Archives mensuelles : décembre 2009

Tahiti : La politique par les nuls

Les médias locaux la présentent ouvertement comme un « cirque ». Toujours marquée par l’emprise de Gaston Flosse, la vie politique en Polynésie est la honte de tout un peuple et la cause d’une bonne partie de ses soucis.

Elle a 75 ans et se fait appeler Mamie Vaima. Profession : chauffeur de taxi. Je l’ai rencontrée dans son véhicule alors qu’elle me conduisait à l’aéroport de Faa’a, le jour de mon départ de Tahiti. Au fil de la discussion, j’ai fini par lui parler de mon stage aux Nouvelles de Tahiti, ce qui l’a fait réagir : la semaine précédente, m’a-t-elle confiée, elle avait pris à son bord deux journalistes de RFO et ceux-ci s’étaient mis à exprimer de vives critiques à l’encontre de l’ancien président de la Polynésie française, Gaston Flosse. « Vous, les journalistes, êtes les plus grands menteurs au monde », s’était-elle alors exclamée. « Vous racontez des mensonges, simplement pour vendre votre marchandise ! ». Elle s’était arrêtée au bord de la route, demandant aux journalistes de sortir de son taxi ; ils avaient alors promis de se taire, et elle avait accepté de finir la course. Elle est comme ça, Mamie Vaima : on ne touche pas à « son » président. Et elle n’est pas la seule…

En Polynésie, on n’écorche pas impunément Gaston Flosse. Bien qu’empêtré dans de nombreuses affaires judiciaires et abonné à la Une des journaux, « Papa Flosse » reste vénéré par une partie de la population. Pour ceux-là, il est toujours le « metua » (le guide), le « père » de la Polynésie, celui qui l’a développée, qui l’a représentée en métropole en tant que député, sénateur, député européen, et même secrétaire d’Etat chargé du Pacifique Sud, dans le gouvernement Chirac entre 1986 et 1988. Charmeur redoutable, celui que l’on surnomme « le Vieux Lion » est aussi le père de la classe politique autonomiste polynésienne. Quasiment tous les ténors actuels ont été formés par Gaston Flosse au sein de son parti, le Tahoera’a. Même lorsqu’ils ont depuis quitté le giron, ils le lui rendent bien, osant rarement porter un jugement négatif sur sa personne.

Gaston Flosse, vu par Lolo

Gaston Flosse, 78 ans, est indissociable de la fonction de Président de la Polynésie française, qu’il a été le premier à occuper en 1984 et le seul jusqu’en 2004. Son règne a été largement marqué par son amitié avec Jacques Chirac, avec qui il a participé à la naissance du RPR, ancêtre de l’UMP. C’est en partie grâce à cette amitié que la Polynésie a obtenu de l’Etat le versement annuel de 18 milliards de francs Pacifique après la fermeture en 1996 du Centre d’expérimentation nucléaire du Pacifique (CEP), pour compenser le manque à gagner et reconvertir l’économie polynésienne. Entre « ce cher Gaston » et « l’ami Jacques », c’est même devenu une histoire de famille, puisque l’ancien président de la République est le parrain de l’un des neuf enfants de l’ancien président de la Polynésie. Toujours reçu comme un prince par Gaston Flosse, Jacques Chirac protégeait la Polynésie, en échange d’une certaine tranquillité sur la question nucléaire et, peut-être, de quelques enveloppes destinées à alimenter des comptes japonais…

Les deux amis ont fini par quitter la Présidence et être rattrapés par la justice. Pour Gaston Flosse, les ennuis se sont multipliés ces dernières semaines. Déjà condamné à un an d’inéligibilité, un an de prison avec sursis et une amende de 2 millions de francs Pacifique dans « l’affaire des sushis » (il avait utilisé 2,3 millions de francs Pacifique de fonds publics pour un banquet électoral), le Vieux Lion vient de recevoir une amende de 11,5 millions de francs Pacifique pour avoir rémunéré sur le budget de la Présidence des personnalités politiques, syndicales ou encore médiatiques défandant les intérêts de son parti – et surtout pas l’intérêt général. Mais le plus lourd est sans doute à venir : Gaston Flosse est actuellement mis en examen pour corruption passive, recel d’abus de biens sociaux et complicité de destruction de preuves dans l’affaire des annuaires de l’OPT (Office des postes et télécommunications de Polynésie française). Le procureur José Thorel accuse le sénateur d’avoir été l’un des éléments clés d’un « pacte de corruption » grâce auquel Flosse et son parti auraient bénéficié d’importantes enveloppes venant d’anciens responsables de l’OPT et du groupe publicitaire 2H (d’après les initiales de son président Hubert Haddad), en échange de l’attribution de marchés publics. Récemment déchu de son immunité parlementaire par le Sénat, Gaston Flosse vient d’effectuer deux séjours en détention provisoire et d’être confronté aux principaux acteurs présumés du dossier. Par ailleurs, il pourrait être impliqué dans la disparition en décembre 1997 de l’ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti Jean-Pascal Couraud (alias JPK), qui travaillait alors pour l’un de ses opposants et aurait détenu des documents compromettants sur l’existence d’un compte japonais de Jacques Chirac.

