière balade sur la promenade de l’Anse Vata.

W comme Week-end. Tous les samedis, dans Les Nouvelles Calédoniennes, retrouvez Week-end, le supplément des loisirs en Nouvelle-Calédonie. Voilà la publication pour laquelle j’ai travaillé durant ce mois à Nouméa, en plus de quelques articles pour le quotidien. Un stage sur un air de Guide du Routard donc, particulièrement en cette période de grandes vacances, où je suis allé passer trois week-ends chez l’habitant, où j’ai fait mon baptême de canyoning, bref où j’ai joint l’utile à l’agréable.

X comme XPF. C’est le code donné à la monnaie utilisée en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna : le franc Pacifique. Officiellement, cette devise porte le nom de franc CFP, valant pour franc des Colonies françaises du Pacifique.

Au recto, la Polynésie. Au verso, la Nouvelle-Calédonie.

Y comme Yann Arthus Bertrand. Sans la Nouvelle-Calédonie, Yann Arthus Bertrand ne serait peut-être pas aussi connu mondialement. La photo de couverture de son livre best-seller « La Terre vue du ciel » a en effet été prise dans les airs de la Province Nord, au-dessus du Coeur de Voh, une clairière naturelle dans la mangrove bordant le lagon calédonien. Pour vous rafraîchir la mémoire, la photo est ici.

Z comme Zoreille. Lors de mon mois en Calédonie, j’en étais un. Un Zoreille, un Métropolitain quoi !  L’origine de ce surnom est douteuse, comme en témoigne cet article de Wikipedia.

Et en guise de dernier témoignage de mon aventure calédonienne, ces 55 photos…

3 réponses à “Lettres de Nouvelle-Calédonie : mon abécédaire

  1. Bien vu l’abécédaire. Tout y est ! Merci pour le petit clin d’oeil à Week-end. La rédaction a particulièrement apprécié ta plume et ta bonne humeur. Reviens quand tu veux et bonne continuation.
    Marianne

  2. Toujours aussi créatif
    Je te souhaite de bonnes vacances bien méritées, d’où tu nous rapporteras encore des perles (de culture)
    Florence

  3. Gachet Aurélie

    Bonjour,
    Je m appelle Aurélie, et avec mon ami, nous avons envie de partir pour une durée indéterminée en polynésie Française, pouquoi pas la nouvelle zélande… Votre récit me conforte dans notre choix.
    Mais comment partir? Quel est le meilleur endroit? Ou trouver du travail? Quelles démarches administratives doit-on entreprendre?
    Pouvez-nous nous aider en nous confions plus de détails sur votre histoire et en nous donner quelques bons filons ?
    Voici mon adresse mail, j’espère vous relire prochainement: aurelie.gachet@hotmail.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s