Archives mensuelles : janvier 2010

En transit : Brunei vu du ciel… et de son aéroport

La Calédonie, c’est fini ; place à deux semaines en Thaïlande ! Avant de vous conter cela, retour sur mon vol entre Auckland et Bangkok, à bord de la compagnie Royal Brunei…

Pour réserver mon billet pour la Thaïlande, je suis passé par le site Internet de l’excellente agence de voyages STA Travel, où un comparateur de prix permet de trouver la meilleure offre pour chaque destination. En jouant sur les dates, je m’en suis sorti avec un aller-retour Auckland-Bangkok pour un peu moins de 650 euros, avec escale au… Brunei. Le vol a duré douze heures, je suis resté trois heures en transit à l’aéroport de Bandar Seri Begawan et c’est à partir de cette maigre expérience du Brunei que j’ai décidé d’y consacrer un article.

Pour faire simple, le Brunei a tout d’un Etat pétrolier du Golfe persique, excepté la localisation : petite enclave cernée par la Malaisie sur l’île de Bornéo, il se trouve en pleine Asie du Sud-Est, au milieu du Vietnam, des Philippines, de l’Indonésie et de Singapour. De son vrai nom « Brunei Darussalam », c’est un sultanat dirigé depuis sa naissance en 1984 par l’homme le plus riche de la planète de l’année 1997, Hassanal Bolkiah (dont le nom complet, en douze tomes, est disponible sur Wikipedia). L’un des joujoux du sultan : sa compagnie aérienne Royal Brunei.

Avion d'un enfant gâté

Avant de réserver ce vol, je n’avais jamais entendu parler de Royal Brunei. Intrigué par l’écart de prix entre cette compagnie et les autres, je suis allé mener ma petite enquête sur Internet pour m’assurer que leur flotte était bien composée d’avions de ligne en règle et non de cercueils volants blacklistés. Les commentaires récoltés étant élogieux, je me suis lancé dans l’aventure.

Première constatation à l’aéroport : toutes les hôtesses de bord sont voilées. Le Brunei est une monarchie islamique et sa compagnie aérienne est là pour en porter la bonne nouvelle. Plusieurs indices au cours du vol rendent les choses encore plus explicites : avant le décollage, une prière est diffusée dans l’ensemble de l’appareil « pour bénir le vol » (j’en ai filmé une partie, disponible ci-dessous). Ensuite, tout au long du trajet, en plus des indications de température, de durée du vol et de localisation, un écran réactualisé en permanence sert de boussole pour indiquer La Mecque. Enfin, deux éléments dont je ne peux garantir la connotation religieuse : à l’aterrissage au Brunei, un steward est passé dans les rangs en aspergeant au plafond un spray mystère (si quelqu’un a une explication, je suis preneur) et aucune boisson alcoolisée n’est servie à bord.

Pas plus de laxisme une fois au sol : des messages rappellent aux touristes que le Brunei est « alcohol-free » et que l’importation et le traffic de stupéfiants sont passibles de la peine de mort. Le voile reste présent, jusque dans les pictogrammes indiquant les toilettes pour femmes, et une salle de prière est mise à la disposition des fidèles. A part cela, l’aéroport est très classique, avec des boutiques de souvenirs et des cafés et des snacks.

Un coup d’oeil à la revue de Royal Brunei en attendant le vol pour Bangkok. Lecture assez intéressante, clairement destinée à faire connaître le Brunei aux clients étrangers – la compagnie dessert l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Golfe, Londres et surtout l’Asie du Sud Est. On y découvre l’histoire d’amour de 80 ans entre le Brunei et la compagnie Shell, le passé espagnol, portugais, hollandais puis britannique du Brunei ou encore les richesses naturelles de ce « royaume aux trésors inattendus ». Par contre, il faut aller sur Internet pour en savoir plus sur le régime politique en place. Voici par exemple ce qu’en dit Wikipedia :

Le sultan est le chef religieux et joue par sa fonction monarchique le rôle de chef d’État et de chef du gouvernement, cumulant les statuts de Premier ministre, ministre de la Défense, ministre des Finances, recteur de l’Université, chef de la police et Commandeur des croyants, depuis l’abolition de la Constitution en 1962. Il reçoit des conseils en matière législative d’un corps de 21 membres non élus. Le seul parti autorisé, le Parti national solidarité, est sous les ordres du sultan et n’a aucune existence réelle.

