Archives mensuelles : octobre 2009

Une histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940

New Zealand Invites the World (1938)

L’un de mes quatre cours ce semestre à la fac était consacré à la Nouvelle-Zélande depuis 1940. Dans une tentative périlleuse, j’essaye ici de vous en proposer une synthèse, en dix points…

1. Tableau de la Nouvelle-Zélande en 1940

Alors que la Seconde Guerre mondiale commence, le Dominion de Nouvelle-Zélande fête son centième anniversaire dans les rangs de Sa Majesté. Ses liens avec le Royaume-Uni restent extrêmement forts : considérée comme le plus petit mais aussi le plus loyal des dominions de l’Empire britannique, la Nouvelle-Zélande s’appuie sur des institutions politiques copiées sur le modèle de Westminster, son économie repose sur le principe de préférence impériale (d’où des exportations à 80% vers le Royaume-Uni) et sa société vit dans une culture so British. Il faudra même attendre 1948 pour la création de la nationalité néo-zélandaise ! De 1935 à 1949, les Kiwis (dont la population est estimée à 1,6 million en 1940) sont dirigés par le premier gouvernement travailliste, avec comme grands axes le keynésianisme et le progrès social (Social Security Act 1938).

2. Le tournant de la Seconde Guerre mondiale

La Nouvelle-Zélande entre dans le conflit le 3 septembre 1939 par une déclaration de son Premier ministre, Michael J. Savage. Il s’agit avant tout de suivre le Royaume-Uni : « Avec à la fois gratitude pour le passé et confiance dans le futur, nous nous rangeons sans peur derrière la Grande-Bretagne. Où elle va, nous allons ; où elle se tient, nous nous tenons. Nous ne sommes qu’une petite et jeune nation, mais nous marchons […] vers une destinée commune ». Pour autant, la Nouvelle-Zélande doit rapidement revoir ses plans : en février 1942, la base britannique de Singapour tombe aux mains des Japonais, et c’est toute la sécurité du Pacifique qui se retrouve menacée. Le Royaume-Uni ne pouvant plus garantir la sécurité de ses dominions, la Nouvelle-Zélande se tourne vers les Etats-Unis, s’en remettant pour la première fois à une puissance extérieure au Commonwealth. Pour autant, les troupes néo-zélandaises restent sur le front européen et nord-africain, combattant notamment l’Afrika Korps de Rommel et s’illustrant parfois à titre individuel, à l’image de Keith R. Park, sauveur de Londres dans les rangs de la RAF pendant la bataille d’Angleterre. Sur les 250 000 hommes et femmes néo-zélandais mobilisés, 12 000 perdront leur vie durant le conflit.

Tiger Moths, avions d'entraînement néo-zélandais

Des avions d'entraînement néo-zélandais

3. La Nouvelle-Zélande dans la Guerre froide

Selon l’historien Ian McGibbon, la Seconde Guerre mondiale aura été l’événement décisif du XXe siècle pour la Nouvelle-Zélande. Principale raison : ce nouveau positionnement dans l’ordre mondial, à mi-chemin entre le Royaume-Uni, protecteur de toujours mais en déclin, et les Etats-Unis, protecteur indispensable mais loin d’être aussi intime. En janvier 1944, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, tous deux confrontés à ce dilemme UK/USA, se serrent les coudes et signent le Pacte de l’ANZAC, pour s’affirmer comme acteurs majeurs dans le Pacifique. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande, guidée par sa théorie idéaliste et son rêve de sécurité collective, participe activement à la naissance de l’ONU, en 1945. Mais l’espoir ne dure pas, bien vite déçu par la réalité de la Guerre froide… Il faut choisir son camp, et les Kiwis rejoignent sans surprise le bloc occidental, mené par les Etats-Unis contre l’Union soviétique. En échange de la normalisation de leurs rapports avec le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande obtiennent des Etats-Unis le traité ANZUS (Australia-New Zealand-United States), en 1951. Ce traité va être le principal accord de défense pour la Nouvelle-Zélande pour les 35 années suivantes et va donner à ses dirigeants une voix lors d’échanges réguliers avec les Etats-Unis. Sur le terrain, la Nouvelle-Zélande envoie 2 000 hommes en Corée (1950-1953), en soutien des Américains… mais au sein de la division Commonwealth ! Autre ambiguïté, lors de la guerre du Vietnam (1962-1973) : les Kiwis s’y rendent pour honorer leur alliance avec les States, mais ils le font à reculons, avec un maximum de 600 hommes, et vont en ressortir avec une foi altérée en l’Oncle Sam.

