The End: Le Pari Kiwi tire sa révérence

Je suis rentré en France ce mardi. Mon aventure néo-zélandaise étant terminée, l’heure est venue de mettre un point final à ce blog… Soyez indulgents, ceci est ma première nécrologie.

Un maillot des All Blacks, un t-shirt « Sweet As », des tessons de bière Tui, un petit drapeau néo-zélandais, des tikis maoris, un dessous de verre du Sullivans Pub… Mais aussi des colliers de coquillages polynésiens, une serviette de plage Hinano Tahiti, des gravures mélanésiennes, une statuette thaïlandaise, un petit boomerang australien…  Dis-moi quels souvenirs tu as rapportés, et je te dirai quelle fut ton année à l’étranger ? Il y a sans doute un peu de cela. Certains de ces objets-souvenirs ont été achetés en tant que tels, pour garder une trace d’un passage dans tel ou tel endroit. D’autres ont une saveur plus particulière, parce qu’ils ont été offerts ou simplement parce qu’ils sortent de l’ordinaire des gift shops, avec une anecdote derrière eux. Dans quelques temps, la contemplation de ces objets permettra de se rafraîchir la mémoire et se replonger dans cette année néo-zélandaise. Mais bon, le matérialisme a ses limites. L’objet-souvenir est avant tout l’avatar du touriste. Le voyageur, lui, ramène des histoires.

Si elle a eu quelques parenthèses touristiques, mon année à l’autre bout du monde a surtout été un voyage – mon premier hors d’Europe. J’y ai vécu des moments forts, certains racontés sur ce blog, d’autres pas. Une après-midi à discuter avec des jeunes moines thaïlandais, une soirée en plein hiver au cœur de la Nouvelle-Zélande dans des sources d’eau chaude, un week-end de reportage dans une tribu kanak, deux jours à préparer un repas traditionnel maori… Cette année aura aussi été l’année des baptêmes : de ski, de canyoning, d’équitation et même de l’air !

Nouméa-Auckland, un de mes 19 vols de l'année

J’étais à l’étranger pour deux semestres d’échange à la University of Canterbury. Sans surprise, c’est à Christchurch que j’ai passé le plus de temps cette année. 12h de cours par semaine, à apprendre quelques mots de maoris, à me plonger dans la vie politique de la Nouvelle-Zélande et des pays du Pacifique, à remonter les couloirs de l’histoire locale… Une immersion avec les étudiants néo-zélandais, ces représentants de la no worries attitude, jamais frileux quand il s’agit de venir à la fac en skate, en shorts et en tongs (voire pieds nus !). Un rapport différent avec les professeurs, qui se font appeler par leur prénom. Et puis de nombreuses journées à s’offrir du bon temps, dans les résidences du campus, dans les bars de la ville, sur les routes du pays. Le tout avec des amis de toutes origines : kiwis, américains, britanniques, français, allemands, saoudiens, malaisiens…

Trois belles cerises sont venues s’ajouter sur ce gâteau, entre novembre et février. D’abord, un mois à Tahiti, pour un stage dans un journal local. Une expérience journalistique passionnante, à couvrir une nouvelle crise politique polynésienne, mais aussi une belle aventure humaine, à découvrir le mode de vie tahitien et à nouer des liens avec mes collègues et de la famille vivant sur place. Puis, un mois en Nouvelle-Calédonie, pour un nouveau stage. Une actualité moins mouvementée, mais du coup plus de temps pour découvrir les merveilles du Caillou et de ses îles. Et encore une rédaction très sympathique. Enfin, deux semaines en Thaïlande, chez une amie de Sciences Po. Un choc culturel encore plus fort que dans le Pacifique, avec cette fois-ci l’obstacle de la langue ! Des souvenirs en pagaille, à l’arrière des moto-taxis de Bangkok, au milieu d’une manifestation des « chemises rouges » ou à la terrasse du café de la prison pour femmes de Chiang Mai. Trois cerises, et même un peu de sucre glace, avec dix jours de road-trip en Australie, le pays des kangourous kamikazes…

Au milieu d'un sit-in des "chemises rouges" à Bangkok

Le Pari Kiwi a joué un rôle important dans mon année à l’étranger. Vous avez pu m’y suivre dans ma préparation de mon voyage et sur chacun de mes 19 vols à travers le monde. 69 articles, 23 albums photos, 28 vidéos ; j’espère qu’il y en a eu pour tous les goûts ! En un peu plus d’un an, Le Pari Kiwi aura reçu 35 000 visites, venant des six continents (dont une base scientifique française en Antarctique !). Plus important à mes yeux, 273 commentaires sont venus renforcer l’intérêt des mes posts, avec généralement beaucoup de gentillesse. Ma boîte leparikiwi sur hotmail m’a également permis d’avoir des échanges très intéressants sur la Nouvelle-Zélande, aussi bien avec des personnes préparant leur voyage qu’avec des étudiants ou de simples curieux. Enfin, sur Facebook, les 170 abonnés à mon groupe ont pu recevoir ma newsletter mensuelle et ainsi rester à jour avec mes articles.