C'était l'bon temps pour Jacques et Gaston

Quant à la vie politique polynésienne en général, elle a connu en 2004 un tournant radical : le taui, le changement. Gaston Flosse et son Tahoera’a ont été renversés aux élections territoriales par un nouveau parti rassemblant la quasi-totalité des opposants au président orange : l’Union pour la démocratie (UPLD), emmenée par Oscar Temaru. Plus qu’une victoire des indépendantistes anti-France face aux autonomistes pro-France, c’était la victoire des anti-Flosse et la fin de l’hégémonie du Tahoera’a. Un grand espoir de renouveau est alors apparu, en même temps que des t-shirts floqués Taui, portés comme l’on porte aujourd’hui des t-shirts Hope à la gloire d’Obama. Ce n’est pas pour autant que la démocratie l’a emporté en Polynésie, malgré l’alternance. Depuis 2004, le Pays a connu neuf gouvernements différents (hors remaniements), dont six issus de motions de défiance ! Les gouvernements se forment et se déforment, les majorités se font et se défont, les groupes à l’assemblée naissent et disparaissent, dans un joyeux désordre digne de la IVe République d’après-guerre en métropole.

Ce fameux « cirque » se tient à l’assemblée de la Polynésie française, place Tarahoi à Papeete, à deux pas de la Présidence, du Haut-Commissariat et… du Palais de Justice. Parmi les 57 représentants élus à l’assemblée, un quart d’entre eux connaît ou a connu des ennuis judiciaires. Selon un observateur de la vie politique polynésienne cité par Le Nouvel Observateur, « ici, les élus ne sont pas à vendre… ils sont à louer ! » Ils n’ont pourtant pas l’air d’affreux mafieux dans leurs fauteuils à Tarahoi. Ils s’invectivent, rigolent, débattent, en français comme en tahitien. De façon un peu provocante, on pourrait les présenter comme des grands enfants participant à un jeu dont les règles seraient fixées par le règlement intérieur de l’assemblée et le statut d’autonomie de la Polynésie française. Ils auraient différentes stratégies, dont le retournement de veste serait l’une des plus populaires, avec des buts précis en tête : former une nouvelle majorité, renverser le gouvernement en place, ou encore obtenir un ministère « arrosoir », du genre l’Equipement, qui permet d’arroser les municipalités avec des fonds du Pays et des chantiers pour ensuite en récolter les fruits électoraux et s’assurer un nouveau mandat à l’assemblée. Et lorsqu’il y a dispute, c’est souvent qu’une faille ou une ambiguïté a été trouvée dans les règles du jeu, ce qui donne le coup d’envoi à une vraie bataille de juristes et à d’éventuels recours devant le tribunal administratif ou même le Conseil d’Etat à Paris…

Motion de défiance : nf., jeu politique polynésien

Le problème de tout ce petit jeu, c’est qu’il ne fait pas avancer le Pays. Pendant que les clowns s’agitent, la population rit jaune. La Polynésie traverse actuellement une profonde crise économique, aussi bien conjoncturelle que structurelle : le nuage de la crise des subprimes ne s’est certes pas arrêté à la Polynésie, mais ce n’est là qu’une difficulté de plus pour un territoire en proie à ses démons intérieurs, qu’il s’agisse d’un système de santé extrêmement coûteux, d’un tourisme en pleine dégringolade ou surtout d’une économie toute entière reposant sur du sable (la Polynésie fonctionne essentiellement grâce à l’aide financière de l’Etat, à tel point que selon The Economist elle reçoit l’aide par habitant la plus élevée au monde). Fin novembre, au lendemain du renversement d’Oscar Temaru par une nouvelle motion de défiance, l’agence américaine de notation Standard and Poor’s a placé la Polynésie en « surveillance avec implication négative » et publié un communiqué soulignant l’impact économique catastrophique de l’instabilité politique en Polynésie. Les entreprises s’en plaignent dès qu’elles en ont l’occasion, et la population n’hésite pas à faire part de son ras-le-bol sur les ondes ou dans les journaux, voire dans de rares manifestations ; comme on dit à Tahiti, les gens sont « fiu »