Quand la NZ et l'Australie flirtent avec les Etats-Unis...

La mère patrie tenue à l'écart de l'ANZUS

4. Être Kiwi pendant les Trente glorieuses

Comme dans le reste du monde occidental, l’après-guerre en Nouvelle-Zélande est marqué par une longue période de prospérité économique. Durant ces trois petites décennies de golden weather, c’est le National Party qui est aux manettes du pays, quasiment sans discontinuer. Les restrictions de guerre sont levées et la Nouvelle-Zélande entre dans l’ère de la société de consommation. La croissance est soutenue, l’Etat-providence s’affirme, de nouvelles villes sont créées, d’importants projets hydro-électriques sont lancés, la modernisation bat son plein. Pour autant, la Nouvelle-Zélande ne profite pas de cette période aussi bien que d’autres : de 5e pays de l’OCDE en termes de PIB par habitant en 1950, elle n’est plus qu’à la 11e place en 1975. D’un point de vue social, l’après-guerre est le temps du clash : à ma gauche, la Nouvelle-Zélande version Grande-Bretagne victorienne, faite de musique classique et de services à thé ; à ma droite, la Nouvelle-Zélande version American way of life, à base de rock’n’roll, de Coca Cola et de sex-appeal. L’influence de la culture américaine se fait de plus en plus visible au pays du long nuage blanc, et les élites puritaines s’en inquiètent : voilà la culture de gentlemen britannique menacée par une culture populaire de caniveau ! Mais le combat du salon contre le saloon est perdu d’avance… L’après-guerre est aussi une période de panique morale concernant la jeunesse néo-zélandaise. En 1954, le rapport Mazengarb est envoyé par le gouvernement dans tous les foyers, mettant les parents en garde contre les comportements sexuels immoraux de leurs enfants, accusant notamment les jeunes filles de ne plus toujours attendre les avances des garçons et même de corrompre ces derniers. (Pour l’anecdote, cette panique morale est née à Christchurch après un fait divers dont Peter Jackson s’est inspiré pour son film Créatures célestes.)

La mère patrie

Old school?

5. L’ère des protestations

Sans atteindre le retentissement de mai 68 en France, divers mouvements sociaux ont lieu en Nouvelle-Zélande au cours des années 60 et 70. Le principal est probablement l’opposition à la guerre du Vietnam : inspiré par les exemples étrangers, le mouvement organise de premiers « sit-in » en 1965 devant le Parlement à Wellington, ainsi que des manifestations réclamant une politique étrangère indépendante. Petit à petit, une contre-culture s’organise, composée d’acteurs parfois très divers, de la jeunesse contestataire aux activistes communistes en passant par des groupes religieux. Helen Clark, qui sera Premier ministre travailliste de 1999 à 2008, est de cette génération, et participe également à la seconde vague du féminisme néo-zélandais : près de 80 ans après avoir obtenu le droit de vote, les femmes se battent encore contre la patriarchie et pour l’égalité entre les sexes dans la société (à titre d’exemple, en 1966, le salaire médian des femmes est moitié moins élevé que celui des hommes). Elles se mettent à porter des t-shirts, des jeans et à abandonner leurs soutien-gorges, et s’organisent à travers des associations comme le Mouvement de libération des femmes. Dans le même temps, des mouvements environnementaux se développent, sur la question du nucléaire notamment, ainsi que des mouvements maoris (voir plus bas).

Convaincue ?

Convaincue ?