Merci à tous ceux qui m’ont suivi durant cette année et ont contribué à leur façon à en faire une aventure mémorable. Une pensée particulière à mes parents et à tous ceux qui ont dû me supporter au cours des douze derniers mois ! J’ai pris beaucoup de plaisir à animer ce blog et à partager mes aventures avec vous ; j’espère que ce fut réciproque ! L’aventure parikiwiste s’arrête là, mais le blog restera ouvert aussi longtemps que possible, pour permettre à ceux qui le souhaitent de s’y (re)plonger. Voilà, c’était mon premier blog, il y en aura peut-être d’autres. A mon retour à Paris, je vais intégrer l’Ecole de journalisme de Sciences Po. Retour au métro-boulot-dodo. Avec des souvenirs pleins la tête !

Que diriez-vous d’un petit sondage-photo pour terminer ? J’ai sélectionné 10 de mes photos préférées prises lors de cette année ; à vous de voter pour votre favorite ! Merci pour votre participation :-)

1. Le calme des jardins botaniques de Christchurch.

Des bancs qui attendent leurs promeneurs.

Une lumière qui se reflète sur les herbes hautes.

2. Le soleil se couche sur la baie de Sumner.

Une bouée qui défie le courant,

et un oiseau qui survole le paysage.

3. Vue sur les Port Hills de Christchurch.

Un rayon de soleil perce les nuages.

Des airs irlandais.

4. Jour de tempête à Kaikoura.

Ciel menaçant

et sommets enneigés.

5. Coucher de soleil en Nouvelle-Calédonie.

Le parallélisme des vagues et des nuages

défié par les derniers rayons.

6. Deux jeunes moines thaïlandais.

Deux touches de couleur.

Et un oeil doré.

7. Une marchande à Bangkok.

Moment de vie quotidienne.

Léger flou artistique.

8. Sur la plage de Moeraki.

Un tableau signé Dame Nature.

Un rocher ou un globe ?

9. Soirée au lac de Te Anau.

Douceur de la lumière.

Un canard à la traîne.

10. Il n’y a pas que des surfeurs en Australie.

Il n’y a pas que des kangourous en Australie.

Il n’y a pas que des déserts orange en Australie.

Voir Wellington et puis partir…

A moins d’une semaine de mon départ de la Nouvelle-Zélande, je n’avais pas encore visité la capitale Wellington. Trois jours de vacances m’ont permis de remettre les pendules à l’heure…

A mon arrivée en juillet 2009, j’avais « osé » écrire sur ce blog que « Christchurch est la deuxième ville de Nouvelle-Zélande ».  N’écoutant que son courage, un ami-lecteur de Wellington (le dénommé Yoyote) m’avait laissé un commentaire pour s’insurger et défendre sa cité d’adoption : « c’est la capitale que diable » ! Le débat était lancé : qui de Chch ou Welli mérite la place de deuxième ville de NZ, derrière l’incontournable Auckland ? En termes de population, je lui avais répondu que la palme revenait de justesse à l’aire urbaine de Christchurch, avec 382 200 habitants, contre 381 900 à Wellington. Un peu léger, surtout au vu de la densité de population supérieure de la capitale. Quid alors de l’animation de la ville, de son intérêt culturel, de son prestige politique, de sa vie économique ? Je suis allé chercher la réponse sur le terrain cette semaine !

Arrivée mardi en début d’après-midi, après 45 minutes de survol des côtes néo-zélandaises et du détroit de Cook. Le ciel est gris comme à Christchurch mais « windy Wellington » est à la hauteur de sa réputation : le vent souffle fort, très fort. Entre l’aéroport et le centre-ville, le bus longe la baie, qui me rappelle Dunedin. Les maisons ne se distinguent pas par leur modernité, mais donnent un charme « retro » au quartier de Mount Victoria (et ce n’est pas souvent que je trouve du charme dans une ville néo-zélandaise!). Après un ravitaillement à Burger Fuel, la chaîne de fast-food « gourmet » de NZ, mes deux amis et moi trouvons une auberge de jeunesse en plein centre-ville, en face du City Council. La visite proprement dite peut enfin commencer.

