Nouméa : Le Breton qui coiffait le Caillou

En Nouvelle-Calédonie, surnommée le « Caillou », on trouve de tout : des Kanaks, des Caldoches, des Wallisiens, des Futuniens, des Tahitiens, des Asiatiques… et  même des Bretons !

Décidément, ils sont partout. Depuis le début de mon année à l’étranger, j’en ai rencontré à Christchurch, à Auckland, à Papeete, et maintenant à Nouméa. C’est sûr, les Bretons forment l’une des diasporas françaises les plus représentées à l’étranger. Et bien souvent ils ont le don de se faire remarquer. Une nouvelle confirmation m’en a été apportée, moins de 48 heures après mon arrivée en Nouvelle-Calédonie.

Ce coup-ci, je descendais de l’auberge de jeunesse de Nouméa, où j’étais installé depuis deux jours. Nous étions le samedi 26 décembre, premier jour ouvré depuis Noël. Avant que le dimanche n’arrive, je voulais en profiter pour faire quelques courses au supermarché, m’acheter une carte SIM locale, et aller chez le coiffeur. Marchant sur le trottoir de la rue Jean Jaurès, le long de la principale place de la ville, j’ai vu ce signe, un peu vieillot : « Figaro – Coiffeur pour hommes – Barber – Au fond du couloir ». Et ces trois lettres collées dessus : « BZH ». Gast, un Breton !? L’autre côté de la pancarte a levé le doute, avec un triskell collé en lieu et place du BZH.

Le Barbier de Nouméa

N’écoutant que mon courage, je suis allé voir au fond du couloir. Le prix de la coupe étant raisonnable (2000 francs Pacifique, soit environ 18 euros), j’ai décidé de m’y risquer. Malgré un panonceau « Ouvert », la porte du salon était fermée à clé. J’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre, la pièce était vide, seul s’échappait des vitres le son d’un vieux téléviseur émettant en noir et blanc. Il n’a pas fallu une minute pour que le maître des lieux arrive, et me fasse entrer dans son antre.

Je n’avais jamais vu un coiffeur comme lui. Il avait quatre fois mon âge, de fines lunettes, et encore quelques cheveux blancs. Il portait une blouse bleue ciel, sur laquelle était brodée son nom de scène, Figaro« le Barbier de Séville, quand même ! ». Une partie de ses instruments remontait certainement à ses débuts dans le métier, il y a de cela soixante ans. Le fauteuil, au milieu du salon, n’était pas ajustable à la taille des clients – ou du moins ne l’était plus –, si bien que j’ai dû me vautrer dedans pour que ma tête n’en dépasse pas trop.

Bienvenue en Bretagne

Joseph Querné est originaire de Brest, ou plus précisément d’Argenton, un petit port face à Ouessant. Il est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1948, juste après la guerre, une fois son brevet de coiffure en poche. Le diplôme a été encadré avec soin et est désormais accroché aux murs du salon, à plus de 17 000 kilomètres de la ville où il a été délivré, Quimper. A l’entrée du couloir, une plaque mentionne même « coiffeur diplômé d’Etat ». Le jeune homme est venu là avec des amis, qui sont restés cinq ans avant de repartir. Lui est resté. « J’étais le seul coiffeur professionnel de l’île, se souvient-il. J’avais beaucoup de travail ! »

Il se plaît sur le Caillou, entouré du plus grand lagon du monde. Quand je lui demande où aller au cours de ce mois en Nouvelle-Calédonie, il me répond : « Partout, tout autour de l’île, sur les îlots, partout ». Il est conquis par « les récifs » et par « la beauté de la mer ». Relâchant ses ciseaux un instant, il me montre fièrement sa collection de coquillages, qu’il a lui-même pêchés au fil des ans. Tous lui évoquent un souvenir. Il aime aussi la Nouvelle-Zélande, où il s’est rendu quatre fois, notamment à Christchurch, qu’il préfère à Wellington et Auckland. Quant à l’Australie, il apprécie ses villes, uniquement.

Le charme du désuet

Le charme du désuet

« Ma Bretagne me manque », finit-il par me confier. Son dernier voyage en métropole remonte à 1992. Du coup, il a fait de son salon un petit coin de Bretagne. Il a affiché une carte du Finistère à droite de la porte d’entrée. « C’est joli, le Finistère, ces formes. C’est la tête de la France, et l’Alsace le dos, un peu courbé. » De l’autre côté de la porte, un parapluie. « Je l’ai acheté exprès noir et blanc », aux couleurs du drapeau breton. Des gwenn ha du, il y en a plusieurs dans le salon. Et des autocollants, envoyés de métropole par sa nièce. Apportant une touche plus personnelle, des photos de famille, de part et d’autre de son diplôme. A droite, lui et ses deux frères, aujourd’hui disparus. A gauche, une photo de famille, jaunie, avec des costumes traditionnels. On y voit notamment sa mère, originaire du Juch. Les quelques images et masques kanaks ne suffisent pas à donner à ces lieux un cachet calédonien. Et que dire des mélodies qui sortent de la flûte du Figaro breton…

Notre discussion se termine, et cela fait un moment que plus aucun cheveu n’est tombé. Mon barbier de Nouméa semble fier de son oeuvre, à en croire son ton de plus en plus assuré et ce petit « bravo » sorti de sa bouche en balayant. Alors que je reprends mon sac, il me demande mon identité, qu’il me faut lui épeler précisément. Et tout en écrivant, il murmure « Quimper », ma ville d’origine, qu’il ajoute sur son carnet à côté de mon nom . « J’aime bien noter le nom de mes clients », me dit-il. Combien en a-t-il chaque jour, ou chaque semaine, de clients ? Difficile à dire. Toujours est-il qu’il était « content d’avoir un petit Breton » ce matin là.

Produit en Bretagne

Bloavez mad! Bonne année à tous !

4 réponses à “Nouméa : Le Breton qui coiffait le Caillou

  1. tata Ségolène

    Passionnant ton article, Bravo! Je te remercie de ta carte de nouvel an. Profite bien de la suite
    je t’embrasse très fort ainsi que tous les cousins que tu vas rencontrer à Nouméa
    ALors ta chambre est bien,?
    PS. Prépare bien le séjour de tes parents cela arrive vite

  2. Figaro existe il encore?

  3. Oui j’y suis allé ce matin Figaro est fidèle au poste, il a toujours un bon coup de ciseaux et tient drolement bien la barre pour ses 89 ans. Pourvu que ça dure… c’est un sacré phénomène
    Bravo et merci pour l’article

    Un normand de passage à Noumea

  4. Il existe encore le coiffeur breton, toujours là au poste, très sympa, Mais n y voit plus rien, il M’a complètement massacré ma coupe de cheveux, ça n est pas grave ça repousse, mais un conseil allez y pour l ambiance pas pour le reste!

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