L’avion redécolle et, par le hublot, la côte du Brunei se découvre. Quelques digues artificielles à la Dubaï rompent la monotonie de ce littoral. Après, ce n’est plus que la mer, jusqu’en Thaïlande. Je vous en parle dès que possible.

Lettres de Nouvelle-Calédonie : mon abécédaire

Après un mois passé sur le Caillou, voici un compte-rendu de mon expérience calédonienne. Des choses vues, lues, entendues, vérifiées (ou pas) et résumées (ou pas) en 26 lettres.

A comme Aridité. C’est la première chose qui m’ait marquée à mon arrivée : la Nouvelle-Calédonie (en tout cas sa côte ouest) est un pays sec, où la végétation est loin d’être aussi dense qu’à Tahiti. Avec sa terre rouge et ses paysages de savane, on se croirait en Australie, voire en Afrique.

B comme Brousse. En Calédonie, on ne parle pas de campagne, mais de brousse.

C comme Cricket. Idée sujet pour L’Equipe Mag : alors que le cricket est à peu près aussi pratiqué en Métropole que le curling sur Mars, ce sport déchaîne depuis longtemps les passions en Nouvelle-Calédonie, en particulier chez les femmes. Ces dernières le pratiquent en tenue traditionnelle (robe mission), avec des battes taillées à la main et des balles fabriquées à partir de la sève d’un des arbres les plus emblématiques du territoire : le banian. Importé par les missionnaires anglais, c’est devenu un sport traditionnel en Calédonie, avec des règles différant du cricket du Commonwealth.

Match de cricket en Province Sud

D comme Diversité. La population calédonienne a beau vivre sur une île, elle n’en est pas moins hétérogène : outre les indigènes Kanaks, qui comptent pour près de la moitié des 250 000 habitants de l’archipel, on trouve des Caldoches (descendants d’anciens bagnards ou de colons libres européens), des Polynésiens du Sud (essentiellement de Wallis et Futuna), des Tahitiens,  des Indonésiens, des Vietnamiens, des Chinois et bien sûr des Métropolitains. Diversité linguistique également, car on compte 28 langues Kanaks différentes !

E comme Economie. La Nouvelle-Calédonie possède l’une des économies les plus fortes de l’outre-mer français. J’avais déjà pu m’en rendre compte quand j’étais à Tahiti, où la Calédonie est regardée à la fois avec respect et jalousie. Principal raison de ce succès : le nickel, dont l’archipel possède un quart des réserves mondiales connues. Plus grosse société locale, la Société Le Nickel (SLN) est le premier employeur privé sur le territoire, avec 2 400 salariés. Une aubaine pour le gouvernement calédonien, qui peut se vanter d’un taux de chômage particulièrement faible depuis quelques années (environ 5% en 2008).

F comme Football. La personnalité calédonienne la plus connue est un ancien footballeur, champion du monde en 1998 et d’Europe en 2000 : Christian Karembeu, alias « le cheval fou ».

Son troisième trophée est slovaque.

G comme Grande Terre. La Nouvelle-Calédonie est composée d’une île principale, appelée la Grande Terre.

H comme Harmonica. C’est l’un des instruments principaux de la musique calédonienne. On le retrouve notamment dans le kaneka, un courant qui se situe au confluent du reggae et du blues.

I comme Île des Pins. C’est l’un des joyaux de la Nouvelle-Calédonie, où j’ai eu la chance de me rendre en reportage pour mon dernier week-end sur le territoire. Située à deux heures de ferry de Nouméa, on y trouve des plages magnifiques, une piscine naturelle, des forêts de pins, des fonds marins impressionnants… A la fin du XIXe siècle, transformée en bagne, la moité ouest de l’Île des Pins a accueilli 3 000 déportés de la Commune de Paris ainsi que des condamnés de la révolte kabyle de 1871. Plus récemment, ce sont les participants à la saison 5 du jeu télévisé « Koh Lanta » qui ont investi les lieux.

Coucher de soleil sur l'île des Pins

J comme Japonais. Visiblement, avant de se frotter à Paris, les touristes japonais viennent s’entraîner en Nouvelle-Calédonie. Dans les rues de Nouméa, on les retrouve beaucoup en couple, âgés d’une vingtaine d’années, pour ce qui est probablement leur premier voyage à deux. Munis de leur inévitable appareil photo, ils détonent par leur style vestimentaire et leurs protections contre le soleil. J’ai également croisé des groupes de jeunes Japonaises au phare Amédée et sur l’île des Pins, visiblement pas refroidies par un drame survenu en 2002, où une Japonaise avait été retrouvée mutilée et en partie carbonisée sur le rocher sacré de Kanuméra.