Les bâtiments du Parlement (dont la Beehive, à gauche)

Puisque le temps reste pluvieux, nous privilégions une activité d’intérieur : le Parlement. Les députés ne siègeant pas cette semaine, nous devons nous contenter d’une simple visite guidée. Loin d’atteindre l’excitation d’une séance plénière, l’exploration du Parlement n’en est pas moins instructive. Le bâtiment est composé de trois parties distinctes, reliées par des couloirs : la Beehive (la ruche), construite dans les années 70 et occupé principalement par le gouvernement ; le bâtiment principal, en pierre grise, abritant la chambre des représentants et l’ancienne chambre haute ; et enfin la bibliothèque du Parlement, que l’on croirait presque inspirée du Château de la Belle au bois dormant. Le contraste des styles est intéressant, tout comme les anecdotes sur la vie politique locale. Nous avons même la chance d’apercevoir le premier ministre John Key, à sa sortie d’une réunion.

Le lendemain, bonne surprise au réveil : ciel bleu ! Nous commençons par partir à la découverte des quais, au milieu des joggeurs. La promenade n’est pas aussi majestueuse qu’à Sydney mais n’est pas désagréable. Des oeuvres d’art y sont exposées, notamment sur un pont à proximité de la City Gallery, où Para Matchitt a livré un travail me rappelant les installations de Takis à La Défense. Toujours sous le soleil (et le vent), nous retournons prendre quelques photos au Parlement. Pour pimenter le début d’après-midi, un agent de sécurité remarque une valise abandonnée sur un banc en face du bâtiment principal. Des renforts arrivent un à un, sans grande conviction, se contentant juste d’empêcher les passants de s’approcher du banc. Alors que nous nous attendons depuis près d’une heure à voir débarquer une équipe de démineurs sur-entraînés, c’est finalement le propriétaire de la valise qui fait son apparition… et vient tranquillement récupérer son bien ! No worries, vous êtes en Nouvelle-Zélande…

Les oeuvres maories de Para Matchitt

Pour finir la journée, nous montons dans le cable car (le funiculaire local) afin d’observer Wellington depuis les hauteurs. C’est aussi l’occasion de se promener dans les jardins botaniques, plus sauvages et escarpés que ceux de Christchurch. La nuit tombant, retour au centre-ville pour une petite session shopping. Toutes proportions gardées, Wellington me fait alors penser à Londres en hiver, grâce à son plan moins géométrique que Christchurch ou Auckland, et avec Kirkcaldie & Stains en guise de mini-Harrods sur Lambton Quay. Le soir, après un sympathique échauffement dans le bar de notre auberge et dans un PMU local, nous nous rendons au Backbencher Pub, pour assister à l’émission politique de TVNZ 7, Back Benches. L’émission est disponible à cette adresse : http://tvnz.co.nz/back-benches/s2010-e17-video-3582772.

Enfin, mercredi, direction Te Papa, le musée national de la Nouvelle-Zélande. Ses collections touchent aussi bien à l’art, à la science, à l’histoire et aux cultures du Pacifique, offrant une visite distrayante et adaptée à tous les publics. Profitant de l’ouverture du Matariki Festival célébrant le Nouvel An maori, nous avons pu assister à un concert gratuit organisé dans le musée en présence de sept chanteuses maories. De très belles voix pour conclure notre séjour dans la capitale ! Alors, Wellington, deuxième ville de la Nouvelle-Zélande ? Sans doute. Et certainement ma préférée !

Concert au marae de Te Papa

Photos : Mon album Flickr est disponible en mode galerie en cliquant ici et en mode diaporama en cliquant là.

La Nouvelle-Zélande dans de beaux drapeaux

Jugé trop « australien » et « britannique », le drapeau actuel de la Nouvelle-Zélande fait débat. Une majorité de Kiwis souhaiterait le remplacer, sans toutefois s’accorder sur son successeur…

Au même titre que le débat sur la république, c’est un serpent de mer qui ressurgit de temps en temps au pays du long nuage blanc. La Nouvelle-Zélande doit-elle changer son drapeau ? Doit-elle abandonner son fond bleu, ses quatre étoiles rouges de la Croix du Sud et son Union Jack dans le coin supérieur gauche ? En février dernier, à l’occasion de Waitangi Day, le New Zealand Herald s’est prononcé en faveur d’un changement, « idéalement » avant la Coupe du monde de rugby 2011. Consacrant sa Une à la question, la principal journal du pays a soutenu que “les drapeaux en disent beaucoup sur la façon dont un peuple se voit et veut être vu sur la scène internationale » et critiqué cette bannière d’un autre temps, héritée de l’Empire britannique.