6. 1975-1984 : Robert Muldoon, ce tyran

Leader du National Party, Robert Muldoon devient Premier ministre et Ministre des finances en 1975, dans un contexte rendu difficile par la crise économique mondiale et par l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. Personnage de petite taille, rondouillet, Bob Muldoon n’a pas sa langue dans sa poche et sa conception du pouvoir est simple : s’entourer de seconds couteaux et diviser pour mieux régner. Les caricaturistes le dessinent en Napoléon, en Roi Soleil et en personnage double-face, à la fois dictateur et sauveur de la Nouvelle-Zélande. Il va même donner son nom à cette période : le muldoonism, « synonyme d’un abus de pouvoir exécutif et d’une dictature  auto-proclamée » à en croire ma professeur Philippa Mein Smith. Au cours de ses deux mandats, Muldoon régule fortement l’économie et la société, fixant les taux d’intérêts, gelant les prix et les salaires, contrôlant les médias ; bref, selon certains observateurs, faisant de la Nouvelle-Zélande « la Pologne du Pacifique sud ». Ce tableau est toutefois à nuancer car c’est lui qui finit aussi par lancer le mouvement de dérégulation, en signant un accord de libre échange avec l’Australie en 1982. Si la situation économique ne s’arrange pas, c’est surtout sur le plan social que la Nouvelle-Zélande fait parler d’elle, lors du Springbok Tour de 1981 : à l’occasion de la tournée de l’équipe de rugby sud-africaine, les Kiwis se déchirent entre opposants au régime de l’apartheid et amoureux du rugby avant tout, jusqu’à briser des familles et des amitiés. C’est la plus grande campagne de désobéissance civile de l’histoire du pays, et selon Ian Borthwick le « Mai 68 version néo-zélandaise ».

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

Et Muldoon créa la Nouvelle-Zélande

7. Nuclear-free New Zealand

Muldoon chute en 1984 sur un coup de roulette, après avoir organisé – et perdu – des élections anticipées. Le Labour Party revient au pouvoir et l’un de ses principaux dossiers est le nucléaire. Depuis les années 50, les mouvements anti-nucléaire se développent en Nouvelle-Zélande, du fait de l’inquiétude générée par les essais atomiques américains, britanniques et surtout français dans le Pacifique. De 1972 à 1974, le gouvernement travailliste de l’époque avait planté de premières banderilles, avec l’envoi de frégates d’observation à Mururoa et la condamnation de la France par la Cour Internationale de Justice. En 1985, c’est le Premier ministre David Lange qui reprend le combat interrompu par Muldoon. Il refuse l’entrée du navire militaire américain USS Buchanan dans le port d’Auckland, au motif que les Etats-Unis ne veulent ni confirmer ni nier l’équipement nucléaire du bateau. Ce refus provoque la fureur de Washington (la Nouvelle-Zélande se retrouve exclue de facto de l’ANZUS, rétrogradée du statut d' »allié » à celui de « pays ami » et privée de l’accès aux services de renseignement US), mais il est aussi accompagné d’un énorme soutien populaire, dans un combat à la David (Lange) contre Goliath. L’affaire du Rainbow Warrior, du nom de ce navire de Greenpeace coulé en juillet 1985 à Auckland par les services secrets français, sera la goutte de trop dans la le vase. Dans la foulée, la Nouvelle-Zélande signe le traité de Rarotonga établissant une zone dénucléarisée dans l’ensemble du Pacifique sud et, en 1987, par le Nuclear-Free Zone, Disarmament and Arms Control Act, la Nouvelle-Zélande devient véritablement nuclear-free. C’est un tournant majeur dans l’histoire du pays, une déclaration d’indépendance pour certains, en tout cas un pilier de l’identité néo-zélandaise encore aujourd’hui.

Le prix de l'indépendance

Le prix de l'indépendance

8. Le libéralisme en fête

Sur le plan économique, les années Lange correspondent à un espoir post-Muldoon. Avec un gouvernement particulièrement jeune (Lange lui-même n’a que 41 ans), la Nouvelle-Zélande prend un virage à 180° et devient le laboratoire mondial du libéralisme. Les réformes sont lancées comme une guerre éclair et il ne faut pas moins de trois ministres des Finances au même moment pour mener cette  révolution. Le plus influent de ces ministres, Roger Douglas, va donner son nom à cette politique : les Rogernomics. Dans un mélange de Reaganism et de Thatcherism, les Rogernomics font de la Nouvelle-Zélande le paradis du consommateur et l’enfer du travailleur. La finance est dérégulée, les taxes et les subventions réduites au maximum, et le secteur public dynamité : la concurrence fait son entrée dans l’éducation et la santé, et les entreprises publiques sont privatisées (Telecom, Air New Zealand, etc.). Tout ceci a un coût social considérable, la Nouvelle-Zélande devenant pour deux décennies le pire pays de l’OCDE en matière d’augmentation des inégalités riches/pauvres. Pourtant, les résultats sont loin d’être à la hauteur des espérances, et le PIB par tête relatif de la Nouvelle-Zélande continue à plonger dans les classements de l’OCDE.