K comme Kanaks. C’est le nom des autochtones calédoniens. Leur habitat traditionnel, en tribu, est situé à l’écart des axes principaux et on y accède en empruntant des chemins de piste nécessitant parfois un 4×4. Sur ces pistes ou sur les îles, tout le monde se salue, souvent en sortant la main par la vitre et en levant le pouce – une pratique très agréable qui donne une bonne idée de l’accueil en tribu. Un nombre grandissant de Kanaks vit à Nouméa (environ un sur quatre aujourd’hui), adoptant un style de vie à l’occidentale qui n’est pas sans effet sur la vie dans les tribus et la force du lien communautaire. Se souvenir enfin qu’il y a moins d’un siècle, à l’Exposition coloniale de Paris de 1931, on exposait des Kanaks en cage, comme des « animaux sauvages ».

L comme Loyauté. Avec la Province Nord et la Province Sud, la Province des îles Loyauté est l’une des trois collectivités administratives de la Nouvelle-Calédonie. Elle regroupe les quatre îles situées à l’est de la Grande Terre : Maré, Tiga, Lifou et Ouvéa.

Les provinces de Calédonie

M comme Mortalité routière. Tous les lundis, en ouvrant le journal, le constat est le même : « la route a encore tué ce week-end en Calédonie ». Aux problèmes d’alcool, de vitesse et d’absence de permis de conduire connus en Métropole, s’ajoutent deux phénomènes plus spécifiques à l’outre-mer : la vétusté du parc automobile, due à l’insularité de la Calédonie et par conséquent à son marché de l’occasion très développé, et le problème des passagers dans les bennes des pick-ups, une pratique interdite depuis 2007 mais encore très fréquente en Brousse. A noter également qu’en Calédonie le contrôle technique n’est obligatoire que lors de la vente d’un véhicule de plus de cinq ans et que le permis à points n’existe pas.

N comme Nouméa. Située sur une presqu’île, c’est la capitale de la Nouvelle-Calédonie, où vit près de la moitié de la population. Elle ne ressemble en rien à Papeete, en Polynésie française : les rues sont larges et aérées, des panneaux indiquent le nom des rues, les transports en commun sont (bien) organisés, le front de mer s’étend sur plusieurs kilomètres avec des plages, des clubs nautiques, des promenades, des restaurants, des discothèques… bref, on se croirait en Métropole ! La majorité des habitants y est d’ailleurs d’origine européenne, contrairement au reste du territoire.

O comme Océanie. Tout comme la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie fait partie du continent océanien. Selon une classification proposée en 1831 par l’explorateur Jules Dumont d’Urville, l’Océanie est divisée en trois grandes régions : la Polynésie (« les nombreuses îles »), la Mélanésie (« les îles noires », comprenant la Nouvelle-Calédonie) et la Micronésie (« les petites îles »). Au niveau de la culture indigène, des points communs existent entre ces différentes régions. Et au rayon économique, du fait de la proximité avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, on retrouve de nombreux produits importés dans les magasins calédoniens, notamment les fameux biscuits TimTam.

Découpage, à la hâche, de l'Océanie

P comme Poya. C’est le nom d’une commune située sur la côte ouest, à 220 km au nord de Nouméa. J’y ai passé un week-end, à 20 km de route et de piste du village, dans le cadre d’un reportage au sein de la tribu de Nétéa. Mon hôte d’un soir : Reine Pourudeu, qui a décidé de se lancer dans le tourisme chez l’habitant, de plus en plus proposé dans les tribus. Une immersion très intéressante dans ce mode de vie traditionnel, au plus proche de la nature, marqué par une auto-suffisance alimentaire. La végétation est prolifique, donnant des mangues, des papayes, des ananas, des pommes lianes, des taros, des ignames, du manioc, des salades, des tomates, du maïs ; les cerfs et cochons sauvages sont chassés en forêt, et les crevettes pêchées en rivière. J’ai longuement discuté avec son neveu Patrick, qui voit la Calédonie comme un poisson, dont la chaîne de montagne centrale serait la colonne vertébrale, les rivières les veines et la terre la chair.