L’avenir de la Polynésie française est incertain. Dans les rangs politiques, malgré quelques cas isolés encourageants, aucune nouvelle vague n’est à l’horizon et le « moule » forgé sous Flosse semble capable de tenir encore pendant de nombreuses années. Gaston Flosse lui-même fait durer le plaisir, profitant de sa remise en liberté juste avant Noël pour foncer voter à l’assembléeUne réforme du mode de scrutin paraît inéluctable, mais nombreux sont ceux qui estiment que cela ne suffira pas à redresser la Polynésie. Il faut dire que les chantiers qui l’attendent sont de taille, particulièrement pour préparer le jour où les nucléo-francs Pacifique finiront de pleuvoir sur le Pays. Il sera alors plus difficle pour la classe politique polynésienne de détourner un argent qui n’existera plus.

L'instabilité vue par Lolo

* Pour information : 100 francs Pacifique (FCFP) =0,84 euros.

Plusieurs sites Internet pour suivre l’actualité de la Polynésie française : Les Nouvelles de TahitiLa Dépêche de Tahiti, l’Agence tahitienne de presse, le site d’une proche de Flosse Tahiti Today, le site parodique Tahiti Herald Tribune (d’où sont extraites la plupart des illustrations de cet article), Radio France Outre-mer, NRJ, Radio 1, le blog de Gaston Flosse, le site du Tahoeraa

Une enquête détaillée d’Olivier Tocser, récemment parue dans Le Nouvel Obs : « Pourquoi Papa Flosse est tombé »

Et mes dernières photos de Tahiti : de la politique, mais pas que…

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Moorea : Un week-end presque parfait

Tahiti, c’est fini, mais il me reste encore deux articles à vous proposer sur mon séjour en Polynésie. Pour commencer, montez à bord de l’Aremiti 5, direction l’île de Moorea…

A l’heure où vous lisez ce post, je me trouve déjà à Nouméa, pour la deuxième étape de mon périple pacifico-asiatique. Mon stage aux Nouvelles Calédoniennes ne commence que lundi, ce qui me laisse quelques jours pour vous narrer la suite des mes aventures polynésiennes ! Après vous avoir fait découvrir la vie à Papeete, je vous propose aujourd’hui de mettre le cap sur Moorea, l’île sœur de Tahiti, à une demi-heure en ferry de la capitale. L’effervescence de la grande ville s’estompe, et le cadre de vie devient paradisiaque…

Si vous rencontrez des difficultés à lire la vidéo, n’hésitez pas à passer en « qualité standard » ou en « qualité basse », en cliquant sur « Menu » en bas à droite de la vidéo.

Même au paradis, les loozes existent donc : pas de scoot, pas de voiture, plus de caméscope. Et au montage, une qualité vidéo médiocre. Mais bon, là n’est pas l’essentiel, car ce week-end restera un des meilleurs souvenirs de mon escale polynésienne. Difficile de ne pas déjà ressentir un peu de nostalgie en se remémorant, pèle-mêle, les couleurs du lagon à l’arrivée du ferry, le plaisir de tutoyer les gens, le charme des bus et de leurs occupants, le côté insolite des tombes dans les jardins familiaux, la saveur des fruits locaux, le vide ressenti au coucher de soleil au rythme des vaguelettes dans l’eau, l’émotion communicative des musiciens polynésiens, la force des courants me guidant à travers les récifs coralliens, la gentillesse des gérants savoyards du snack où j’ai déjeuné…

J’avais choisi Moorea pour les descriptions enthousiastes qu’on m’en avait fait, et pour son accessibilité géographique et financière : une demi-heure en ferry, pour quelques euros seulement. Je ne regrette pas ce choix, tout en ayant conscience de n’avoir rien vu du reste de la Polynésie : les îles Sous le Vent, les Tuamotus, les Gambiers, les Marquises, les Australes… Autant d’archipels aux styles de vie plus traditionnels qu’à Tahiti et Moorea, plus « authentiquement » polynésiens. Je savais de toute façon que je n’aurais ni le temps ni les moyens de m’y rendre, donc no regrets. Ni le temps, ni les moyens, à cause d’un stage aux Nouvelles de Tahiti, où j’ai vécu une plongée passionnante dans la vie politique et judiciaire de la Polynésie française…

Je vous en parlerai, dans un prochain article. Bonnes fêtes à tous !