Du statut de bon élève de l'OCDE à celui de cancre

1951-2002 : Du statut de bon élève de l'OCDE... à celui de cancre

9. La question maorie

Autant l’histoire de la Nouvelle-Zélande depuis 1940 peut ressembler à l’histoire du monde occidental moderne en général, autant la question maorie est propre à ce pays et s’avère parfois difficile à comprendre. Je l’ai largement abordée dans un précédent article ; je vais ici essayer d’y apporter quelques compléments. Du point du vue du mode de vie des Maoris, la deuxième moitié du XXe siècle est marquée par une forte urbanisation : population à 75% rurale en 1945, les Maoris délaissent progressivement leur habitat traditionnel, pour devenir urbains à 80% en 1986. Cet exode, plus ou moins forcé, est dû à la perte des terres maories, à la mécanisation des campagnes et au besoin de main-d’oeuvre dans les villes. L’un des rares « mérites » de l’urbanisation maorie aura sans doute été d’amener sur la place publique la question de l’intégration sociale des indigènes, à une époque où la Nouvelle-Zélande était encore considérée par ses élites comme « blanche à 99% ». Face au racisme persistent et aux inégalités entre Maoris et Pakehas (blancs), de nouveaux mouvements de protestation maoris apparaissent dès les années 60, avec à l’extrême le gang Black Power. Parmi les principales actions du mouvement modéré, on retiendra la Maori Land March de 1975, traversant l’Île du Nord pour arriver devant le Parlement à Wellington, et l’occupation de Bastion Point près d’Auckland en 1977 et 1978. Le film Once Were Warriors (L’Âme des Guerriers) offre un aperçu intéressant sur l’urbanisation maorie :

10. Et aujourd’hui ? Et demain ?

Depuis l’année dernière, le National Party est de retour au pouvoir, emmené par le Premier ministre John Key. Pays encore très libéral, la Nouvelle-Zélande a été durement touchée par la crise économique et sort tout juste de la récession. Deux défis majeurs l’attendent déjà pour ce XXIe siècle. D’une part, l’évolution de l’identité kiwie, devant non seulement prendre en compte les Maoris et les immigrés du Pacifique mais aussi la population asiatique, de plus en plus importante. En 2026, on estime en effet qu’il y aura 780 000 Maoris, 480 000 Polynésiens et… 788 000 Asiatiques en Nouvelle-Zélande ! C’est donc tout le modèle d’intégration biculturaliste qui semble à revoir, d’autant plus que l’Asie est désormais le principal partenaire économique de la Nouvelle-Zélande. D’autre part, la question du modèle politique néo-zélandais reste en suspens. A l’heure actuelle, la Nouvelle-Zélande est une monarchie, avec pour chef d’Etat la Reine Elisabeth II. Pour certains, le passage à une république est incontournable, et il est vrai que cela permettrait à la Nouvelle-Zélande d’affirmer son indépendance une fois pour toutes. Enfin, un troisième défi, à plus court terme : l’organisation de la Coupe du monde de rugby en 2011 s’annonce comme un défi très coûteux pour les Kiwis…

Copyright: La plupart des illustrations utilisées dans cet article proviennent de mon cours HIST129: New Zealand History since 1940, enseigné par Philippa Mein Smith et Te Maire Tau. Tous droits réservés.

Photos : Christchurch et ses « botanical gardens »

Une récompense à celui qui trouve le nom de cette fleur !
Cette semaine, un post sans prétention, pour meubler ce blog : c’est mignon, c’est léger, c’est les jardins botaniques de Chch. Rassurez-vous, bientôt le retour des posts intéressants – si, si ! ;)

Malgré tout le respect que je dois aux jardins botaniques de Christchurch, je tiens d’avance à m’excuser pour la piètre valeur informative de mon billet cette semaine. Amis des plantes et de la nature, vous y trouverez peut-être votre bonheur, ce qui ne serait déjà pas si mal. Quant aux autres, je vous dois quelques explications… Le second semestre à la University of Canterbury touche à sa fin :  mon dernier cours a eu lieu le 15 octobre, et je suis depuis en study break, c’est-à-dire sensé préparer mes examens qui auront lieu du 2 au 9 novembre. Même si je ne me suis pas encore plongé dans ces révisions, ce ne sont pas les occupations qui manquent !