Le Herald n’est pas le premier à mettre les pieds dans le plat (et à doper ses recettes avec ce sujet vendeur). En 1979 déjà, le ministre des affaires intérieures Allan Highet avait suggéré ce changement, sans succès. Dix ans plus tard, le magazine The Listener avait lancé une compétition pour trouver le nouveau drapeau de la Nouvelle-Zélande. Inspirée par la compétition « Ausflag » organisée en Australie en 1986, l’opération avait réuni près de 600 suggestions, sans toutefois trouver de clair vainqueur. Le dossier est depuis réapparu tous les cinq-six ans, notamment en 2004, avec la naissance de la fondation NZFlag.com dont « le seul but est d’encourager les Néo-Zélandais à changer le drapeau ».

Adieu mère patrie, bonjour Asie ?

Le drapeau actuel n’est pas le premier étendard néo-zélandais. En 1834, vingt-cinq chefs maoris s’étaient réunis à Waitangi pour choisir le « drapeau des tribus unies » destiné à équiper les bateaux néo-zélandais. Parmi les trois bannières proposées par le gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, leur choix s’était porté sur celle utilisée par la Church Missionary Society. En 1840, suite au traité de Waitangi faisant de la Nouvelle-Zélande une colonie britannique, le drapeau des tribus unies avait été remplacé par le célèbre Union Jack du Royaume-Uni. Ce n’est qu’en 1902 que la Nouvelle-Zélande a adopté son drapeau actuel, dans un élan de patriotisme généré par la Guerre des Boers en Afrique du Sud. Rien de bien original toutefois, la Nouvelle-Zélande n’héritant que du Blue Ensign britannique avec quatre étoiles en bonus, pour représenter la Croix du Sud et le Pacifique Sud.

Plus d’un siècle plus tard, la Nouvelle-Zélande n’est plus une colonie (ni même un dominion) britannique. Son drapeau est pourtant toujours le même, avec un quart de sa surface occupé par une bannière étrangère. La Nouvelle-Zélande n’est pas la seule dans ce cas : une vingtaine de pays et territoires restent encore marqués au fer de l’Union Jack. Mais d’autres pays ont déjà franchi le pas et adopté un drapeau « fait-maison ». Le blogueur John Ansell les a réunis dans un graphique, dont je vous copie ici une (petite) partie…

Quelques drapeaux britanniques et leur évolution

Trop britannique, le drapeau actuel est également jugé trop australien. La Nouvelle-Zélande et l’Australie possèdent en effet deux drapeaux qu’il est facile de confondre, avec seulement deux différences (le nombre et la couleur des étoiles)… Les partisans du changement appellent donc de leurs voeux une bannière plus personnelle, reflétant l’indépendance et le multiculturalisme du pays. S’il est vrai que les Maoris ont désormais leur propre drapeau, reconnu officiellement depuis février, ils restent ignorés dans le drapeau national.

Reste à trouver un remplaçant au drapeau actuel. Les idées ne manquent pas (cf. ma photo de titre) et les propositions abondent sur la toile, notamment sur Facebook. Quelques motifs reviennent régulièrement, comme la fougère argentée (déjà présente sur le maillot des All Blacks), la Croix du Sud ou encore le koru, un motif maori en forme de spirale. Sur la palette des couleurs, les tons dominants sont les couleurs maories (noir, rouge et blanc) ainsi que le vert (symbolisant la flore néo-zélandaise) et le bleu (représentant la mer entourant le pays). Invité à dessiner son drapeau de la Nouvelle-Zélande lors d’une émission télévisée, le premier ministre John Key a opté pour une simple fougère argentée, en faisant référence à la sobriété et l’efficacité des drapeaux canadiens (feuille d’érable) et japonais (soleil). L’extrait commence à 4’52 :