Tahiti : Mes premiers pas à Papeete


Cela fait presque trois semaines que je suis arrivé en Polynésie, mais mon temps libre est rare. Voici enfin le compte-rendu de mes pérégrinations tahitiennes, entre carte postale et instants de vie…

Souvent présentée comme une destination de rêve, voire comme le « paradis », Tahiti est une île que l’on connaît peu, et mal. En cherchant bien, il est possible d’y dénicher des décors paradisiaques, mais s’en tenir à ce seul cliché serait trompeur – d’autant plus que les lagons azurs et les plages de sable blanc ne sont pas vraiment la spécialité de Tahiti, et davantage celle d’îles comme Bora-Bora ou Moorea. Si l’aéroport international de Polynésie française se trouve sur Tahiti, ce n’est souvent pas le terminus des lunes de miel ou des croisières qui s’amusent : pour les décors de rêve, mieux vaut prévoir une correspondance en avion ou un voyage en ferry, pour partir vers d’autres îles. Dans mon cas, comme je vous l’expliquais dans un précédent article, je suis ici pour un stage de journalisme. Pas moyen donc de passer mes journées à siroter des cocktails dans une piscine, l’heure est plutôt à la découverte de mon nouveau cadre de vie et de travail : Papeete.

Celle que l’on prononce « Papéété » est la principale ville de Polynésie française. Située sur la côte nord-ouest de Tahiti, elle concentre dans son agglomération plus de 130 000 habitants, soit la moitié de la population totale de ce Pays d’outre-mer. Elle n’est pas du tout représentative de l’ensemble de la Polynésie : très marquée par le mode de vie de la métropole, c’est « la grande ville », celle que l’on rejoint quand on cherche du travail et quand on veut changer de la vie plus simple et traditionnelle de son île natale. Pour le touriste, Papeete est un point d’entrée en douceur dans la Polynésie française, où l’on peut retrouver des repères familiers : grande communauté « popa’a » (métropolitaine), restaurants McDonalds, supermarchés Champion et Carrefour, boulangeries vendant baguettes et autres réjouissances, brasseries « à la parisienne », centres commerciaux, signalétique routière métropolitaine, police nationale, etc.

Le MacDo sauce tahitienne

Il n’empêche que, même à Papeete, le choc culturel est au rendez-vous. Quand ils ne parlent pas français en roulant les « r », les Polynésiens de souche (80% de la population du Pays) échangent en tahitien, une langue qui a le même statut officiel que le français. Parler tahitien fait partie de l’identité locale, jusqu’au sommet de la hiérarchie politique : de toutes les interviews de maires, de représentants de l’Assemblée, de ministres et du Président auxquelles j’ai pris part jusque là, je ne me souviens d’aucune qui n’ait comporté quelques questions et réponses en tahitien ! Il existe également une grande communauté chinoise, dont la présence remonte au XIXe siècle. Cette communauté est très bien intégrée et est particulièrement visible dans le secteur du commerce. Il convient toutefois de signaler le léger racisme dont sont parfois victimes les Chinois, de même que les popa’as, que certains Polynésiens accuseraient d’être « trop » travailleurs par rapport aux critères locaux.

A l'extérieur du temple chinois de Mamao

Toujours au rayon choc culturel, le rythme de vie est bien plus lent qu’en métropole ou même qu’en Nouvelle-Zélande. Pour le meilleur et pour le pire. L’une des principales raisons en est sûrement le climat, chaud et lourd, qui n’encourage pas aux efforts brutaux. Avec un soleil qui se lève à 5h45, les journées commencent très tôt : les écoliers entrent en classe à 7h30, heure à laquelle même les banques ouvrent leurs portes ! Mieux vaut donc éviter ces heures de pointe pour se déplacer, surtout à Papeete où les bouchons sont tellement longs que certains y voient une raison des difficultés économiques du Pays. A l’opposé, les embouteillages reprennent vers 15h30, et rares sont les courageux qui travaillent encore à 17h.