Q comme Quotas. Vous aimez la politique des quotas ? Vous aimerez sans doute la loi sur l’emploi local, récemment votée par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Grosso modo, il s’agit de donner la priorité aux Calédoniens de souche dans l’accès à l’emploi, en empêchant les nouveaux venus de postuler aux offres pouvant intéresser les locaux. Un dossier brûlant couvert par Les Nouvelles Calédoniennes ici, ici et .

R comme République. Ancienne colonie française et ancien territoire d’outre-mer (TOM), la Nouvelle-Calédonie est depuis 1999 une collectivité d’outre-mer dite « sui generis », de son propre genre. Elle est dotée de sa propre assemblée, habilitée à voter des lois du pays : le Congrès. Elle possède aussi un gouvernement, élu par le Congrès, et aujourd’hui présidé par Philippe Gomès. Comme en Polynésie, l’Etat est représenté par un haut-commissaire de la République, fonction actuellement occupée par Yves Dassonville. En Métropole, la Calédonie est représentée par les députés Gaël Yanno et Pierre Frogier et par le sénateur Simon Loueckhote (tous trois UMP).

Remise de médaille par Yves Dassonville à Ouvéa

S comme Stockmen. C’est le nom des cow-boys locaux, présents essentiellement sur la côte ouest. Il en existe un sur la côte est, du côté de Thio : il s’appelle Raymond Lacrose et je me suis baladé à cheval avec lui sur sa propriété, où il garde du bétail et organise des randonnées équestres. Vous pouvez le voir dans mon album photo, à la fin de cet article.

T comme Tribu. L’un des éléments clés de la société calédonienne, qui résiste tant bien que mal au rouleau compresseur de l’occidentalisation. Une tribu regroupe plusieurs clans, qui eux-mêmes regroupent plusieurs familles. Depuis 1898, chaque tribu fait partie d’un « district », à la tête duquel se trouve un grand chef chargé des affaires dépassant les chefs de tribus. La Calédonie compte actuellement 57 districts et 340 tribus, représentés par des conseils coutumiers (dans chacune des 8 aires coutumières) et à l’échelon supérieur par le Sénat coutumier, qui siège à Nouméa. Les chefs demeurent localement le lien indispensable avec les pouvoirs publics. Reste que la place de la règle coutumière dans l’ordre juridique calédonien n’est toujours pas résolue… Pour en savoir plus sur la vie en tribu, cette sympathique vidéo.

U comme USTKE. L’Union syndicale des travailleurs Kanaks et des exploités (USTKE) est le second syndicat calédonien. C’est surtout le plus médiatique, qui fait parler de lui à travers de longues grèves et des actions violentes qui lui ont déjà valu de nombreuses poursuites judiciaires.  Avec comme slogan « Usines, Tribus, même combat », il défend essentiellement les ouvriers d’origine mélanésienne. Composante fondatrice du Front de libération nationale Kanak et socialiste (FLNKS, le grand parti indépendantiste Kanak), l’USTKE possède depuis 2007 son propre parti, le Parti travailliste. Affilié CGT, il est encore plus proche de la Confédération paysanne de José Bové, lequel vient d’ailleurs de rendre visite au leader de l’USTKE Gérard Jodar, incarcéré jusqu’à peu au Camp-Est, la prison (convertie en gruyère) de Nouméa.

Affrontements en marge d'une manif, le 5 août 2009

V comme Vata. L’Anse Vata est en quelque sorte la Promenade des Anglais de Nouméa. La plage d’un côté, des restos/bars/boîtes de l’autre, bref des airs de station balnéaire de la Côte d’Azur. Il paraît que c’est un rituel pour les Calédoniens s’exilant à l’étranger de quitter le Caillou après une dernière balade sur la promenade de l’Anse Vata.

W comme Week-end. Tous les samedis, dans Les Nouvelles Calédoniennes, retrouvez Week-end, le supplément des loisirs en Nouvelle-Calédonie. Voilà la publication pour laquelle j’ai travaillé durant ce mois à Nouméa, en plus de quelques articles pour le quotidien. Un stage sur un air de Guide du Routard donc, particulièrement en cette période de grandes vacances, où je suis allé passer trois week-ends chez l’habitant, où j’ai fait mon baptême de canyoning, bref où j’ai joint l’utile à l’agréable.

X comme XPF. C’est le code donné à la monnaie utilisée en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et à Wallis-et-Futuna : le franc Pacifique. Officiellement, cette devise porte le nom de franc CFP, valant pour franc des Colonies françaises du Pacifique.

Au recto, la Polynésie. Au verso, la Nouvelle-Calédonie.