En février, un sondage réalisé pour le New Zealand Herald a révélé pour la première fois qu’une majorité de Kiwis estime qu’il est temps de changer de drapeau (52%, contre 44% de non). Plus de la moitié des sondés (52%) a par ailleurs choisi la fougère argentée comme symbole devant figurer sur le drapeau, devant le kiwi et le koru. Le sujet est toutefois loin d’être à l’ordre du jour au Parlement et il y a fort à parier que le drapeau ne changera pas avant la Coupe du monde 2011. Mais, de même que la question de la république, l’idée fait son chemin. Et l’espérance de vie de la bannière actuelle se réduit comme (dra)peau de chagrin…

Pour en savoir plus :

– Un micro-trottoir intéressant réalisé par le site du New Zealand Herald

– L’article Un nouveau drapeau pour la Nouvelle-Zélande ? par Sébastien Duval

– Le dossier Flags of New Zealand sur l’excellent site nzhistory.net.nz

– La page Wikipedia sur le New Zealand Flag Debate

– La page Wikipedia sur l’Australian Flag Debate

Interview avec Phil Goff, leader de l’opposition

Le chef du New Zealand Labour Party était aujourd’hui à la University of Canterbury. Il a accepté de répondre à mes questions, dans une interview à découvrir en vidéo…

Après neuf années au pouvoir sous l’ère Helen Clark (1999-2008), le parti travailliste néo-zélandais est aujourd’hui le principal parti d’opposition face au gouvernement conservateur de John Key (National Party). Chargé de la reconstruction du parti et de la préparation des élections de 2011, Philip Goff en est le leader depuis novembre 2008. J’ai profité de sa présence à Christchurch pour l’interroger sur son parti, sur la défaite de 2008, sur ses préoccupations du moment, sur les futures élections et sur la situation du Labour Party au Royaume-Uni… J’ai passé trois heures à sous-titrer l’interview en français, donc n’hésitez pas à en profiter en activant l’option Subtitles en haut de la vidéo. Et soyez indulgent avec mon cadrage ! ;)

Pour aller plus loin :

– La page Wikipedia de Phil Goff

– Son portrait par le New Zealand Herald en novembre 2008

– Sa réponse au Statement to the House (discours de politique générale) de John Key en février dernier :


Super 14 : les Crusaders croisent les doigts

Emmenés par Dan Carter, les Canterbury Crusaders sont les seuls représentants néo-zélandais en demi-finales du Super 14. Leurs adversaires ce soir : les Pretoria Bulls, tenants du titre.

Ils ont bien failli ne pas y être. Ils étaient dos au mur, alors que le rideau tombait déjà sur la saison régulière. Mais ils l’ont fait, avec brio.  La semaine dernière, les Crusaders se sont imposés dans leur antre de Christchurch face aux Brumbies de Canberra. La donne était simple : le vainqueur de la confrontation décrochait l’un des quatre tickets pour les demi-finales du Super 14 ; le perdant pouvait aller se rhabiller et regarder la suite de la compétition à la télé. Autant dire que l’enjeu était de taille, et que le public a su répondre présent (28 000 spectateurs, dont votre serviteur).

Après un début de match serré et deux pénalités manquées par Dan Carter, les Crusaders ont pris le large à la demi-heure de jeu, en inscrivant deux essais coup sur coup. Plus incisifs que leurs adversaires, les hommes de coach Todd Blackadder ont rejoint les vestiaires avec un matelas de 12 points (22-10) puis ont continué sur leur lancée en seconde mi-temps, pour finalement s’imposer 40 à 22, avec un total de cinq essais. Mission accomplie, et avec la manière : les observateurs s’accordent à dire que les Crusaders ont signé là leur meilleur match de la saison, et même le meilleur match par une équipe néo-zélandaise !

Crusaders = Croisés

Pour la neuvième fois d’affilée, la franchise de Christchurch participera cette année aux demi-finales du Super 14. Bénéficiant du quatrième strapontin pour les demi-finales, elle va rencontrer dès ce soir le champion de la saison régulière, à savoir les Bulls sud-africains. Dans ce choc des titans opposant les deux meilleures équipes de Nouvelle-Zélande et d’Afrique du Sud, les Crusaders peuvent se vanter d’être l’équipe la plus titrée de la compétition (7 victoires), tandis que les Bulls apparaissent comme l’équipe en forme de ces trois dernières années (sacres en 2007 et 2009). L’an passé, les Sud-Africains avaient éliminé les Kiwis au même stade de la compétition, sur le score de 36 à 23.