En effet, qui dit examens de fin d’année dit vacances d’été. Et qui dit vacances d’été dit, en NZ, trois mois et demi de liberté ! Sweet as! Maintenant, c’est bien beau la liberté, encore faut-il en faire quelque chose… J’ai donc passé une bonne partie de ces dernières semaines à organiser (un minimum) ces vacances. Je vous présenterai sans doute mes projets en détails dans un prochain article, mais je peux d’ores et déjà vous annoncer que Le Pari Kiwi ne va pas tourner en rond sur sa petite île lors des prochains mois : Auckland, Tahiti, la Nouvelle-Calédonie, l’Australie ou encore la Thaïlande figurent parmi les destinations actuellement à l’étude, et au moins trois d’entre elles sont confirmées. Mes économies accumulées ces dernières années vont y passer, mais c’est pour la bonne cause, et je vais tout faire pour partager un maximum de ces aventures avec vous ! A suivre donc…

En attendant, promenons-nous dans les bois ! Fondés en 1863, les jardins botaniques de Christchurch s’étendent aujourd’hui sur 21 hectares, juste à côté du massif Hagley Park (164 hectares), et sont traversés par la rivière locale, l’Avon. Avec leurs diverses collections néo-zélandaises et étrangères (dont plus de 250 variétés de roses), les jardins sont une des principales attractions de la ville, idéale pour une balade du dimanche lorsque le soleil pointe le bout de son nez. Je m’y suis rendu deux fois cette semaine, j’espère en avoir tiré quelques clichés dignes d’intérêt… A vous de juger !

Vidéo : J’ai testé pour vous le « hangi », repas maori

Hangi

Du bois, du fer, de la terre, des pelles, de la viande, des légumes… La recette du hangi n’est pas la plus simple, mais c’est bon de changer un peu des barquettes au micro-ondes ! ;)

Dans un commentaire laissé vendredi sur ce blog, Elise me disait attendre « avec impatience » un article sur les recettes traditionnelles néo-zélandaises. Aïe! S’il est une pratique culturelle dans laquelle les Kiwis n’excellent pas, c’est bien la cuisine. Non pas que les plats locaux soient mauvais, simplement ces fameuses « spécialités » n’existent pas vraiment ! En effet, en Nouvelle-Zélande, on mange dans des fast-foods américains, dans des fish&chips de Sa Majesté, dans des sushi-bars ou des restos asiatiques. Même constat dans les nombreux cafés du centre-ville de Christchurch : le mot d’ordre semble être « faire comme les autres », avec des vitrines proposant un assortiment de sandwichs en triangle à l’anglaise, de lasagnes italiennes, de quiches françaises ou encore de muffins US !

Encore une fois, le salut des Kiwis passe par leur héritage maori. Dans la rubrique des « plats traditionnels néo-zélandais », je pense que le hangi mérite de figurer en bonne position. Le hangi (prononcer plutôt « hangni ») est davantage qu’un plat, c’est un mode de cuisson, à l’ancienne. Dans d’autres îles du Pacifique, il répond aux doux noms de umuimulovo ou encore koua, mais le principe est le même : creuser un four dans le sol et faire cuire de la nourriture sur des roches (volcaniques si possible) ou du métal préalablement chauffés. Cette pratique n’a pas de signification particulière, qu’elle soit religieuse ou autre ; en fait, elle répond essentiellement à un souci pratique, qui est de pouvoir préparer des repas suffisamment conséquents pour les nombreux membres de chaque famille maorie.

Je vous laisse découvrir le hangi auquel j’ai participé, tout en vous invitant avant de commencer la lecture à cocher l’option « sous-titres fr », dans la partie « menu » en bas à droite de la vidéo…

Et alors, et alors, c’était bon ?? Oui ! Bon et copieux ! Comme la vidéo le laisse plus ou moins deviner, nous avions du mouton, du poulet, du boeuf, des pommes de terre et du kumara – la viande était tendre, facile à séparer des os et le tout avait une saveur fumée très agréable. Une cousine de notre prof d’histoire avait également préparé un délicieux pain maori (rewena paraoa), à base de pomme de terre : goût sucré et consistance fondante à tomber ! Niveau boisson, je m’en suis tenu à un simple thé – il faut dire que les Maoris avec qui nous avions préparé le hangi nous avaient déjà offert des canettes de whisky/coca à 9h du matin, soit disant « parce que la chaleur du feu, et toute cette fumée, ça déshydrate » !