Sur les vitres d'une agence bancaire

Sur les vitres d'une agence bancaire

En Polynésie, les rapports entre les gens sont chaleureux, et on a parfois l’impression que tout le monde se connaît. Il y a tout le temps du monde dehors, sur le moindre banc ou muret, à jouer de la musique, à discuter entre amis ou à regarder les passants passer. Au bord des routes, des mamas, une fleur de tiare dans les cheveux, restent assises toute la journée dans leur jardin ou devant chez elles, à surveiller leur étal garni de pastèques, de mangues ou d’avocats, en attendant le client. Pratique très agréable, le tutoiement est la règle, hormis avec les personnes âgées et les personnalités importantes m’a-t-on dit. Les normes vestimentaires sont tout aussi détendues : personnellement, je me rends au travail – et donc parfois dans des institutions comme la Présidence – en tongs, shorts et t-shirt ! La vie est belle aussi pour le piéton tahitien, car les voitures le laissent systématiquement traverser au passage clouté, plutôt que de donner un coup d’accélérateur comme trop souvent en Nouvelle-Zélande.

Les guitaristes du front de mer

Bien évidemment, il y a quelques contreparties à ce rythme de vie. La principale : une organisation et une rigueur toutes relatives. Le lendemain de mon arrivée à Papeete, en me promenant dans les rues avec un petit plan fraîchement glané, je me suis rendu compte que la plupart des noms de rues ne figurait que sur mon plan ! Il s’avère que les Papeetiens n’ont pas de boîtes aux lettres mais des boîtes postales, et que quand il s’agit d’expliquer à quelqu’un où l’on habite, c’est à coups de « près du Champion » et de « en face de la station service »… Autre illustration du mic-mac tahitien : les transports en commun. Le réseau à Tahiti est partagé par trois entreprises différentes, ayant chacune leur zone de couverture propre. Il n’existe ni plan du réseau ni grille des horaires, ce qui complique sacrément la tâche du nouveau venu. Les arrêts de bus et de trucks sont signalés par un simple panneau bleu, et ça s’arrête là : aucune indication sur la destination, sur le chemin emprunté et sur les horaires de passage des bus. Au moins, cela a l’avantage d’inciter à la conversation avec ses voisins…

Parfois, en effet, mieux vaut éviter le bus

Autre désagrément de la vie à Papeete : les prix ! Du fait de son isolement, la Polynésie française est la collectivité d’outre-mer où la vie est la plus chère. Cela vaut bien sûr pour l’alimentation et l’ensemble des produits importés, mais c’est particulièrement impressionnant au niveau de l’immobilier, face auquel même les prix parisiens ne font pas le poids. Dans mes recherches à mon arrivée à Tahiti, j’ai ainsi pu me rendre compte que la grande majorité des offres de location pour des studios/F1 était comprise entre 80 000 et 90 000 francs Pacifique, soit entre 670 et 750 euros. Pour faire face à cette vie chère, des employeurs métropolitains comme la Marine nationale sont obligés de doubler le solde de leurs troupes par rapport aux grilles de salaires de l’Hexagone, ce qui révèle bien le fossé entre les deux mondes.

Par pudeur, le prix ne figure pas sur cette photo

Pour conclure cet article, je tiens à signaler que cet article ne témoigne que d’une petite partie de la réalité de la Polynésie française : une partie de la réalité de Papeete, principale ville de Tahiti. A côté de cela, la Polynésie, c’est 114 autres îles réparties sur un territoire grand comme l’Europe, et au moins autant de modes de vie différents. Comme me le disait une amie, « on peut très bien avoir vécu pendant des dizaines d’années à Tahiti et ne rien connaître de la vie dans les autres îles »…

Et encore une fois, un immense merci à mes cousins pour leur formidable accueil !

A lire : « Lettres de Polynésie », un abécédaire écrit par Cécile Soulé pour le webzine L’Interdit. Pour le lire, cliquez ici.

Tahiti : Mise en bouche photographique

En attendant un article un peu plus consistant, je vous sers l’apéritif : plongée immédiate dans l’eau limpide des lagons et dans l’eau plus trouble de la politique polynésienne… A bientôt !