Cette année, la faveur des pronostics va encore aux Bulls. Déjà assurés de leur première place, ils ont aligné leur équipe B lors de la dernière journée, permettant à leurs titulaires d’économiser leurs forces en vue de la demi-finale. Même s’ils ne joueront pas dans leur stade de Pretoria en raison des préparatifs de la Coupe du monde de football, les Sud-Africains auront 40 000 spectateurs derrière eux à Soweto et n’auront pas à récupérer d’un long voyage comme leurs opposants. Et puis les statistiques sont avec les Bulls : aucune équipe n’a remporté de demi-finale à l’extérieur depuis huit ans…

Les Crusaders seront revanchards

Le match est toutefois loin d’être plié d’avance. La presse néo-zélandaise s’est même risqué cette semaine à un exposé des cinq raisons pour lesquelles les Crusaders vont battre les Bulls : la forme du moment, le facteur Soweto, l’expérience à ce niveau, la ligne d’arrières et Dan Carter. On pourrait y rajouter l’esprit de revanche qui va probablement animer Richie McCaw and co : il y a moins de trois semaines, les Crusaders s’étaient inclinés de justesse chez les Bulls (invaincus à domicile depuis deux ans) suite à un essai sud-africain très contesté dans les dernières secondes (40-35). La franchise de Christchurch aura en tout cas toute la Nouvelle-Zélande derrière elle, surtout au terme de cette saison cauchemard pour les équipes kiwies…

Composition des équipes :

Bulls: 15. Zane Kirchner, 14. Jaco van der Westhuyzen, 13. Jaco Pretorius, 12. Wynand Olivier, 11. Francois Hougaard, 10. Morné Steyn, 9. Fourie du Preez, 8. Pierre Spies, 7. Dewald Potgieter, 6. Deon Stegmann, 5. Victor Matfield (c), 4. Danie Rossouw, 3. Werner Kruger, 2. Gary Botha, 1. Gurthrö Steenkamp. Remplaçants : 16. Bandise Maku, 17. Bees Roux, 18. Flip van der Merwe, 19. Derick Kuün, 20. Jacques-Louis Potgieter, 21. Stephan Dippenaar, 22. Pedrie Wannenburg.

Crusaders: 15. Colin Slade, 14. Sean Maitland, 13. Robbie Fruean, 12. Daniel Bowden, 11. Zac Guildford, 10. Daniel Carter, 9. Andy Ellis, 8. Kieran Read, 7. Richie McCaw (c), 6. George Whitelock, 5. Sam Whitelock, 4. Brad Thorn, 3. Ben Franks, 2. Ti’i Paulo, 1. Owen Franks. Remplaçants : 16. Daniel Perrin, 17. Wyatt Crockett, 18. Chris Jack, 19. Thomas Waldrom, 20. Kahn Fotuali’i, 21. Tim Bateman, 22. Jared Payne.

Quelle politique étrangère pour la NZ, minister ?

Le ministre des affaires étrangères néo-zélandais, Murray McCully, était cette semaine invité à la University of Canterbury. Il s’y est exprimé sur  l’action de la NZ à l’échelle internationale.

Vu de France, on pourrait penser que « l’action de la Nouvelle-Zélande à l’échelle internationale » tient en deux mots : All Blacks. Vous vous en doutez, c’est un chouilla plus compliqué que cela (même si l’actuel ministre des affaires étrangères ne simplifie rien en cumulant également les portefeuilles de ministre des sports et ministre de la Coupe du monde de rugby 2011). Bref, ce mercredi, Murray McCully est intervenu dans un cours de politique internationale pour y parler de ses priorités en tant que chef de la diplomatie kiwie

Le premier point qu’a abordé Murray McCully est le nucléaire. « Nous sommes un pays qui a adopté une législation anti-nucléaire et nous tenons à ce que cela reste clair dans l’esprit de nos différents partenaires, notamment les Etats-Unis et l’Australie », a-t-il affirmé aux étudiants du professeur Jacob Bercovitch. Pas un scoop, tant la Nouvelle-Zélande est active dans ce domaine, que ce soit à l’Assemblée Générale de l’ONU ou lors du sommet sur la sécurité nucléaire organisé par les Etats-Unis. Pour autant, cette prise de position est significative, car elle vient d’un ministre du National Party. Or, comme Murray McCully l’a lui-même reconnu, le National Party, peu réputé pour sa politique étrangère, a longtemps ignoré cette question (c’est le Labour Party qui a fait de la Nouvelle-Zélande un pays « nuclear-free » en 1987). Il est donc intéressant de voir le National Party reconnaître son erreur et désormais promouvoir cet élément fondamental de l’identité nationale néo-zélandaise.