Photos : Akaroa, l’enclave française « made in NZ »

Garde à vous ! Ce week-end se tenait le 12e « French Fest » d’Akaroa, à 80 km de Christchurch. On y dansait le cancan, un béret sur la tête, tout en surveillant une course d’escargots…

Franchement, ces Kiwis, ils sont beaux joueurs : les sujets de Sa Majesté ont beau avoir contrarié nos plans de colonisation de la Nouvelle-Zélande à Akaroa en 1840, ils restent attachés à ce moment d’histoire partagé avec les Français. Tous les ans, ils le commémorent donc, et en font même un week-end de fête : bienvenue à l’Akaroa French Fest !

Petite présentation des lieux, à l’attention de ceux qui n’auraient pas pris l’option « Géographie de la Nouvelle-Zélande » au bac : joli village de 500 âmes (dont 30% dépassant les 65 ans), Akaroa se trouve sur l’Île du Sud de la NZ, plus précisement sur la Banks Peninsula, à l’est de Christchurch. C’est une station assez prisée des touristes, qui s’y arrêtent notamment pour aller nager avec les dauphins de Nouvelle-Zélande (Hector Dolphins). L’héritage français reste présent, que ce soit dans le sang de quelques habitants ou dans le nom de certains magasins et rues. De là à entendre parler la langue de Bastareaud à chaque coin de rue…

Boum, quand votre moteur fait boum...

C’est toujours intéressant de découvrir les clichés rattachés à la France à l’étranger – qui plus est à l’autre bout du monde ! Bien que pas 100% français (stands de churros, de souvlakis, de bratwurst), le festival sonnait très cocorico, parfois à l’extrême : pour la première fois de ma vie, j’ai ainsi pu assister à une performance de French Can Can, réalisée par des employées de l’Ambassade de France à Wellington ! Les différentes échoppes proposaient également des crêpes, du far breton, du vin, du fromage de chèvre… et même des bérets.

Parmi les activités auxquelles j’ai pu assister, je commencerais par mettre en avant l’EscarGO!, une palpitante course d’escargots opposant les All Blacks aux Bleus. Disposés au centre d’une table ronde et numérotés sur la coquille, les athlètes n’avaient qu’une idée en tête : foncer vers la ligne blanche dessinée sur le bord du terrain et ainsi remporter la victoire, synonyme de gloire et de fortune. En tribunes, les jeunes sponsors de chaque sportif encourageaient leur champion – à tel point que je me demande bien qui de l’escargot ou du petit homme bavait le plus…

Vous m’excuserez, je n’étais plus là pour l’arrivée…

L’essentiel, c’est de participer, disait l’autre. Soit. Votre blogueur préféré a donc pris part à l’un des temps forts de la journée : la French Waiters Race (tadam!), aux côtés de Romain le Français et Colin l’Ecossais. Cette future discipline olympique, déjà saluée par Gérard Schivardi et Jean-Louis Borloo, consiste en se munir dans une main d’une baguette de pain et dans l’autre d’un plateau de service, sur lequel se trouvent déposés trois verres de vin – dont une flûte, histoire de compliquer les choses. Prenez une douzaine de compétiteurs venus des quatre coins du monde, et assignez leur pour mission de courir un aller-retour en gardant un peu de nectar dans chacun de leurs verres. En vidéo, ça donne ça – un joyeux bordel :

Tellement occupé à signer des autographes après cette performance à la Abebe Bikila (enfin, pieds nus quoi), je n’ai pas pu me renseigner en détails sur toutes les autres animations du week-end. Je sais juste que :

  • le vendredi soir, l’Ambassadeur de France, Michel Legras, avait participé à une cérémonie de lever de drapeau
  • un cooking show avait eu lieu ce samedi à midi
  • le « French Cricket », ça existe, d’où le French Cricket Tournament
  • le HMNZS Pukaki et le HMNZS Taupo, deux bâtiments de la flotte de guerre néo-zélandaise, étaient ouverts au public pendant le week-end, dans la French Bay
  • une reconstitution de l’arrivée des colons losers français était organisée dans l’après-midi, suivie d’une parade.

Voici l’arrivée de la parade, emmenée par la fanfare de l’armée néo-zélandaise. In the navy…

→ Pour voir mon album photo du festival (bérets, Gwenn ha du et French Can Can inside), vous connaissez la chanson : cliquez ici !