Y comme Yann Arthus Bertrand. Sans la Nouvelle-Calédonie, Yann Arthus Bertrand ne serait peut-être pas aussi connu mondialement. La photo de couverture de son livre best-seller « La Terre vue du ciel » a en effet été prise dans les airs de la Province Nord, au-dessus du Coeur de Voh, une clairière naturelle dans la mangrove bordant le lagon calédonien. Pour vous rafraîchir la mémoire, la photo est ici.

Z comme Zoreille. Lors de mon mois en Calédonie, j’en étais un. Un Zoreille, un Métropolitain quoi !  L’origine de ce surnom est douteuse, comme en témoigne cet article de Wikipedia.

Et en guise de dernier témoignage de mon aventure calédonienne, ces 55 photos…

Phare Amédée : Un îlot dans le lagon calédonien

La Calédonie se vante d’avoir le plus beau et le plus grand lagon du monde, d’une surface de 24 000 km². Il m’a fallu trois semaines pour enfin pouvoir y mettre les pieds… Ouf !

Je ne suis pas un fan – et encore moins un habitué – des excursions touristiques packagées. Je n’ai jamais été au Club Med, je ne suis jamais parti en vacances organisées et mes parents ont toujours évité ce genre de formules pour leurs congés. Le week-end dernier, je me suis quand même laissé tenter par une offre de ce type, clé en main, pour partir découvrir l’un des joyaux calédoniens : l’îlot Amédée. L’occasion de jouer au bon petit touriste et de vous ramener de jolies photos pour égayer vos fonds d’écran…

Situé à 45 minutes en bateau de Nouméa, baignant dans un lagon classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et préservé par son statut de zone naturelle protégée, l’îlot Amédée accueille tous les matins son lot de visiteurs, la plupart débarquant du Mary-D Dolphin. Au programme de la journée, diverses animations plus ou moins « authentiques » : excursion en bateau à fond de verre, découverte du récif corallien, nouage de paréos, démonstration de montée au cocotier, buffet à volonté et même show de danses… tahitiennes !

L’une des principales attractions de l’île reste son phare, construit aux ateliers Rigolet des Buttes Chaumont, à Paris, au début des années 1860. Après avoir été démonté pour être acheminé par la mer jusqu’en Nouvelle-Calédonie, il fut remonté sur place en 1865. Construit en fer puddlé, c’est aujourd’hui le seul phare métallique de France et le deuxième plus haut phare de ce type au monde (52 mètres, 247 marches), derrière le Lange Jaap néerlandais (63 mètres).

Et bien sûr, il y a la plage, de sable fin. Et la mer, hébergeant quantité d’espèces de poissons, des tortues, des dauphins, des requins et les célèbres tricots rayés, ces serpents marins à la piqûre tout aussi rare que mortelle (leur venin est dix fois plus puissant que celui du cobra royal, excusez du peu). Etant venu, ayant vu et ayant vaincu les tricots rayés, je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer ces quelques clichés qui raviront les amateurs de couleur bleue…

Nouméa : Le Breton qui coiffait le Caillou

En Nouvelle-Calédonie, surnommée le « Caillou », on trouve de tout : des Kanaks, des Caldoches, des Wallisiens, des Futuniens, des Tahitiens, des Asiatiques… et  même des Bretons !

Décidément, ils sont partout. Depuis le début de mon année à l’étranger, j’en ai rencontré à Christchurch, à Auckland, à Papeete, et maintenant à Nouméa. C’est sûr, les Bretons forment l’une des diasporas françaises les plus représentées à l’étranger. Et bien souvent ils ont le don de se faire remarquer. Une nouvelle confirmation m’en a été apportée, moins de 48 heures après mon arrivée en Nouvelle-Calédonie.

Ce coup-ci, je descendais de l’auberge de jeunesse de Nouméa, où j’étais installé depuis deux jours. Nous étions le samedi 26 décembre, premier jour ouvré depuis Noël. Avant que le dimanche n’arrive, je voulais en profiter pour faire quelques courses au supermarché, m’acheter une carte SIM locale, et aller chez le coiffeur. Marchant sur le trottoir de la rue Jean Jaurès, le long de la principale place de la ville, j’ai vu ce signe, un peu vieillot : « Figaro – Coiffeur pour hommes – Barber – Au fond du couloir ». Et ces trois lettres collées dessus : « BZH ». Gast, un Breton !? L’autre côté de la pancarte a levé le doute, avec un triskell collé en lieu et place du BZH.