Rencontre McCully/Clinton sur le nucléaire (avril 2009)

Le second point a porté sur les relations économiques avec l’Asie. « Les Néo-Zélandais ne savent pas à quel point ces relations économiques nous ont sauvés ces dernières années », a soutenu le ministre. Il est vrai que l’économie kiwie est de plus en plus orientée vers les pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, désormais second partenaire commercial de la Nouvelle-Zélande derrière l’Australie. Du fait notamment de la multiplication des accords de libre-échange avec la région (Singapour, Hong Kong, ASEAN, Thaïlande, Brunei, Chine, Malaisie), la Nouvelle-Zélande compte aujourd’hui dix pays asiatiques parmi ses vingt principaux marchés d’exportation. « Le développement de ces relations fait partie de nos priorités », a souligné Murray McCully, révélant sa vision très commerciale des affaires étrangères (rien sur les droits de l’homme par exemple).

Le dernier sujet abordé lors de ce discours de 40 minutes a été les relations avec le Pacifique Sud« Nous voulons accroître nos efforts dans cette région, où vivent des personnes parmi les plus pauvres de la planète. C’est notre voisinage, mais également notre famille », a énoncé le ministre, avant de rappeler l’importance des communautés du Pacifique en Nouvelle-Zélande. Il s’est attardé sur la politique d’aide financière à la région, avec un ton maladroit alternant entre solidarité et néo-colonialisme.

Le Premier ministre John Key à l'ONU (octobre 2009)

Enfin, dans une séance de questions-réponses d’une dizaine de minutes avec l’auditoire, le ministre a été invité à s’exprimer sur les Fidji, l’Afghanistan et l’Iran. Concernant la situation aux Fidji, où le pouvoir est détenu par l’amiral Frank Bainimarama suite au coup d’Etat de 2006, Murray McCully a fait état de « progrès récents » et insisté sur l’importance du dialogue pour parvenir à la tenue d’élections démocratiques. Sur l’Afghanistan, il a justifié la présence de forces armées néo-zélandaises par l’argument de la sécurité internationale : « Il y a un million de Kiwis vivant à l’étranger, et certains sont morts dans les tours du World Trade Center, à Bali, à Jakarta… On veut que les Kiwis puissent voyager, prendre l’avion, rester dans des hôtels sans être tués. Si on s’en va d’Afghanistan, on laisse le pays à des personnes mal intentionnées. » Abordant la question iranienne, il a rappelé que la Nouvelle-Zélande fait partie des pays qui ont toujours une ambassade à Téhéran et que celle-ci doit servir à envoyer des messages forts au pouvoir iranien.

A la fin de cet échange, j’ai couru après Murray McCully pour l’interroger en vidéo sur le nouvel organigramme de l’Union européenne et sur la Coupe du monde de rugby. Malheureusement, une voiture l’attendait à la sortie du bâtiment et il s’y est immédiatement engouffré… Vous devrez donc vous contenter de cet article, qui je l’espère vous aura quand même permis d’en savoir un peu plus sur la partition néo-zélandaise dans le concert des nations.

EDIT: Bien que titulaire du poste de ministre des affaires étrangères, Murray McCully n’est pas à la tête d’un Ministry of Foreign Affairs. En effet, il partage un ministère « deux-en-un » avec le ministre du commerce : le Ministry of Foreign Affairs and Trade. Rapprochement qui en dit long…

Goodbye the Queen: une République pour la NZ ?

Du fait de son héritage britannique, la Nouvelle-Zélande n’a jamais eu de chef d’Etat néo-zélandais ! Un comble qui n’amuse pas vraiment certains Kiwis qui rêvent même de république…

Le débat n’est pas nouveau mais il résonne de plus en plus fort dans la société néo-zélandaise. Et si Aotearoa devenait une république ? Ancienne colonie du Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande est une monarchie indépendante depuis 1947. Elle possède ses propres institutions et n’a aujourd’hui plus aucun compte à rendre à la mère patrie britannique. Malgré tout, son chef d’Etat se trouve toujours à Londres, à plus de 18 000 kilomètres de la capitale Wellington, et ne possède même pas la nationalité néo-zélandaise…

Reine du Royaume-Uni, de Nouvelle-Zélande et de 14 autres Etats, Elisabeth II fêtait son anniversaire la semaine dernière, le 21 avril. Hasard du calendrier, le Parlement néo-zélandais avait choisi ce même jour pour étudier une proposition de loi sur l’avenir de la monarchie. Déposé par le député vert Keith Locke, ce texte intitulé « Head of State Referenda Bill » prévoyait l’organisation d’un référendum où les Néo-Zélandais choisiraient entre le maintien de la monarchie, l’élection du chef d’Etat par le Parlement ou l’élection du chef d’Etat par le peuple. La proposition de loi, soutenue par l’opposition travailliste, les Verts et le parti centriste United Future, a finalement été rejetée en première lecture par 68 voix contre 53.

La Reine peut garder sa fougère - pour l'instant

Tué dans l’œuf, le projet de référendum n’a pas eu le temps d’accéder au rang de débat de société. Avouant n’être pas vraiment intéressé par cette « distraction », le député de la majorité Simon Bridges a affirmé que « la nation a des problèmes bien plus pressants et réels à régler ». Dans le camp monarchiste, le professeur Noel Cox, président de Monarchy New Zealand, s’est félicité du rejet de ce « gaspillage d’argent public ». D’autres voix se sont toutefois élevées pour dénoncer le vote partisan de la majorité. C’est le cas du blogeur David Farrar, pourtant proche du National Party, qui a regretté que « National nous [ait] nié à tous le droit de nous exprimer » lors de ce référendum qui aurait été « un exercice d’une valeur inestimable ».

Malgré le rejet de ce texte, la probabilité d’une république néo-zélandaise reste très élevée. Le premier ministre John Key lui-même estime que ce changement est « inévitable », même s’il n’arrivera pas « tant que je serai là ». Pour tenter d’accélérer le processus, le Republican Movement milite depuis 1994 en faveur d’une république dont le chef d’Etat serait élu démocratiquement. A l’occasion d’un débat organisé à la University of Canterbury il y a quelques semaines, son président Lewis Holden a insisté sur les valeurs bafouées par la monarchie actuelle. « Le système de succession n’est pas méritocratique, car fondé sur la filiation européenne et sur la religion anglicane ». Présent à ce même débat, Keith Locke a également souligné les contradictions du système, notamment en matière de politique étrangère. « Souvenez-vous la guerre en Irak, lorsque la reine, dans son uniforme militaire, est descendue soutenir les soldats britanniques. C’était en contradiction avec son rôle de reine de Nouvelle-Zélande, un pays qui s’était opposé à la guerre ! »

2005. Le Prince William supportant les rugbymen britanniques contre... la Nouvelle-Zélande !

Reste à savoir quand cette (r)évolution arrivera. Du côté monarchiste, on retarde l’échéance sur la base du « if it ain’t broke, don’t fix it » (si ce n’est pas cassé, ne le réparez pas). Lors du débat organisé à la University of Canterbury, le professeur David Round a estimé qu’il ne fallait pas « chercher quelque chose sur lequel se bagarrer », ajoutant qu’une république « n’apporterait pas plus de démocratie et mènerait plus sûrement à une crise constitutionnelle ». Il est vrai qu’une telle réforme aurait bien plus d’effets que simplement gommer la couronne de la tête du chef d’Etat. Elle soulèverait inévitablement des questions sur la place du traité de Waitangi (signé entre les chefs maoris et la Couronne en 1840) dans l’ordre institutionnel néo-zélandais, sur le besoin ou non d’une constitution écrite, sur un tournant ou non vers un système présidentiel… Autant de questions susceptibles de diviser une société toujours pas à l’aise avec sa question maorie et en quête d’identité nationale.

Au sein de l’opinion, les sondages font état d’un soutien croissant en faveur de la république, passé ces 20 dernières années de 17% à 35% (contre une chute de 61% à 51% pour la monarchie). Les principaux défenseurs de la royauté se trouvent parmi les tranches d’âges les plus élevées de la population, révélant un attachement de plus en plus anachronique à la monarchie. Comme l’a souligné le député vert Gareth Hughes, Aotearoa n’a peut-être pas encore terminé sa crise d’adolescence : « la Nouvelle-Zélande avec la reine comme chef d’Etat, c’est comme ce stéréotype de l’adulte qui vit encore chez ses parents ». Pour combien de temps encore ?

Echec et mat ?

→ Pour voir les vidéos de la discussion au Parlement, cliquez ici.

→ Pour écouter le débat sur la république diffusé en 2007 sur Radio New Zealand National, cliquez ici (partie 2, partie 3, partie 4).

→ La question se pose aussi chez les voisins australiens. Plus d’infos sur le site de l’Australian Republican Movement.