Le Barbier de Nouméa

N’écoutant que mon courage, je suis allé voir au fond du couloir. Le prix de la coupe étant raisonnable (2000 francs Pacifique, soit environ 18 euros), j’ai décidé de m’y risquer. Malgré un panonceau « Ouvert », la porte du salon était fermée à clé. J’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre, la pièce était vide, seul s’échappait des vitres le son d’un vieux téléviseur émettant en noir et blanc. Il n’a pas fallu une minute pour que le maître des lieux arrive, et me fasse entrer dans son antre.

Je n’avais jamais vu un coiffeur comme lui. Il avait quatre fois mon âge, de fines lunettes, et encore quelques cheveux blancs. Il portait une blouse bleue ciel, sur laquelle était brodée son nom de scène, Figaro« le Barbier de Séville, quand même ! ». Une partie de ses instruments remontait certainement à ses débuts dans le métier, il y a de cela soixante ans. Le fauteuil, au milieu du salon, n’était pas ajustable à la taille des clients – ou du moins ne l’était plus –, si bien que j’ai dû me vautrer dedans pour que ma tête n’en dépasse pas trop.

Bienvenue en Bretagne

Joseph Querné est originaire de Brest, ou plus précisément d’Argenton, un petit port face à Ouessant. Il est arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1948, juste après la guerre, une fois son brevet de coiffure en poche. Le diplôme a été encadré avec soin et est désormais accroché aux murs du salon, à plus de 17 000 kilomètres de la ville où il a été délivré, Quimper. A l’entrée du couloir, une plaque mentionne même « coiffeur diplômé d’Etat ». Le jeune homme est venu là avec des amis, qui sont restés cinq ans avant de repartir. Lui est resté. « J’étais le seul coiffeur professionnel de l’île, se souvient-il. J’avais beaucoup de travail ! »

Il se plaît sur le Caillou, entouré du plus grand lagon du monde. Quand je lui demande où aller au cours de ce mois en Nouvelle-Calédonie, il me répond : « Partout, tout autour de l’île, sur les îlots, partout ». Il est conquis par « les récifs » et par « la beauté de la mer ». Relâchant ses ciseaux un instant, il me montre fièrement sa collection de coquillages, qu’il a lui-même pêchés au fil des ans. Tous lui évoquent un souvenir. Il aime aussi la Nouvelle-Zélande, où il s’est rendu quatre fois, notamment à Christchurch, qu’il préfère à Wellington et Auckland. Quant à l’Australie, il apprécie ses villes, uniquement.

Le charme du désuet

Le charme du désuet

« Ma Bretagne me manque », finit-il par me confier. Son dernier voyage en métropole remonte à 1992. Du coup, il a fait de son salon un petit coin de Bretagne. Il a affiché une carte du Finistère à droite de la porte d’entrée. « C’est joli, le Finistère, ces formes. C’est la tête de la France, et l’Alsace le dos, un peu courbé. » De l’autre côté de la porte, un parapluie. « Je l’ai acheté exprès noir et blanc », aux couleurs du drapeau breton. Des gwenn ha du, il y en a plusieurs dans le salon. Et des autocollants, envoyés de métropole par sa nièce. Apportant une touche plus personnelle, des photos de famille, de part et d’autre de son diplôme. A droite, lui et ses deux frères, aujourd’hui disparus. A gauche, une photo de famille, jaunie, avec des costumes traditionnels. On y voit notamment sa mère, originaire du Juch. Les quelques images et masques kanaks ne suffisent pas à donner à ces lieux un cachet calédonien. Et que dire des mélodies qui sortent de la flûte du Figaro breton…

Notre discussion se termine, et cela fait un moment que plus aucun cheveu n’est tombé. Mon barbier de Nouméa semble fier de son oeuvre, à en croire son ton de plus en plus assuré et ce petit « bravo » sorti de sa bouche en balayant. Alors que je reprends mon sac, il me demande mon identité, qu’il me faut lui épeler précisément. Et tout en écrivant, il murmure « Quimper », ma ville d’origine, qu’il ajoute sur son carnet à côté de mon nom . « J’aime bien noter le nom de mes clients », me dit-il. Combien en a-t-il chaque jour, ou chaque semaine, de clients ? Difficile à dire. Toujours est-il qu’il était « content d’avoir un petit Breton » ce matin là.

Produit en Bretagne

Bloavez mad! Bonne année à tous !